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Après le taylorisme, le prozacisme

humeur du 18/03/2011

Après le taylorisme, le prozacisme

Le taylorisme, puis le fordisme ont été les piliers de la productivité et de la consommation. Baisser les coûts de production favorise la consommation, laquelle favorise à son tour la production de masse qui permet de trouver de nouveaux moyens d’améliorer la productivité donc les coûts, ce qui a pour effet de relancer la consommation et de relancer ce processus binaire.

Poursuivons nos simplismes. Cette merveilleuse machinerie fonctionne bien tant que les revendications sociales des salariés se maintiennent à minima et que la production correspond à des besoins considérés comme essentiels. L’accès du salarié à une conscience autre que celle de producteur et de consommateur est une rupture de la binarité qui oblige à rehausser le niveau de la consommation puisque le gain de productivité est ralenti par les exigences salariales.

Le marketing, en rendant indispensables des biens qui ne l’étaient pas, réussit alors à rehausser le niveau de consommation. La conscience de consommateur du salarié redevient supérieure à sa conscience syndicale et sociale et la machine peut alors reprendre son cercle vertueux en sens inverse.

Taylorisme, fordisme et marketing ont bien fonctionné jusqu’à la financiarisation des entreprises. Lorsque le profit est devenu l’objectif prioritaire, dépassant tous les autres plaisirs : celui d’entreprendre, celui de produire des biens, celui de produire des consommateurs et celui de les satisfaire.
On a licencié les salariés sans souci de l’impact de ces licenciements sur le nombre des consommateurs et sur la baisse des demandes. On a cessé des productions non rentables sans souci de la satisfaction des consommateurs.

Le principal effet de la financiarisation des entreprises a été l’augmentation de la dépression au travail. Les licenciements massifs ont ensuite favorisé l’extension de la maladie dépressive aux individus à leur domicile. Puis l’extension faramineuse des profits a creusé les inégalités sociales en généralisant la dépression à toute la société.

La consommation en a un peu pâti, excepté pour des produits comme le Prozac, l’alcool, les drogues, les antidépresseurs divers et autres psychotropes où elle a considérablement augmenté.

Le « prozacisme » pourrait être un nouveau levier pour relancer la machine. Majorer le marketing des psychotropes par la promotion du pessimisme. Continuer à licencier pour avoir un grand nombre de consommateurs de Prozac, mais cependant pas trop, car la solidarité sociale qui rembourse les psychotropes risquerait de crouler et de ne plus servir de carburant à ce nouveau modèle économique.

Cependant, si nous remplaçons la solidarité nationale menacée par le manque de cotisations salariales et patronales, par une solidarité basée sur les fondations privées nées de la démesure des profits devenus inutilisables, la machine pourra alors repartir.
Produire des psychotropes en abondance au coût le plus bas pour des citoyens licenciés et dépressifs auxquels la nouvelle solidarité privée à la Bill Gates et Warren Buffet pourrait fournir gracieusement les antidépresseurs.

Aucun doute, après le taylorisme et le fordisme, seul le « prozacisme » peut désormais relancer une machine qui n’est plus binaire.

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