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Légiférer sur le vivant est toujours arbitraire

humeur du 12/10/2008

Légiférer sur le vivant est toujours arbitraire

Entre le plus petit des homo sapiens (120 cm) et le plus grand (240 cm), le rapport est de deux. Entre le plus léger et le plus lourd, le rapport est de 8. Entre le plus rapide et le plus lent, il est environ de 10. Nous pourrions estimer d'autres rapports entre personnes sans handicap, par exemple 15 pour le saut en hauteur et 20 pour l'haltérophilie, et à l'avenant pour toutes les performances physiques.

Quant aux capacités sensorielles, mnésiques, cognitives, oniriques, créatrices ou affectives il est évidemment difficile de les chiffrer, car les instruments et leurs mesures sont toujours contestables. Mais au vu des ratios physiques sus mentionnés, il semble difficile ici d'en imaginer un seul qui soit supérieur à 30. Le XX° siècle qui a tenté des évaluations pseudo-scientifiques en ces domaines ayant conduit aux horreurs totalitaires que l'on sait, il ne nous reste donc plus que la législation pour décréter, par exemple, qu'aucun homme ne peut en valoir plus de trente fois un autre.

Cette loi ne serait ni plus ni moins arbitraire, ni plus ni moins contestable que toutes celles qui concernent le vivant. Dire que la vie embryonnaire laisse place à la vie fotale à huit ou douze semaines est un postulat n'ayant d'utilité que pour les lois sur l'IVG. Décider qu'un foetus de moins de 180 jours ne peut être déclaré à l'état civil relève d'un sens que certains ne trouveront pas être le bon sens. L'âge de la majorité sexuelle, le taux d'alcoolémie compatible avec la vigilance ou encore l'hétérosexualité obligatoire du couple parental semblent désormais ne devoir relever que de décrets ou de lois. A ma connaissance, malgré le caractère toujours arbitraire des ces lois sur le vivant, toutes les nations qui en ont promulgué s'enorgueillissent aujourd'hui de leur oeuvre civilisatrice.

Voilà pourquoi je suis surpris par les cris d'effraie que poussent les présidents lorsqu'on leur suggère de légiférer sur la valeur salariale des hommes. Qui pourrait être choqué par un ratio à trente de cette valeur, empêchant tout footballeur, PDG ou comédien d'avoir un revenu annuel (primes et options comprises) dépassant trente fois le SMIC. L'argent serait-il devenu, pour le législateur, plus tabou que le sexe, l'alcool ou la vie embryonnaire ?

Quant aux financiers qui s'alarment de lois qui risquent d'être contre-productives, leur langue de bois ne peut ignorer que toute législation nouvelle entraîne inévitablement sa marge d'hérésies temporaires.

Ce ratio arbitraire de 30 pour la valeur des hommes, en plus de sa valeur morale, pourrait avoir une certaine valeur esthétique, car il siérait au plus grand nombre. Il faudrait cependant s'abstenir d'y adjoindre des valeurs inverses pour incompétence, car le rapport entre le coût de l'incompétence du PDG et celle du cheminot ou du mineur de fond est si élevé que l'établir serait inélégant et franchement inesthétique.

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