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La phrase biomédicale aléatoire

La vie est l'ensemble des fonctions capables d'utiliser la mort.
Henri Atlan
Il n'est pas possible de faire de la science sans utiliser un langage empli de métaphores, mais le prix à payer est une éternelle vigilance.
Richard Lewontin
Ce qui n'est pas entouré d'incertitude ne peut être la vérité.
Richard Feynman
Si vous donnez à un enfant un dollar pour lire un livre, non seulement vous créer une attente que la lecture fait gagner de l'argent, vous courez aussi le risque de priver l'enfant à jamais de ses bénéfices. Les marchés ne sont pas innocents.
Michael Sandel ▪ Fondements de la métaphysique des moeurs, 1785
La science va sans cesse se raturant elle-même. Ratures fécondes.
Victor Hugo ▪ L'art et la science
Qu'est-ce que la matière ? Ne vous encombrez pas l'esprit avec ça. Qu'est-ce que l'esprit ? Il n'y a pas matière à s'en préoccuper.
Traduit d'une vieille plaisanterie anglaise ▪ What's matter ? Never mind. Wh'at's mind ? Doesn't matter
Le cœur battant de la science se trouve dans les régions incertaines où nous avançons dans un curieux désaccord
Bryan Greene
Pour le psychologue évolutionniste, l'extravagance universelle des rituels religieux, avec leur coût en temps et en ressources, en souffrances et en privations, doit montrer aussi clairement que le derrière d'un mandrill que la religion serait une adaptation.
Marek Kohn
Les statistiques, c'est comme le bikini. Ce qu'elles révèlent est suggestif, ce qu'elles dissimulent est essentiel.
Aaron Levenstein
Le doute est un état mental désagréable, mais la certitude est ridicule
Voltaire
Il faut se méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d'autres voies que la raison, autrement dit des chefs charismatiques. Nous devons bien peser notre décision avant de déléguer à quelqu'un d'autre le pouvoir de juger et de vouloir à notre place.
Primo Levi
Notre société victimaire, pour fonctionner, doit sans cesse renforcer les logiques de compensation, de recherche de coupables réels ou fictifs, La société libérale nous entraîne dans un cercle sans fin où le bienfait d'une lutte contre la souffrance rend celle-ci définitivement invivable.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 198
La mort d'un homme est une tragédie, la mort d'un million d'hommes est une statistique
attribué à Joseph Staline (controversé)
Un statisticien est une personne qui peut avoir la tête dans un four et les pieds pris dans la glace et dire qu'en moyenne, il se sent bien
Benjamin Dereca
La philosophie et la psychologie qui se sont développées autour du darwinisme sont un des seuls domaines où l'on peut discuter scientifiquement, à un certain niveau de généralité, de problèmes que les humanités et les sciences sociales ont tendance à rejeter comme trop naïfs ou trop kitsch : le bonheur, le désespoir, l'amour ou le sens de la vie. Ce n'est pas le moindre attrait de l'évolutionnisme que de les remettre au goût du jour.
Olivier Morin ▪ Darwin en tête. PUG, 2009
La dimension historique de la vie résiste à toutes les tentatives de simplification et d'unification.
Michel Morange ▪ La vie, l'évolution et l'histoire, Odile Jacob 2011, p 133
Le seul facteur fondamental pour l'efficacité du travail analytique est la capacité du psychothérapeute et du patient à accorder une certaine croyance aux interprétations qu'ils manipulent ensemble !
Une croyance n'est pas un fait de science échangeable et modifiable au gré de notre raison. Au contraire, une certaine une certaine intimité et une mise à distance de ses propres croyances de celles des autres semble nécessaire afin de les protéger.
Lionel Naccache ▪ Le nouvel inconscient, Odile Jacob, 2009, p 428
Pourquoi le taire, les médecins sont d’incorrigibles curieux ; fouiller l'intimité ne les lasse jamais. Comme si chaque faiblesse dénichée les rendait moins précaires.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 202
Dans les années 1970... la dépression est devenue un trouble socialement acceptable, mais en échange il a perdu de sa valeur médicale... Il devient un attracteur sémantique.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 129
L’imprudence est une vertu clinique
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 47
Et voici, hors de toute mesure, l'étendue du domaine clinique. Démêler le principe et la cause d'une maladie à travers la confusion et l'obscurité des symptômes ; connaître sa nature, ses formes, ses complications ; distinguer au premier coup d'œil tous ses caractères et toutes ces différences ; séparer d'elle au moyen d'une analyse prompte et délicate tout ce qui lui est étranger ; prévoir les événements avantageux et nuisibles qui doivent survenir pendant le cours de sa durée ; gouverner les moments favorables que la nature suscite pour en opérer la solution ; estimer les forces de la vie et l'activité des organes ; augmenter ou diminuer au besoin leur énergie ; déterminer avec précision quand il faut agir et quand il convient d'attendre ; se décider avec assurance entre plusieurs méthodes de traitement qui offrent toutes des avantages et des inconvénients ; choisir celle dont l'application semble permettre plus de célérité, plus d'agrément, plus de certitude dans le succès ; profiter de l'expérience ; saisir les occasions ; combiner toutes les chances, calculer tous les hasards ; se rendre maître des malades et de leurs affections ; soulager leurs peines ; calmer leurs inquiétudes ; deviner leurs besoins ; supporter leurs caprices ; ménager leur caractère et commander à leur volonté, non comme un tyran cruel qui règne sur des esclaves, mais comme un père tendre qui veille sur la destinée de ses enfants.
Charles Louis Dumas en 1807 (Eloge de Henri Fouquet) ▪ In Michel Foucault : La naissance de la clinique. PUF, 1963, p 87
La science efface l'ignorance d'hier et révèle l'ignorance de demain.
David Gross
La vie est courte, l'art est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile. Il faut non seulement faire ce qui convient, mais faire encore que le malade, les assistants et les choses y concourrent.
Hippocrate ▪ Les aphorismes
Le grand problème de la médecine est son écartèlement entre l'universel scientifique, objectivant, et le particulier, subjectivant.
Frédéric Dubas & Catherine Thomas-Antérion ▪ Le sujet, son symptôme, son histoire. Etude du symptôme somatomorphe. Belles Lettres, 2012, p 183
L’historien Jacob von Falke se renseigna un jour sur le duc de Wellington : « Est-ce bien l’endroit où le duc a prononcé ces paroles célèbres ? »
Réponse de son interlocuteur, bien informé : « Oui, c’est bien ici, mais il ne les a pas prononcées ! »
Le rêve dément de l'ordre social pur se traduit par le camp de concentration et se paie par le désordre infini de l'assassinat.
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 212
Toute vie est une affaire de choix.Cela commence par : "la tétine ou le téton ?". Et cela s'achève par : "le chêne ou le sapin ?".
Pierre Desproges
Les sciences se sont développées dans l'odre inverse de celui qu'on aurait pu attendre. Ce qui était le plus loin de nous a d'abord été soumis à des lois, puis ce qui était le plus près : d'abord les cieux, puis la terre, puis la vie animale et végétale, puis le corps humain, puis en dernier lieu (très imparfaitement encore) l'esprit humain.
Bertrand Russel ▪ Science et religion, Gallimard, Folio, 1971, p 38
La psychanalyse présentement n'a rien de plus sûr à faire valoir à son actif que la production de psychanalystes.
Jacques Lacan ▪ Cité par F. Roustang, Lacan : de l'équivoque à l'impasse, Paris, Minuit, 1986, p 20
Le substrat organique des comportements élémentaires (faim, soif, sexualité, sommeil, etc.) n'est déchiffré que dans ses grandes lignes. En revanche, on peut cloner le gène qui code la synthèse de telle enzyme neuronale.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 123
La disproportion entre la discrétion des préoccupations épistémologiques des médecins et leur disponibilité pour l'activité de recherche, laisse deviner tout ce que cache cette dernière.
Alain Froment
L’homme libéral est soumis à une double contrainte : éradiquer la souffrance et supporter l’impossibilité anthropologique d’un tel projet.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 198
Ces bévues ne sont point pour nous (médecins) et c'est toujours la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession est qu'il est parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus grande du monde ; et jamais l'on en voit se plaindre du médecin qui l'a tué.
Molière ▪ Le médecin malgré lui. Acte III
La science a prôné la diminution des souffrances, tandis que la théologie a encouragé la sauvagerie naturelle de l'homme. La diffusion de la mentalité scientifique, par opposition à la mentalité théologique, a incontestablement amélioré jusqu'ici la condition humaine.
Bertrand Russel ▪ Science et religion, Gallimard, Folio, 1971, p 181
La disposition d'esprit empathique inhérente au soin constitue un impératif contre nature pour la recherche biomédicale.
Pierre Le Coz ▪ La santé face au principe de précaution. PUF, 2009, p 140
Il y a des médecins qui craignent et fuient la contre-épreuve ; dès qu'ils ont des observations qui marchent dans le sens de leurs idées, ils ne veulent pas chercher des faits contradictoires, dans la crainte de voir leurs hypothèses s'évanouir.
Claude Bernard ▪ introduction à l’étude de la médecine expérimentale- chapitre II, § 8
En médecine, ne peut-on pas dire que l'un des enjeux des prochaines années sera de fixer des limites à une volonté infinie de savoir qui, paradoxalement, produit infiniment de l'incertitude, découvre sans cesse de nouvelles menaces potentielles.
Claude Olivier Doron ▪ La santé face au principe de précaution. PUF, 2009, p 25
Si tant de médecins ont une conception réductrice de ceux qu'ils soignent, c'est qu'ils méconnaissent, chez ces derniers, cette contrepartie de maturation due à la maladie, dont il est vrai qu'elle est muette parce que tournée vers l'humilité.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 181
Il est difficile de prévenir efficacement des conduites à risque à partir d'études épidémiologiques pour lesquelles la compréhension est bien souvent facultative.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 29
Les implications de la méthode scientifique n'apparaissaient pas aux pionniers de la science : ceux-ci, tout en utilisant une méthode nouvelle pour rechercher la vérité, continuaient à se faire de la vérité elle-même une idée aussi absolue que leurs adversaires théologiens.
Bertrand Russel ▪ Science et religion, Gallimard, Folio, 1971, p 13
Il est difficile de faire comprendre quelque chose à quelqu'un quand son salaire repose d'abord sur la nécessité qu'il ne la comprenne pas.
Upton Sinclair
L'éthique n'est pas une médication, mais une interpellation sur la violence induite par la réduction de la vie humaine à des normes, fussent-elles humanistes
Didier Sicard ▪ Préface de 'La déshumanisation civilisée' de Marc Grassin et Frédéric Pochard
On peut rapprocher des maladies chroniques, tous les dysfonctionnements dépourvus d'un vécu spontané de mal, mais auxquels les médecins tendent à imposer la signification d'un mal, ainsi que des modalités de prise en charge qui souvent provoquent du mal.
Alain Froment
Les médecins estiment que les déclarations de conflits d'intérêts ont le pouvoir magique de faire disparaître le problème. Pourtant, on ne permettrait pas à un juge de détenir du capital dans une prison à but lucratif, même si le juge le signalait.
Sheldon Krimsky
Nombre des déplacements de la frontière entre ce qui est considéré comme normal et ce qui est considéré comme pathologique, intervenus au cours des deux derniers siècles, sont le résultat de cette construction complexe du biologique, du médical et du social.
Jean-Paul Gaudillière ▪ La médecine et les sciences. La découverte, 2006, p 7.
Le droit est devenu synonyme d'éthique pour de nombreuses personnes : " si c'est légal, c'est éthique" reste la version la plus développée de l'absence de réflexion éthique.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 71
La maîtrise de l'esprit humain par l'action pharmacologique n'est ni pour demain ni pour après-demain.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 241
L'évitement du corps en médecine "moderne" apparaît comme indissociable d'un évidement de la parole du patient comme du médecin.
Dominique Lecourt ▪ La mort de la clinique. PUF, 2009, p 17
Le processus de normalisation ne présuppose pas l'existence d'une norme ; au contraire, les normes sont le résultat de processus de normalisation.
Georges Canguilhem
Le cerveau est un tout qui n'est pas égal à la somme de ses parties.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 149
Parce que nous flirtons avec l'éthique, nous nous pensons critiques et résistants, mais nous jouons une éthique de l'évitement
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 75
La psychanalyse est plus proche de l'exégèse talmudique ou des littératures religieuses mystiques : elles ne doivent pas s'entendre au premier degré, sinon on risque de sombrer dans une confusion durable ou dans un sectarisme dangereux.
Lionel Naccache ▪ Le nouvel inconscient, Odile Jacob, 2009, p 432
Le développement de la notion de risque est coextensif d'une certaine conception de l'homme et de la société, qui met l'accent sur l'autonomie et la responsabilité de chacun.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 22.
Le désordre a deux faces : c'est d'une part la destruction et d'autre part c'est la liberté, la créativité.
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 102
Le mathématicien et le naturaliste partent tous deux d'une proposition ; seulement le mathématicien dit : ce point de départ étant donné, tel cas particulier en résulte nécessairement. Le naturaliste dit : si ce point de départ était juste, tel cas particulier en résulterait.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'Etude de Médecine Expérimentale, chapitre II, § V
Ce sont des illusions thérapeutiques qui encombrent la médecine de tant de médicaments qui ont brillé en leur temps et à leur heure d'un éclat aussitôt terni.
Paul Blum en 1935 ▪ Précis de thérapeutique pratique, Baillière, 1935, p 121
Le rêve de chaque cellule est de devenir deux cellules.
François Jacob
Tout en convenant que, dans les maladies chroniques, l'intervention active, patiente, renouvelée du médecin est longtemps utile, néanmoins il faut quelquefois fermer la main qui était pleine de médicaments, et attendre quelques jours ; bien souvent alors on voit se réveiller les fonctions normales assoupies, et l'on assiste avec bonheur aux actes puissants de ce que l'on appelait, sans trop le comprendre, la nature médicatrice.
Armand Trousseau en 1865 ▪ Clinique médicale, 1865, t1, pXX.
Alcmeon dit que la santé se maintient par les droits égaux (isonomia) des qualités, humide, sec, chaud, amer, sucré et autres, tandis que le règne exclusif (monarchia) parmi elles produit la maladie. Les maladies arrivent, en ce qui concerne l'agent, à cause de l'excès du chaud ou du sec ; en ce qui concerne l'origine, à cause de l'excès ou du manque de nourriture ; en ce qui concerne le lieu, dans le sang, la moelle ou le cerveau. Il dit qu'elles naissent parfois aussi des causes externes, telles que les eaux, le lieu, les fatigues, l'angoisse ou les choses analogues. La santé, c'est le bon mélange.
Alcméon de Crotone, vers - 500 avant JC ▪ Première définition connue de la maladie hors définitions magico-religieuses
De l'absurde rivalité dans la maigreur dont vivent les gourous de la mode (qui prétendent aimer les femmes) naît un complexe universel de la femme occidentale : être trop grosse.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 69
Les mystiques exultent dans le mystère et ils veulent qu'il reste mystérieux. Les scientifiques exultent aussi dans le mystère, mais pour une autre raison : il leur donne quelque-chose à faire.
Richard Dawkins ▪ Pour en finir avec Dieu. Perrin, 2009, p 162
Un parallèle entre "clinique soignante" et clinique du monde est nécessaire en ce qu'il impose une attitude de vigilance inventive des signes qui font notre vie et notre société.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 45
L'industrie est apte à développer des médicaments et des dispositifs qui changent de mains sur le marché. Mais qui est en position de développer des interventions de soin qui n'ont pas en leur centre un produit commercialisable ?
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presse des Mines 2009. P 156.
En confondant le possible et l'effectif, le principe de précaution pose des problèmes éthiques particulièrement graves : doit-on, dans une situation économique nécessairement finie, priviligier sans cesse le possible potentiellement catastrophique aux dépens de l'effectif sans doute moins catastrophique - et encore... - mais bien réel ?
Claude Olivier Doron ▪ La santé face au principe de précaution. PUF, 2009, p 32
La médecine est une science sociale, et la politique n'est rien de plus que la médecine à une échelle plus large.
Rudolph Virchow ▪ Virchow, éd Rather, 1985, t 1, p 33
L'histoire de la science apparait non comme un progrès continu et cumulatif, mais comme une série de révolutions dérationnalisantes entraînant chacune une nouvelle rationalisation.
Thomas Kuhn
Contre certains médecins trop prompts à voir dans les maladies des crimes, parce que les intéressés y ont quelque part du fait d'excès ou d'omissions, nous estimons que le pouvoir et la tentation de se rendre malade sont une caractéristique essentielle de la physiologie humaine. Transposant un mot de Valéry, nous avons dit que l'abus possible de la santé fait partie de la santé.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 133
Le soin accapare-t-il l'humain et le proche, laissant la technologie avide de stratégie et basée uniquement sur la rationalité ? C'est précisément ce que je veux contester. Le soin dont je parle n'est pas opposé à la technologie, mais l'englobe. Et la technologie dont je parle n'est pas transparente ni prévisible, mais demande à être manipulée avec le plus grand soin.
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presse des Mines. P 23
La présence de référents extérieurs reste le seul élément capable de transformer la connaissance psychanalytique en quelque-chose d'intellectuellement intéressant, voire d'une importance pratique. Sans cette intervention, elle demeure ce qu'elle est actuellement, un jeu de salon dans lequel (presque) tout le monde gagne et obtient des récompenses pour ses histoires.
Malcolm Macmillan ▪ Le livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, 2005, p 379.
Les visages ronds et dodus attirent la sympathie. Leur sourire est un artefact de leurs commissures. Leurs lèvres sont sollicitées par des muscles peauciers tendus et déformés par les graisses. Le sourire du gros est une infirmité négative (une “ firmité ”). Le regard posé sur les joufflus n’est pas interrogateur ou agressif, il est souriant en réponse à leur pseudo-sourire, donnant aux replets de fausses certitudes sur leur socialité. Le visage potelé sourit malgré lui, donc nous ne l’agressons pas. L’empâté est supposé ne pas courir vite, donc nous n’avons pas peur de lui.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 111
Ce qui pose problème aujourd'hui, c'est qu'à force d'essayer de se rapprocher de la science biomédicale, pour en partager la légitimité, le prestige et les ressources, la santé publique a fini par renoncer à défendre ses valeurs, en préférant les dissimuler sous les oripeaux d'un objectivisme scientiste.
Ce renoncement porte préjudice à la prévention...
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 81
Le libéralisme moral encourage la rivalité et le mimétisme dans les domaines sociaux : droit de mourir, de procréer, d'adopter, avec pour principe d'être toujours dans l'escalade relationnelle pour être le plus libéral, de ne pas être débordé par plus "branché" que soi, par plus sensible à la victime exposée. Contrarier la "victime" (qui veut mourir, avoir un enfant, changer de sexe, etc.) est signe de régression, la soutenir est signe de progrès. Au fond, satisfaire la victime n'est pas le plus important : l'objet ou le sujet sont généralement instrumentalisés. Ce qui est important, c'est de s'être indigné, d'avoir agi et de pouvoir s'en gratifier devant les autres, fut-ce au prix de la vie de ceux-ci. L'idéal affiché compte moins que l'affichage masquant le sacrifice, indicible mais pourtant bien réel, de la personne décédée, de l'enfant conçu, adopté ou acheté.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 69
L'art, c'est moi ; la science, c'est nous.
William Shakespeare ▪ livre III, 1864
Quels que soient les triomphes de la médecine et le recul de la mortalité, la mort reste bien le terme incontournable de nos existences, avec ce qu'elle véhicule forcément d'angoisse et de peur. À vouloir ignorer cette dimension fondamentale et tout réduire au rationnel, notre société et la médecine qui y correspond sont forcément exposées à des déconvenues et aux effets qu'elles peuvent produire.
Olivier Faure ▪ Histoire sociale de la médecine, Anthropos historique, 1994, p 240
Etonnons-nous de la ferveur avec laquelle le corps médical lui-même accueille les remèdes charlatanesques de l'industrie. C'est une aberration professionnelle qui par sa complaisance et sa complicité contribue à l'exploitation de la crédulité publique, alors que le médecin devrait servir de garde-fou et de critique. Les fortunes des marchands de produits charlatanesques s'édifient rapidement sur des fondements qu'il est difficile d'ébranler. La publicité pharmaceutique étant celle qui paie le mieux, elle est recherchée non seulement par notre presse professionnelle, mais par toutes les presses et plus spécialement par la presse politique. Autrement dit, l'industrie des produits charlatanesques est maîtresse de l'opinion. Elle a les protecteurs les plus puissants, ceux qui agissent sur le Parlement, sur le gouvernement, sur la bureaucratie. Retourner contre elle l'opinion est une oeuvre de salut public.
Edouard Rist en 1924 dans "Charlatanisme et tuberculose" ▪ In Histoire et médicament, C. Bonah & A. Rasmussen, Glyphe, 2005, p 60
Ou le mal que nous craignons existe, ou c'est notre crainte qui est le mal.
Saint Augustin
À une époque où l'évaluation fait figure de nouveau Dieu, les pratiques de dépistage y échappent curieusement.
Nicole Delépine
J'affirme que dans toute science naturelle particulière, il ne se trouve de science au sens propre, qu'autant qu'il y a de mathématique.
Emmanuel Kant ▪ (1786) ed 1968, T VIII, p 15
Sois certain que toute science de la médecine ne fructifie qu'après une grande habitude et une longue expérience. Une bonne pratique soumise aux principes de l'art et aux voies démonstratives, dépend d'une double approche : une approche scientifique qui s'enseigne, et une approche expérimentale, c'est-à-dire l'acquisition d'un savoir en exerçant sur des cas particuliers. Cette dernière approche ne s'enseigne pas, mais s'acquiert par habitude.
Gentile Da Foligno ▪ Sur l'art médical "Le commentaire au Canon d'Avicenne." I, 1,1,1 Daté du début du XIV° siècle
Pour qu'une situation soit une cause de souffrance, il faut impérativement qu'elle influence la façon dont la personne perçoit les événements futurs
E.J. Cassel
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