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La phrase biomédicale aléatoire

Une image est plus concrète que des pleurs, des fatigues ou des amaigrissements. Ces symptômes sans rigueur sont relégués aux métiers du soin. À l’heure de la précision numérique et du génie génétique, la science clinique est vécue comme une déchéance par le médecin expert, le symptôme corporel est considéré comme une broutille par le patient et leurs deux mépris se contaminent mutuellement.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
La conscience de Freud n'a pas découvert l'inconscient, elle l'a inventé.
Mais au delà de cet échec, nous avons rencontré dans cette invention une immense découverte qui constitue, elle, une véritable révolution intellectuelle. En inventant l'inconscient, Freud mit au jour un rouage essentiel de notre conscience : précisément ce besoin vital d'interpréter, de donner du sens, d'inventer à travers des constructions imaginaires.
Lionel Naccache ▪ Le nouvel inconscient, Odile Jacob, 2009, p 439
Les essais cliniques sont la méthode universelle qui a permis d'unifier la médecine autour des médicaments de manière accélérée. Elle a permis d'oublier toutes les petites différences qui séparent les différents champs de la médecine selon que l'on a affaire à du vivant dans du vivant, à des dysfonctionnements organiques aux causes inconnues, ou à des troubles psychiatriques.
Philippe Pignarre ▪ Le grand secret de l'industrie pharmaceutique. La Découverte, 2003, p 65
Quelles que soient les passions qu’il suscite, l’exercice clinique est difficile à cause de la pression des patients et il est ingrat dans une société où l’essentiel des valeurs ajoutées est financier ou technique. Les bio-médecins, techniciens de l’image ou micro-explorateurs arrivent plus facilement à se soustraire à la pression des patients. Ils peuvent contourner les demandes déraisonnables par des réponses techniques qui leur permettent d’éviter des explications ou négociations coûteuses en énergie.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Les mesures d'humanisation de la médecine ne sont guère qu'une greffe d'humanisme de rattrapage sur une pratique qui est fondamentalement technologique et biomédicale.
Schwartz et Wiggins
La santé est l'état idéal où chacun peut le mieux faire ce qu'il fait le plus volontiers.
Nietzsche
D’abord ils vous ignorent, puis ils vous raillent, puis ils vous combattent, puis vous gagnez.
Gandhi
La porte du cabinet de consultation s’ouvre. D’emblée, les premiers gestes du patient, avant même que la porte ne soit refermée, ont livré une bonne part des éléments du puzzle qui va se construire. Les mouvements de cet homme ou de cette femme ont déjà une syntaxe qui esquisse la grammaire des symptômes à délivrer. La marche jusqu’à son siège est une préface, un avertissement à l’observateur clinicien, sa cadence est celle du verbe à venir, les hésitations y auront une fréquence identique à celle des pas. L’empathie commence par les mots d’accueil du praticien, les invites à se mettre à l’aise, les mimes d’ouverture sur la scène des phrases… Justement, voilà les premiers mots qui arrivent, avant ou après que le praticien ne se soit assis. Avant : ils informent de leur insignifiance ou d’une certitude de leur faible apport dans le décryptage du cas. Pendant : il faudra y mettre de l’ordre, car le bruit des chaises est un prétexte à leur brouillon. Après : ils vont requérir plus d’attention, voire en exiger s’ils sont très tardifs.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Celui qui ne gueule pas la vérité lorsqu’il la connaît, se fait le complice des menteurs et des faussaires.
Charles Péguy
Tout se passe comme si tout médecin possédait la connaissance révélée de ce que les patients sont en droit ou non d'espérer, de ce qu'ils doivent pouvoir supporter et, en outre, comme s'il avait le devoir sacré de convertir à sa foi tous les ignorants et tous les incroyants parmi ses patients.
Michael Balint ▪ Le médecin, son malade et la maladie, PUF 1960, p 220
Vous me donnez un canton peuplés de quelques milliers d'individus neutres, indéterminés. Mon rôle, c'est de les déterminer, de les amener à l'existence médicale. Je les mets au lit, et je regarde ce qui va pouvoir en sortir : un tuberculeux, un névropathe, un artério-scléreux, ce qu'on voudra, mais quelqu'un bon Dieu ! quelqu'un ! Rien ne m'agace comme cet être ni chair ni poisson que vous appelez un homme bien portant.
Jules Romains ▪ Knock, acte III, scène VI
La notion de "mal" est dénaturée et se résume à une anomalie objective à laquelle le médecin confère une valeur négative et dont le "Bien" se déduit a contrario. L'éducation thérapeutique cherche à faire partager cette conception par le profane.
Alain Froment
La peur du vide rendant urgent la nécessité de remplir, d'agir et de penser, fait qu'engager un diagnostic, un pronostic, une thérapeutique compte plus encore que leur vérité.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 43
L'homme occidental n'aime pas la clinique des signes. Il aime la thérapeutique, pas le temps de l'indétermination.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 42
La médecine moderne ne fonctionne pas bien pour les personnes âgées. Comparons un octogénaire médicalisé et obsédé par l'arthrite, la maladie d'Alzheimer et son cholestérol, à un autre octogénaire de condition physique semblable et qui reconnait que ses genoux sont en piteux état et qui a du mal à se souvenir de certaines choses . Lequel des deux patients est le mieux portant ?
Peter C Gotzsche ▪ Remèdes mortels et crime organisé. PUL 2015. p 187
Les compagnies pharmaceutiques considèrent les amendes comme des coûts de marketing et poursuivent leurs activités illégales comme si de rien n'était
Peter C Gotzsche ▪ Remèdes mortels et crime organisé. PUL 2015. p 50
La valeur des travaux interdisciplinaires est difficile à évaluer et, pour cette raison, sous-évaluée, ce qui rend la carrière de ceux qui s’adonnent à l’interdisciplinarité souvent difficile.
Michel Morange ▪ La vie, l'évolution et l'histoire, Odile Jacob 2011, p 26
On n'hérite pas de la terre de nos parents, on l'emprunte à nos enfants.
Proverbe amérindien
Il devient honteux de s'accrocher au-delà d'un certain point. Ne pas étirer indûment le fil de la vie. Faire le choix le plus noble. Ainsi pensait Aristote.
Samuel Bellow ▪ Mr Sammler's planet. 1970
Les médecins ne se contentent pas d'avoir la maladie en gouvernement, ils rendent la santé malade pour garder qu'on échappe à leur autorité.
Montaigne ▪ Essais, Livre 2, chapitre 34
Le symptôme est présenté, offert par le malade. Le signe est cherché et obtenu par artifice médical.
Georges Canguilhem ▪ Le statut épistémologique de la médecine; IMEC
J'ai cherché dans le doute un remède contre l'anxiété. Le remède a fini par faire cause commune avec le mal.
Cioran ▪ De l'inconvénient d'être né
Ce que je sais à soixante ans, je le savais aussi bien à vingt. Quarante ans d'un long, d'un superflu travail de vérification...
Cioran ▪ De l'inconvénient d'être né
Les mauvaises nouvelles sont fatales à celui qui les apporte
William Shakespeare
Les étrangers basanés font rien qu’à nous empêcher de dormir en vidant bruyamment nos poubelles dès l’aube alors que, tous les médecins vous le diront, le Blanc a besoin de sommeil…
Pierre Desproges ▪ Fonds de tiroir / Éditions du Seuil
S’il n’y avait pas la science, combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ?
Pierre Desproges ▪ Textes de scène / Éditions du Seuil, Tôt ou Tard
Le drogué est devenu aujourd'hui la figure symbolique pour désigner les visages d'un anti-sujet. C'était le fou qui occupait autrefois cette place. Si la dépression est l'histoire d'un introuvable sujet, l'addiction est la nostalgie d'un sujet perdu.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 19
L’hystérie est voyageuse, elle peut naître à Tien an Men et mourir à Lourdes. Magistrale et inviolable, elle ne se laisse approcher que pour mieux s'esquiver, elle laisse le médecin pantois et pitoyable devant son incompétence.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 11
Un symptôme somatomorphe peut venir "béquiller" une existence vacillante ou insatisfaisante. Il va donner un certain sens à l'existence... Plus encore, le sujet va parfois porter le flambeau de sa "maladie", arborer son symptôme comme un étendard, en militant. Pourrait-on parler alors de symptôme somatomorphe socialement "réussi" ?
Frédéric Dubas & Catherine Thomas-Antérion ▪ Le sujet, son symptôme, son histoire. Etude du symptôme somatomorphe. Belles Lettres, 2012, p 145
S'imaginer avoir une représentation valable d'autrui, c'est déjà d'une certaine façon lui faire violence, puisque cette représentation est forcément réductrice.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 80
Les grands hommes sont ceux qui ont détruit des erreurs. Ils n’ont pas respecté eux-mêmes l’autorité de leurs prédécesseurs, et ils n’entendent pas qu’on agisse autrement envers eux.
Claude Bernard ▪ introduction à l’étude de la médecine expérimentale- chapitre II, § 2
L'individu qui se livre au pouvoir médical dans une totale dépendance, nous place devant le paradoxe d'un être qui renonce à sa santé dans l'acte même de la conquérir ; la médecine, elle, se place devant un paradoxe symétrique, puisqu'elle se propose de guérir un être en le privant au point de départ d'une partie de son dynamisme.
Jacques Dufresne ▪ Traité d'anthropologie médicale. L'institution de la santé et de la maladie. 1985
Le seul aspect "merveilleux" de l'intervention moderne dans les désordres cardiovasculaires, l'arthrose, la cirrhose et le cancer des vieux, est que les sublimes exploits des biocrates et la souffrance qu'ils imposent ne raccourcissent pas davantage la vie de leurs patients.
Ivan Illich en 1975 ▪ Némésis médicale. Seuil, 1975, p 63.
Le mal de tête est un mal de grand seigneur, on ne peut avoir mal plus haut.
Proverbe Franc-Comptois
La relation entre croyance et connaissance peut se résumer à une formule mathématique : la nouvelle croyance égale l'ancienne croyance multipliée par la connaissance.
Thomas Bayes au XVIII° siècle ▪ Cité par Alfredo Morabia. Santé : distinguer croyances et connassances. Odile Jacob, 2011, p 227
La clinique, invoquée sans cesse pour son empirisme, la modestie de son attention et le soin avec lequel elle laisse venir silencieusement les choses sous le regard, sans les troubler d'aucun discours, doit sa réelle importance au fait qu'elle est une réorganisation en profondeur non seulement des connaissances médicales, mais de la possibilité même d'un discours sur la maladie.
Michel Foucault ▪ La naissance de la clinique. PUF, 1963, préface p XV
Où s'arrête et où commence le handicap ? C'est une question de définition. Selon les statistiques françaises, sur soixante millions d'habitants, on en compte de deux cent mille à vingt deux millions. De la tétraplégie à la myopie légère, nous sommes (presque) tous des handicapés. Il y a quelques décennies, la frontière s'arrêtait à la couleur des cheveux, à la gaucherie ou à la préférence sexuelle.
Patrick Lemoine & François Lupu ▪ Quiproquos sur ordonnance. Armand Colin, 2006, p 173
- Est-ce que ça ne vous gratouille pas davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette ?
- Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, ça me gratouillerait plus.
Jules Romains ▪ Knock, acte II, scène I
L'honnête homme redoute de vivre en aval du fleuve de l'opinion publique; toute l'ordure du monde s'y accumule.
Confucius
Chaque analyste ou psychothérapeute produit des phénomènes spécifiques à l'école à laquelle il appartient - des "signifiants" s'il est lacanien, des "self-defects" s'il est kohutien, des "traumas" s'il est néo-ferenczien, des "archétypes" s'il est jungien, etc. Ainsi va la psychothérapie qui n'est pas affaire de science mais de coproduction de réalité, pas affaire de vérité mais de création d'artefacts.
Mikkel Borch-Jacobsen ▪ Le livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, 2005, p 388.
Contrairement à ce que croit le grand public, l'inconscient n'a pas été découvert par Freud...
Le mot "inconscient" est utilisé depuis plus de 250 ans, mais l'affirmation de processus non conscients se trouve déjà chez des philosophes de l'Antiquité. La notion d'inconscient a pris un tournant décisif avec Leibniz est s'est développée au XVIII° et XIX° siècle. Vers 1880, elle était banale pour beaucoup de philosophes, pour des psychiatres et pour les premiers psychologues scientifiques.
Jacques Van Rillaer ▪ Le livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, 2005, p 217-218
Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la théorie et la pratique expérimentale. 1° Il constate un fait ; 2° à propos de ce fait, une idée naît dans son esprit ; 3° en vue de cette idée, il raisonne, institue une expérience, en imagine et en réalise les conditions matérielles ; 4° de cette expérience résultent de nouveaux phénomènes qu'il faut observer, et ainsi de suite. L'esprit du savant se trouve en quelque sorte toujours placé entre deux observations : l'une qui sert de point de départ au raisonnement, et l'autre qui lui sert de conclusion.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'Etude de Médecine Expérimentale, Chapitre I, § VI
Ecoutez le malade, il vous donne, vous offre généreusement le diagnostic.
Fred Siguier
L'implosion dépressive et l'explosion addictive ont désormais partie liée : le vide-impuissance et le vide-compulsion sont les deux faces de ce Janus.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 172
On est passé des médicaments pour malades aux médicaments pour gens normaux en difficulté, puis aux médicaments pour faciliter la vie chez des gens en état normal.
P. Fougère ▪ Les médicaments du bien-être, Hachette, 1970, p 8
En matière de cancer, on voit bien la contradiction : il faut repérer et signaler au plus vite à son médecin des signes qui ne prennent sens que dans la durée.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 56
Tout entière axée sur la production, la consommation et le profit, l'économie de la fin du XIX° siècle (au sens large) n'est pas étrangère au succès du médicament sous toutes ses formes. Vanté par la publicité, source de profit considérable et pas toujours efficace, il se révèle paradoxalement un obstacle à la réalisation de projets médicaux surtout axés sur l'hygiène.
Olivier Faure ▪ Histoire sociale de la médecine, Anthropos historique, 1994, p 197
L'ardeur que l'on met à rechercher des médicaments nouveaux, à les faire connaître au monde savant avant même qu'ils aient commencé à faire leurs preuves, à multiplier hâtivement les observations qui permettent d'appuyer sur des données cliniques les vues qu'on s'efforce de faire prévaloir ; toute cette fièvre pharmacologique a inspiré aux praticiens des habitudes d'intervention turbulente qui ne sont pas toujours dans les intérêts des malades.
Léon Lereboullet en 1886 ▪ Dictionnaire des sciences médicales d'Amédée Dechambre, Masson, 1886, t17, p 158.
Il faut, dans la description d'une maladie, distinguer les symptômes propres et constants des accidentels et étrangers. J'appelle accidentels ceux qui dépendent de l'âge et du tempérament du malade ainsi que de la manière de traiter les maladies.
Thomas Sydenham - 1676 ▪ observationes medicae circa morborum acutorum historiam et curationem. Londres 1676
Nous ne savions pas que c'était impossible… Alors nous l'avons fait.
Jean Cocteau
Le malade, c'est comme le cochon, on utilise tout sauf son cri.
Auteur inconnu
Pour marcher au pas, le cerveau est superflu, la moelle épinière suffit.
Albert Einstein
C'est bien l'une des grandes difficultés de l'exercice médical, être soignant sans être censeur, soigner le bronchitique sans critiquer le fumeur, l’obèse sans blâmer le gourmand, le gonorrhéique sans damner le coquin.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 35
Beaucoup de médecins utilisent la menace de la maladie pour parvenir à ce qu'ils appellent leurs fins, ces menaces sont faites dans des termes qu'une épistémologie tant soit peu rigoureuse serait bien incapable de justifier.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 73
La psychiatrie entre dans le domaine médical en transformant des entités morales dont la personne est responsable en entité médicales dont la personne est atteinte.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 36
Le but du diagnostic n'est pas d'arriver nécessairement à la caractérisation biomédicale la plus parfaite, mais de parvenir au degré de précision réellement utile pour le bien du soigné
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 108
Du judiciaire à l’éducation, la société appelle l’expertise de la médecine pour dire, sur fond d’une valence reconnue, d’un savoir et d’une compétence, ce qu’il est possible de faire pour guérir les maux d’une société. La médicalisation des problèmes sociaux (violence à l’école, criminalité, souffrance au travail, mal-être, etc.) est implicitement admise comme une solution efficace, nécessaire et cohérente. La médecine, qui a pris soin de notre santé, prendra en charge aussi la souffrance des hommes en la « pathologisant ».
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 196
Drôle de manière de déclarer naturellement altruiste la distribution des restes. C'est oublier le prix à payer pour ceux qui attendent les miettes. La société libérale, de ce point de vue, ne manque pas d'humour noir.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 161
La science du médecin est de découvrir chez un patient un mal dont tous les deux puissent vivre.
Albert Willemetz
Les périodiques médicaux sont une extension de la division marketing des compagnies pharmaceutiques
Richard Smith ▪ Ancien rédacteur en chef du British Medical Journal
La psychiatrie, il n'existe probablement pas d'autre domaine de la médecine dont la documentation scientifique soit aussi en contradiction avec les données brutes.
David Healy
Comment réconcilier ces deux philosophies de la vie : la vision de la médecine qui cherche à préserver la vie même en érodant sa qualité, et celle d'une existence ordinaire, à la fois fragile et source d'épanouissement ? Voilà sans doute le dilemme éthique le plus profond et le plus subtil que nous ayons à résoudre.
Leon R. Kass ▪ Cancer and mortality. Oxford University Press. 2012
Les mots savent de nous ce que nous ignorons d'eux.
René Char
Il y a si longtemps maintenant que j’attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui…
Pierre Desproges ▪ Chroniques de la haine ordinaire / Éditions du Seuil, Tôt ou Tard
Une autorité culturelle ayant vocation à lutter contre le mal peut propager, avec la plus complète certitude de son bon droit, un sens qui provoque un mal épouvantable.
Alain Froment
Ce n'est nullement une particularité médicale que d'avoir des valeurs professionnelles, mais chez les médecins, elles ont la particularité d'influencer non seulement la façon dont ils conçoivent le bien et le mal de ceux qu'ils soignent, mais aussi la façon dont ils les leur font concevoir.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 63
La méthode expérimentale n'est point primitive et naturelle à l'homme, et ce n'est qu'après avoir erré longtemps dans des discussions théologiques et scolastiques, qu'il a fini par reconnaître la stérilité de ses efforts dans cette voie.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'Etude de Médecine Expérimentale, Chapitre II, introd.
J'ai probablement tort d'ébaucher un diagnostic en me basant seulement sur mes impressions devant le discours du patient. Mais comment exercer le métier médical sans utiliser au mieux tout cet acquis intuitif, basé sur une sémiologie non conventionnelle ?
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 31
Nous médecins, identifions-nous nos valeurs avant de prendre nos décisions, ou n'est-ce pas à partir de nos décisions que nous reconnaissons, a posteriori, ce que nous appelons nos valeurs ?
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 46
La lèpre convenait parfaitement à l'illustration de la religion chrétienne puisqu'elle donnait à voir la disparition des formes, la vanité des séductions charnelles, la contribution du mal - ou du malin - qui découpait en parcelles putrides les belles statues de chair pour les conduire inexorablement au stade ultime où seuls restaient au pécheur les os et la peau. Que l'âme survécût à cette débandade forcenée des humeurs, des muscles et des nerfs ne mettait-il pas en évidence son immortalité ?
Pierre Miquel ▪ Mille ans de malheur, Michel Lafon, 1999, p 54
Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées.
Bible : Jérémie 31:29
Tout le monde veut sauver la planète, mais personne ne veut descendre les poubelles.
Jean Yanne
Les maladies à chiffres sont une aubaine pour les syllogismes pervertis :
- Majeure : la mort est dans les artères.
- Mineure : les artères ont des chiffres.
- Conclusion : en soignant les chiffres, je soigne la mort.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 65
Le litige entre science et théologie entre maintenant dans une phase entièrement nouvelle, et ce pour deux raisons : la première est que la technique scientifique commence à avoir des effets plus importants que la tournure d'esprit scientifique ; la deuxième est que de nouvelles religions sont en train de prendre la place du christianisme, et de répéter les erreurs dont le christianisme s'est repenti.
Bertrand Russel ▪ Science et religion, Gallimard, Folio, 1971, p 181
Les épidémies ont déferlé sur le monde civilisé pendant près de 4000 ans sans rencontrer de résistance. Les sociétés humaines, sur toute la planète, ont été sans défense face à des épidémies triomphantes. La médecine a été incapable d'enrayer leur progression. Les médecins n'ont compris ni leur cause ni la façon de les prévenir.
Alfredo Morabia ▪ Santé : distinguer croyances et connassances. Odile Jacob, 2011, p 43
L'histoire des sciences est une histoire de rêves irresponsables, d'entêtements et d'erreurs. Mais la science est une des très rares activités humaines, peut-être la seule, où les erreurs sont systématiquement relevées et, avec le temps, assez souvent corrigées.
Karl Popper
Dans la théorie de la "justice comme équité", les personnes acceptent par avance un principe de liberté égale pour tous et elles le font dans l'ignorance de leurs fins plus particulières.
John Rawls ▪ Théorie de la justice. Seuil, Points, 1997, p 56
Comment un état de santé peut-il être pathologique s'il est partagé par une large partie de la population ? La réponse est philosophique, elle n'est pas scientifique.
Alfredo Morabia ▪ Santé : distinguer croyances et connassances. Odile Jacob, 2011, p 217
La médicalisation de la société et la pensée mécaniste alimentent la formation de symptômes somatomorphes. Le non-remboursement de consultations de psychologues, ainsi que la réticence commune à l'égard de la psychiatrie, contribuent au fait qu'un certain nombre de personnes s'adressent à un médecin somaticien. De ce fait, les "malades", pour rendre leur plainte "présentable" au médecin, mettent en forme somatique leur souffrance psychique ou sociale.
Frédéric Dubas & Catherine Thomas-Antérion ▪ Le sujet, son symptôme, son histoire. Etude du symptôme somatomorphe. Belles Lettres, 2012, p 138
Dans son magnifique effort de découverte de l'inconscient, Freud me semble avoir échoué dans sa tentative d'affranchissement de la cosncience, affranchissement dont il se faisait pourtant le plus vigoureux apôtre.
Lionel Naccache ▪ Le nouvel inconscient, Odile Jacob, 2009, p 362.
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