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Livres pour les cliniciens curieux

La chirurgie de l'âme

Marc Lévêque et Sandrine Cabut ▪ JC Lattès 2017

Plus de la moitié du livre est consacrée à l’histoire tourmentée de la psychochirurgie. Histoire passionnante qui recèle tout ce que la médecine a connu de pire : de l’empirisme au maquillage des preuves, du mépris des patients à la barbarie chirurgicale, des ambitions personnelles aux dérives politiques.
À la lecture de ces pages très documentées, on se dit que les auteurs ont bien du courage d’aborder cette discipline maudite. On devine d’emblée leur souci éthique, preuve qu’ils ont bien compris la difficulté de la tâche !
Le lecteur commence à respirer lorsqu’il découvre les avancées thérapeutiques de la stimulation cérébrale profonde dans la maladie de Parkinson. Ce progrès incontestable sert de point d’ancrage pour aborder la suite avec un peu plus d’optimisme. Suite qui consiste à faire le point des publications les plus « recevables » sur les diverses méthodes de stimulation et inhibitions électriques en intra ou extra crânien dans toutes les indications (agressivité, psychoses, anorexie, addictions, TOC, dépressions, tics, Alzheimer, etc.) Les auteurs insistent sur les multiples dérives, dont on est soulagé d’apprendre qu’elles ne concernent pas notre pays. Cependant, le lecteur constate (comme les auteurs) que la plupart de ces publications portent sur des séries très limitées de patients (parfois quelques dizaines) et que les méthodes d’évaluation sont parfois bien fantaisistes.
Mais le but est de lever l’enthousiasme. Et malgré la certitude acquise que ces nouvelles technologies sont peu traumatisantes, réversibles et éthiquement très encadrées, le lecteur clinicien n’arrive pas à dissiper l’ambiguïté qui se dégage entre l’extrême précision des cibles cérébrales et des gestes techniques et l’imprécision des diagnostics et des indications dans le domaine psychiatrique.
Une vraie note d’optimisme (très personnelle) : le projet de « stimulation en boucle fermée » pour déceler et prévenir les crises d’épilepsie. Mais l’épilepsie est une maladie neurologique quasi mono-factorielle qui n’a rien de comparable aux pathologies psychiatriques imprécises et plurifactorielles.
Saluons ce premier ouvrage de synthèse et de vulgarisation sur ce sujet très délicat.

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La phrase biomédicale aléatoire

La médicalisation de la société et la pensée mécaniste alimentent la formation de symptômes somatomorphes. Le non-remboursement de consultations de psychologues, ainsi que la réticence commune à l'égard de la psychiatrie, contribuent au fait qu'un certain nombre de personnes s'adressent à un médecin somaticien. De ce fait, les "malades", pour rendre leur plainte "présentable" au médecin, mettent en forme somatique leur souffrance psychique ou sociale.
― Frédéric Dubas & Catherine Thomas-Antérion

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