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Livres pour tous les cliniciens

Pour une médecine évolutionniste.
Une nouvelle vision de la santé

Luc Perino ▪ Seuil 2017

Cet ouvrage fondateur élargit l’éventail de nos conceptions de la santé et des maladies.
Voici à peine vingt ans que les biologistes de l’évolution et les médecins ont tenté un timide rapprochement. Aujourd’hui, qu’il s’agisse des troubles digestifs, articulaires, psychiques, des maladies infectieuses ou du cancer, de la physiologie du sexe et de la reproduction, il n’est guère de domaine médical qui ne prenne à la lumière de l’évolution des aspects novateurs, voire révolutionnaires.

Introduire la théorie de l’évolution en médecine clinique, c’est faire le lien entre l’Histoire de la vie et les histoires personnelles, entre les facteurs individuels et les facteurs environnementaux. Cette interdisciplinarité est en passe d’avoir des répercussions considérables sur la pensée médicale, les politiques sanitaires et la thérapeutique. Une telle approche éclaire, exemples parmi d’autres, les risques de nouvelles épidémies, les débats sur la vaccination, la progression de l’obésité, l’impact des nouvelles pratiques d’accouchement, etc.

Fondé sur les travaux de recherche les plus récents, ce livre est le premier à offrir un large panorama des perspectives ainsi ouvertes. Il devrait avoir un effet marquant sur la culture médicale commune. Au-delà du corps médical et des professionnels de santé, évidemment concernés au premier chef, chacun, soucieux de sa santé, y trouvera de quoi transformer sa vision.

La santé publique en questions

Laurent Chambaud ▪ Presses de l'EHESP 2016

Au-delà d'une revue générale de tous les problèmes de santé publique dans notre pays, l'auteur décrit le système de soins avec un regard critique, en pointant la difficulté des échanges d'informations. Il faut dire que nous ne manquons pas d'agences sanitaires qui décrivent elles-aussi sans avoir les moyens de faire remonter l'information aux décideurs, et quand elles y parviennent, les décisions se font attendre.

Les inégalités sanitaires s'aggravent et nos dirigeants maintiennent sur le marché des médicaments au prix exorbitant pour un bénéfice médiocre, au détriment d'actions plus urgentes. C'est toute la complexité d'un système où les lois du marché et le pouvoir des médias pèsent désormais de tout leur poids sur celles de la démocratie.L'auteur souligne la fracture entre recherche et actions. Le vrai mal français, on accumule des rapports et des lois qui ne sont jamais appliqués.

Il fait aussi l'inventaire des problèmes éthiques soulevés par les nouvelles technologies et les nouveaux sujets de société.

Au fur et à mesure de la lecture, on apprécie le panorama général des questions et problèmes, mais on regrette de ne voir qu'un inventaire convenu et mille fois râbaché sans voir émerger l'esquisse d'une vraie proposition. Confirmant que les trop nombreux organes de santé publique manquent d'audace et de colère, qu'ils conservent leur étanchéité, et ne savent plus que ronronner derrière leurs multiples sigles.

Effets secondaires, le scandale français

Antoine Béguin, Jean Christophe Brizard, Irène Frachon ▪ First 2016

Nous savons désormais que le médicament est la troisième cause de mortalité en Occident. Beaucoup modèrent cette statistique en disant que les accidents médicamenteux concernent des patients gravement malades. Il n'en est rien, les médicaments tuent aussi des milliers de personnes en bonne santé.

Tous les scandales de l'Histoire de l'industrie pharmaceutique, depuis la thalidomide jusqu'à la Dépakine, en passant par le Distilbène ou le Médiator, n'ont concerné que des personnes saines !

Chaque scandale est suive de belles promesses : "Plus jamais ça". Et tout recommence toujours, car les administrations vivent sous la pression des lobbies, les conflits d'intérêts abondent, les études sont biaisées.

Mais encore une fois, il ne suffit pas d'accuser Big Pharma, il faut aussi accuser la passivité universitaire, la crédulité des patients et de certains médecins. Comment croire qu'un comprimé peut faire maigrir, empêcher un avortement, protéger contre un cancer, guérir une dépression chronique ou compenser notre surconsommation de sucres ?

Ce livre rempli de témoignages et d'enquêtes rigoureuses nous fait entrer dans un univers plutôt sordide et révèle aussi notre culpabilité à tous. Mais que les médecins se rassurent, la médecine n'est pas plus infiltrée de biais que ne le sont la chimie, l'agro-alimentaire, la cosmétologie ou le journal de 20 heures !

On se console comme on peut !

Remèdes mortels et crime organisé.
Comment l'industrie pharmaceutique a corrompu les services de santé

Peter C Götzsche ▪ PUL 2015

Ceux qui pensent que les pourfendeurs de Big Pharma sont des adeptes de la théorie du complot se trompent.

En lisant ce livre, on découvre que les mensonges, manipulations, corruptions et intimidations orchestrés par l’industrie du médicament sont bien plus importants que tout ce que les pires fictions peuvent imaginer.

L’auteur, un des fondateurs de la collaboration Cochrane, ne peut pas être accusé de parler à la légère. Tout ce qu’il dit est prouvé et référencé avec rigueur.

Les compagnies pharmaceutiques sont des maffias qui agissent en toute impunité, car elles sont à la fois juge et partie. Elles placent leurs hommes dans les agences  nationales et internationales de médicament. Elles définissent et inventent les maladies. Elles intimident leurs détracteurs et organisent leur marginalisation avec l’appui des universités qu’elles financent.

Elles cachent les données, falsifient les résultats, et trouvent toujours la parade à toutes les législations, grâce à leur pouvoir financier.

Les médicaments sont la troisième cause de mortalité, après les cancers et les maladies cardio-vasculaires, dans les pays développés. Aucune autre industrie ne pourrait survivre avec un bilan aussi désastreux et un tel mépris pour la vie humaine. Elles réussissent ces exploits grâce à la naïveté des patients et des médecins qui continuent à penser qu’elles agissent pour le bien de l’humanité (ce qui est leur slogan passe-partout). Les patients ont confiance dans leurs médicaments parce qu’ils extrapolent la confiance qu’ils ont envers leurs médecins et la reportent sur les remèdes que ces derniers leur prescrivent. Ils ne sont pas conscients que les médecins, s’ils en savent long sur les maladies et la physiologie et la psychologie humaines, en connaissent très, très peu sur les médicaments si ce n’est les informations fabriquées de toutes pièces par l’industrie pharmaceutique.

L’auteur pointe les désastres en psychiatrie et en cancérologie qui sont les domaines les plus corrompus et les plus falsifiés.

Les compagnies déterminent les programmes des universités, les recherches cliniques des hôpitaux, elles fabriquent les leaders d’opinion, rédigent leurs articles. Elles contraignent la majorité des rédactions des grandes revues internationales qui dépendent aussi de leur pouvoir financier.

A ceux qui rétorqueront qu’il y a des médicaments qui aident l’humanité et sauvent parfois des vies, il faut répondre oui, mais ces médicaments représentent moins du millième de la pharmacopée et des profits. Le bilan des vies est devenu largement négatif.

L’auteur, comme tous ceux qui critiquent violemment cette industrie (Even, Pignarre), a travaillé pour les compagnies pharmaceutiques d’où il a pu observer l’ampleur de l’organisation criminelle.

On referme ce livre, presque incrédule, puis on regarde l’abondante bibliographie et on est alors vraiment certain que rien ne peut arrêter la foi naïve des médecins et la puissance de l’argent.

On regrettera simplement que le livre soit mal traduit en français au risque de décourager certains lecteurs. Il est également très mal distribué en France, ce qui n’est pas étonnant puisque notre pays est un vrai paradis pour les fabricants de médicaments…

Vademecum de médecine générale

Christophe Beltz ▪ Auto-édition 2015

Difficile de faire plus concis pour inculquer aux jeunes médecins les premiers réflexes cognitifs dans une vingtaine de situations fréquentes en soin primaire
Mais que l'on ne s'y trompe pas, cette concision n'est qu'apparente et révèle le comportement d'un clinicien qui sait déjà déjouer les pièges de la mercatique médicale et de l'interventionnisme.
Ce qui fait la force de ce petit ouvrage, fait peut-être aussi sa faiblesse, car il s'adresse en priorité aux remplaçants et jeunes médecins qui peuvent ne pas comprendre que cette extrême concision révèle un art de l'observation clinique et de l'abstention thérapeutique que seuls peuvent détenir les vieux praticiens

L'élaboration des abrégés, vademecum et autres aide-mémoires est très difficile ; celui-ci a le mérite de sa facilité d'accès et de son petit-format. Apprécions aussi la sagesse de la page blanche qui fait suite à chaque chapitre et où le praticien pourra construire un vademecum personnalisé au cours de ses expériences cliniques.
Lorsque ces pages blanches seront pleines, le médecin n'aura plus besoin de ce vademecum, c'est bien là sa clairvoyance et sa modestie.

Et la clinique... bordel !

Jean-Louis Dupond ▪ Graine d'auteur 2014

Et la clinique bordel

Déjanté, pertinent, délirant, informé, paillard et expert. Comment tout cela est-il possible de la part de quelqu'un qui prétend ne pas être un écrivain ? L'auteur est un ancien interniste dont nul ne peut douter de la compétence, ses railleries sonnent juste comme un engagement de clinicien, ses blagues de carabin cachent la pudeur de l'humaniste, ses jeux de mots sont une encyclopédie biomédicale avec l'épistémologie en plus. 
Tout est juste et hilarant. Le profane peut avoir un peu de mal à comprendre l'humour subtil et colossal de quaque ligne, mais les médecins et cliniciens apprécieront assurément. Ils se régaleront à voir un vieux briscard de la globalité exprimant si bien leur colère et leur désarroi devant les dérives de la médecine et du soin. 
Manifestement inspiré par San Antonio, l'auteur a presque dépassé la verve du maître et il a réussi, en plus, à cacher le jaune de son éclat de rire.
Saluons un véritable écrivain et poète de la médecine clinique et si le rire n'a pas encore été validé comme thérapeutique par un essai randomisé, mon intuition de clinicien me dit que cet ouvrage pourrait protéger nombre de mes confrères de la "burne" out (comme celle de l'un des personnages de cette comédie sanitaire).
Bravo et merci monsieur Dupond.  

Le guide prescrire des interactions médicamenteuses.

La Revue Prescrire (LRP) ▪ Prescrire, 2015

Le guide prescrire des interactions médicamenteuses.Chaque année, la revue Prescrire édite un nouveau guide complet des interactions médicamenteuses.
Terrifiant !
Aucun clinicien ne devrait le rater. Pourtant...

Ce que soigner veut dire

Annemarie Mol ▪ Presses des Mines 2009

Ce que soigner veut dire Annemarie Mol travaille sur deux logiques qui façonnent l'exercice médical et qu'elle nomme "la logique du choix" et "la logique du soin. 
Dans nos sociétés de libertés individuelles, le patient est encouragé à choisir librement les soins qu'il désire, mais cet idéal n'est jamais atteint, car le patient ne possède pas les éléments du choix. La logique du choix donne un programme de soins déduit de l'épidémiologie clinique, mais dans la réalité quotidienne le soin se heurte à un flot d'imprévus et de questions auxquels la logique du choix ne peut répondre.
Le patient et son médecin sont donc confrontés en permanence à la logique du soin qui a finalement bien peu de rapports avec la logique du choix. 
Très bel exercice de réflexion sur le soin des maladies chroniques avec des exemples très pratiques sur le diabète insulino-dépendant.
L'auteur invite les médecins à ne pas trop se laisser séduire par les vertus consensuelles du libre choix.

Autisme, le gène introuvable

Bertrand Jordan ▪ Seuil, 2012

Autisme, le gène introuvableL'auteur utilise l'autisme qu'il connaît très bien pour démontrer les relations ambiguës entre l'industrie des tests génétiques et le monde médical.
On découvre comment ces test sont tous inutiles et dangereux.
Dans le cas d'une pathologie comme l'autisme, les dégâts de ces tests sont considérables, car ils peuvent modifier la relation avec un enfant sain dont le test aura été faussement positif.
La précision de ces test varie de 0 à 10%, mais ils jouissent toujours d'un grand succès auprès des médias et du public
C'est bien tout le génie et le cynisme des marchands que de profiter de la détresse et de l'anxiété des parents.

Les nouveaux paradoxes de la médecine

Luc Perino ▪ Le Pommier, 2012

Les nouveaux paradoxes de la médecine Les profonds bouleversements de la médecine placent le médecin devant des difficultés sans précédent : il est souvent contraint de choisir entre l'intérêt de son patient et les recommandations officielles.
La domination de la pensée médicale par le marché perturbe les relations cliniques entre patients et praticiens.
Sans en avoir une réelle conscience, médecins et patients souffrent ensemble de devenir les jouets d'un pouvoir sanitaire protéiforme et mal identifié.

Pour reprendre pied et recentrer la pratique médicale sur plus de réalisme et d'objectivité, ce livre audacieux éclaire les articulations complexes entre la médecine et la société, entre la science et le rêve, entre la santé publique et la démagogie, entre la statistique et la manipulation.
Il le fait avec un regard nouveau et original en abordant des paradoxes sanitaires encore très mal analysés.

Loin de bâtir un réquisitoire contre la médecine, Luc Perino rédige ici un véritable hymne à la science clinique.

Le cancer : un fléau qui rapporte

Nicole Delépine ▪ Michalon, 2013

Le cancer : un fléau qui rapporteCe livre est le cri de douleur d'une cancérologue dévouée à la cause de ses patients. Sa souffrance n'est pas due à un métier difficile où elle côtoie la mort des enfants, mais c'est la souffrance d'un praticien hospitalier qui constate comment l'hôpital public a été dévoyé de sa fonction soignante. Comment le "techno-fascisme" a éliminé progressivement toutes les compétences cliniques des services de cancérologie, pour mieux concentrer le pouvoir au sein de quelques centres formatés et labellisés.
Elle dénonce la gabegie des Plans Cancer successifs où la bureaucratie engloutit le budget. Elle dénonce la prise du pouvoir par l'INCa dévoué et soumis aux marchands.
Alors que les meilleurs résultats de la cancérologie étaient apparus avant la mise en place des Plans Cancer, elle dénonce le prix faramineux des nouvelles thérapeutiques ciblées pour des résultats nuls ou médiocres. Grâce au système des ATU, l'industrie fait payer ses essais cliniques par la Sécurité Sociale et utilise les associations de patients pour faire pression sur le ministère.
Enfin, alors que l'administration des Plans Cancer s'efforce d'évaluer tous les actes des médecins, elle se refuse toujours à évaluer les résultats des dépistages organisés dont les praticiens de terrain et de nombreuses publications dénoncent chaque jour la totale inefficacité, voire la nocivité.
Nous connaissons l'auteure pour ses colères sans retenue. Ici, la colère est maîtrisée et documentée. Hélas, le personnage, connu pour ses excès souvent brouillons, frappe encore un coup d'épée dans l'eau. Pour faire bouger le mammouth et ses énarques, il faudrait pouvoir fédérer des cliniciens plus diplomates...

Le sujet, son symptôme, son histoire

Frédéric Dubas, Catherine Thomas-Antérion ▪ Les Belles Lettres, 2012

Le sujet, son symptôme, son histoireCe livre, d'une lecture facile, aborde le symptôme somatomorphe sous l'aspect historique et clinique. À partir de cas cliniques, deux neurologues analysent avec pragmatisme, la naissance du symptôme somatomorphe chez le patient et l'élaboration de son diagnostic par le médecin.
Le premier intérêt de cet ouvrage est d'offrir aux cliniciens objectivistes que nous sommes devenus, une occasion de réintroduire la subjectivité du patient dans notre examen clinique, sans, pour autant, sombrer dans une empathie obscurantiste. Le second intérêt est de réhabiliter, avec beaucoup de précaution, la part clinique de la psychanalyse, qui avait été injustement abandonnée avec le rejet massif de cette discipline et de ses dérives.
Il faut éviter de hérisser son poil à la lecture des premières analyses du soubassement psychologique des symptômes, et très vite, on se laisse convaincre par la grande lucidité et la grande objectivité de la construction diagnostique. Exercice clinique de haute volée et fol espoir d'un retour de la médecine du sujet !
Dans leur enthousiasme et leur conviction, les auteurs souhaitent que le symptôme somatomorphe ne soit plus un diagnostic d'élimination. Belle utopie ! Comment imaginer qu'une pensée médicale et un système sanitaire entièrement dirigés par le marché puissent laisser la moindre place à l'élaboration d'une science universitaire du sujet. Cette science ne permettrait pas la normalisation dont l'industrie a besoin pour fabriquer les blockbusters qui financent la recherche et l'enseignement de la médecine.
La science du sujet est condamnée à être assimilée à celle des charlatans qui ne participent pas à l'économie de la santé. Triste réalité qui n'enlève rien à la perfection clinique de cet ouvrage que tous les médecins devraient lire.
Car, si nous examinons honnêtement notre pratique, les symptômes somatomorphes représentent bien plus de la moitié de notre activité de spécialiste ou de généraliste.

À quoi sert vraiment un médecin

Luc Perino ▪ Armand Colin, 2011

À quoi sert vraiment un médecinLa priorité du médecin est-elle de faire des diagnostics, de pratiquer des soins, de produire de la médecine ou de relayer le marketing de Big Pharma ?

Puisant dans sa pratique variée, l'auteur nous entraîne dans ses interrogations sur l’évolution de son métier. Comment faire profiter le patient des progrès de la médecine tout en le protégeant de ses excès ?

Comment arbitrer entre des options et des intérêts souvent contradictoires ? Sciences biomédicales, soin individuel et politiques de santé ne jouent pas la même partition.

À la fois conteur et épistémologiste, l'auteur, d'une plume alerte, nous guide avec humour ou gravité dans le labyrinthe des paradoxes sanitaires de l’Occident. Petit à petit, il esquisse le portrait du médecin dans une société guérie de sa névrose sanitaire.

La mort de la clinique

Collectif du centre Georges Canguilhem ▪ PUF, 2009

La mort de la cliniqueCe livre démonte le processus qui a abouti à déshumaniser la pratique médicale depuis quelques décennies.

L'ère du colloque singulier paraît désormais révolue.
Le poids financier considérable du secteur financier installe un doute sur les interactions entre économie et sécurité des patients.

Un riche débat sur l'avènement du "patient robot".

Une brève Histoire du médicament

Luc Perino ▪ L'oeil neuf / Jean-Claude Béhar, 2009

Une brève Histoire du médicamentJamais l’histoire des médicaments n’a été contée de façon aussi brève et aussi exhaustive.
L’auteur réussit ici l’exploit de résumer en quelques pages l’évolution de l’objet-médicament à travers les âges.
Sous forme d’un essai concis et documenté, l’auteur choisit neuf points-clés et porte neuf regards originaux sur cette saga.
En partant des époques les plus anciennes de l’histoire d’homo sapiens, on découvre comment cet étrange objet social s’est successivement enrobé de couches magiques, divines, théoriques, culturelles, techniques, scientifiques et mercatiques jusqu’à notre époque où l’industrie domine toute la pensée médicale.
Cette véritable anthropologie du médicament offre une analyse lucide de l’irréductible ascension de la magie et du marché pour se terminer avec humour sur une étonnante fiction du XXI siècle où le cynisme est décortiqué avec expertise et références.

Le corps relégué

Collectif du centre Georges Canguilhem ▪ PUF, 2007

Le corps reléguéLa médecine occidentale doit ses avancées à l’objectivation du corps humain. L’investigation biologique et l’imagerie contribuent à mettre à l’écart la clinique et la chirurgie traditionnelle.
Le corps devient quantifiable et transparent. Médecins, philosophes et anthropologues plaident ici pour une médecine qui rende au malade son corps entier intégré dans son environnement avec le statut de sujet souffrant.
Le patient a l’expérience de son corps, il doit en accepter les risques et les spécificités et non se cacher derrière des objectivations rassurantes mais souvent trompeuses.

Quiproquos sur ordonnance

Patrick Lemoine, François Lupu ▪ Armand Colin, 2007

Quiproquos sur ordonnanceLa mécompréhension entre patient et médecin est une source importante de prescriptions abusives et de pathologie iatrogène. Les médecins ont beaucoup de difficulté à comprendre les patients " hors norme ", surtout s'ils viennent d'ailleurs.
Un psychiatre et un ethnologue réfléchissent ici ensemble à ce problème en se basant sur des anecdotes savoureuses et riches d'enseignement.
Au-delà de toutes ces anecdotes, on comprend que toute consultation est toujours la rencontre de deux cultures : celle du patient et celle du médecin.

Le nouvel inconscient

Lionel Naccache ▪ Odile Jacob, 2006

Le nouvel inconscientDeux livres en un seul. Avec l'étrange sous-titre : "Freud, le Christophe Colomb des neurosciences." on ne sait pas exactement si ce livre va parler de neurosciences ou de psychanalyse.
Il s'agit pourtant d'un excellent livre de vulgarisation sur les méthodes expérimentales et l'actualité des connaissances sur l'inconscient cognitif. Livre très bien écrit par un esprit brillant et ouvert.
Puis, dans une deuxième partie, l'auteur cherche ce qui, dans les thèses freudiennes, peut se rapprocher de nos connaissances actuelles sur l'inconscient. La réponse est sans appel : RIEN, absolument rien.
Avec des phrases telles que "... aucune des hypothèses de Freud ne fait écho aux découvertes des sciences cognitives..." on assiste à la critique la plus violente et la plus pertinente de l'inventeur de la psychanalyse et des mythologies de sa plume brillante.
L'aspect le plus intéressant de cette deuxième partie est la thèse originale de l'auteur qui compare l'inconscient freudien à notre faculté consciente à construire des fictions autour des évènements de notre vie et de celle des autres. Nous le savions bien avant Freud !
On termine ce livre, pourtant majeur, fondamental et indispensable, avec le sentiment bizarre qu'il n'est pas encore possible, en France, de parler de sciences cognitives sans continuer à évoquer Freud. Sans doute pour des raisons éditoriales.

Humeurs médicales

Luc Perino ▪ Le Félin, 2006

Humeurs médicalesDes chroniques décapantes et cyniques pour dénoncer les travers des patients et de leurs médecins, les errements de nos ministères et universités de santé et la suprématie du marché dans la pensée médicale.
Accrochez-vous bien et relisez plusieurs fois, car il y a plusieurs degrés à franchir dans l’humour et la dérision.
à ne pas mettre entre toutes les mains !

Naissance de l'anthropotechnie

Jérôme Goffette ▪ Vrin, 2006

Naissance de l'anthropotechnieCet ouvrage aborde sous un angle anthropologique la question du dévoiement du soin vers l’amélioration de l’humain.
Les nouvelles pratiques médicales quittent le cadre du soin pour faire naître une nouvelle discipline "l’anthropotechnie" qui englobe la modification esthétique, le dopage physique et intellectuel, la modulation de l’humeur ou de la sexualité.
Edifiant et terrifiant.

L'enfer de la médecine est pavé de bonnes intentions

Patrick Lemoine ▪ Robert Lafont, 2005

L'enfer de la médecine est pavé de bonnes intentionsUn livre iconoclaste sur la médecine et les médecins d'hier et d'aujourd'hui.
Les erreurs des mandarins d'antan expliquent celles des patrons d'aujourd'hui. Tout recommence toujours. L'auteur ne conteste pas les progrès réels de la médecine, mais il met en garde : plus la médecine brille, plus son autorité déborde.
Quant à l'énormité de la machine administrative sanitaire, il faut l'avoir vécue pour si bien la dénoncer.
Un livre qui se lit facilement et avec le sourire. On ne peut pas bouder.

La sagesse du médecin

Luc Perino ▪ L'oeil neuf / Jean-Claude Béhar, 2004

La sagesse du médecinUn médecin généraliste questionne son métier en racontant ses patients avec une force littéraire qu’il veut mettre à leur service et à celui d’une médecine clinique qu’il redoute de voir disparaître.
Neuf chapitres avec neuf questions. Douleur, mort, regards, rémunération, force des mots, hasard, les grands thèmes du soin sont abordés avec humanité et une désarmante sincérité.

Du raisonnement médical à la décision partagée

Guy Llorca ▪ Med-Line, 2003

Du raisonnement médical à la décision partagéeL’auteur, président du comité d’éthique de Lyon essaie ici de simplifier les problèmes d’éthique pour les cliniciens. Il en présente de façon schématique les valeurs et les règles essentielles. Comment raisonner en médecine en considérant que le gain d’autonomie pour le patient est un but aussi noble que le bénéfice sanitaire? Le but final étant d’apporter un maximum de gains au patient sur tous les plans tout en s’assurant qu’il peut exercer son libre-arbitre.

Pour une rencontre soignante

Alain Froment ▪ Archives contemporaines, 2001

Pour une rencontre soignanteAprès avoir défini la maladie et différencié la médecine scientifique de la médecine soignante, ce troisième volet de la trilogie d’Alain Froment décortique les pièges de la rencontre entre le soignant et le soigné.
Il insiste sur le fait que l’activité soignante ne peut pas consister à appliquer une science. Il essaie de prémunir le médecin contre l’étroitesse de ses propres perspectives.
Il regrette que la critique épistémologique soit absente dans les Facultés de Médecine, et même des ouvrages d’éthique médicale. Le médecin peut ainsi tromper son patient, même avec la meilleure volonté du monde.
Les lois sur le consentement éclairé n’ont rien changé, car le consentement du patient est toujours manipulé. Le médecin est, en effet, plus souvent guidé par ses angoisses et par son « moi », que par les intérêts et l’autonomie du patient.
L’autonomie est le maître mot de cet ouvrage. L’auteur fait bien la distinction entre les situations d’urgence vitale et les maladies chroniques. Les situations d’urgence vitale sont rares. Dans tous les autres cas, le médecin ne doit jamais se libérer de l’obligation d’être fidèle aux choix du patient.
Le problème de la relation est plus complexe, aujourd’hui, car le médecin est environné d'un système contraignant, du fait d’une médiatisation de l'information de plus en plus difficile à remettre en question.

Médecine scientifique, médecine soignante

Alain Froment ▪ Archives contemporaines, 2001

Médecine scientifique, médecine soignanteDans ce deuxième tome de sa trilogie, Alain Froment développe l’impossibilité pour un médecin d’être à la fois dans la recherche et dans le soin. Il doit choisir, car l’incompatibilité est totale. La recherche utilise le patient comme moyen, le soin le considère comme une fin.
Les essais randomisés sont critiqués, non pas dans leur utilité, mais dans leurs biais, leur monopole, et surtout parce qu’ils perturbent la relation soignante.
Pour la participation aux essais, les patients ne reçoivent presque jamais l’information éclairée et ils n’osent pas refuser par peur de conséquence négative pour eux.
L’auteur va plus loin en critiquant le système de promotion par la recherche et par la publication qui domine dans les CHU. Beaucoup de médecins considèrent aujourd’hui normal d’accorder la préférence à la recherche, même si cela est au détriment du patient.
Les références sont nombreuses. L’auteur souligne la légèreté épistémologique de la médecine.
Tout le long de cet ouvrage, destiné à des lecteurs avertis et exigeants, le souci d’éthique est permanent.

Maladie, donner un sens

Alain Froment ▪ Archives contemporaines, 2001

Maladie, donner un sensAlain Froment est certainement le meilleur épistémologiste de la médecine depuis Canguilhem. Ce livre est le premier de sa célèbre trilogie.
Il tente ici de définir la maladie et d'orienter le médecin vers la plus juste position de soignant devant le soigné.
La maladie a une définition préscientifique basée sur trois types de critères vécus par le patient. Les deux premiers critères sont d'ordre physique : douleur et/ou impotence fonctionnelle. Le troisième est d'ordre existentiel en empêchant le "pouvoir être" du patient ou en limitant le nombre de ses projets.
La médecine s'est ensuite arrogé le droit de définir la maladie selon des critères exclusivement biomédicaux sans tenir compte du vécu du patient. Alain Froment reconnaît qu'il n'est pas possible de théoriser et de cataloguer les trois critères préscientifiques, car ce serait une nouvelle façon de ne pas tenir compte de chaque histoire individuelle.
L'auteur n'est pas tendre avec les médecins qui ne comprennent pas que le patient peut se soustraire à la médecine, car sa dignité importe plus que toutes les thérapeutiques possibles. Le vrai soignant est celui qui sait faire la part des choses entre les désirs réels du patient et les conduites dictées par les données biomédicales.
Enfin, l'auteur accuse les médecins d'avoir créé des pathologies sans aucune correspondance avec un quelconque vécu du patient. Ces nouvelles maladies en signifiant des maux nouveaux, génèrent donc des maux nouveaux et de nouvelles souffrances. Une forme de médecine négative.
Un médecin peut-il vraiment exercer son métier sans avoir lu ce livre ?

L'information thérapeutique

Jean-Pierre Boissel ▪ Masson, 2000

L'information thérapeutiqueUne référence.
Un livre très sérieux et exhaustif pour les cliniciens qui veulent vraiment évaluer l’information qu’ils reçoivent.
Un spécialiste des essais cliniques et des biostatistiques nous apprend à nous y retrouver dans l’imbroglio de la communication médicale.
Tout clinicien devrait avoir lu ce livre pour savoir contraindre la médecine basée sur les preuves à plus de rigueur et à plus de transparence qu’elle n’en revendique.
Pertinent et impartial.

Les jardiniers de la folie

Edouard Zarifian ▪ Odile Jacob, 1999

Les jardiniers de la folieUn psychiatre qui parle de son métier de façon simple et claire, la chose mérite d’être soulignée.
Il répond aux questions que se posent patients et cliniciens en évitant la mystification et les idéologies. Voilà encore de quoi ravir.
La folie n’existe pas, les psychiatres ne connaissent que des malades et des hommes souffrants. Ils font un difficile métier qu’il faut rendre passionnant pour y survivre. Zarifian a su faire.

Hippocrate et le scanner

Didier Sicard ▪ Desclée de Brouwer, 1999

Hippocrate et le scannerCet auteur, connu pour son engagement dans l’éthique médicale, essaie ici de brosser un tableau des profonds changements de la médecine contemporaine.
Chaque dérive : perte de la clinique, examens sophistiqués, coûts faramineux, judiciarisation, etc. pose de nouveaux problèmes éthiques.
Comment rendre à cette médecine l’âme et l’humanité qu’elle a perdues et qui sont pourtant indispensables à sa propre survie ?

La fatigue d'être soi

Alain Ehrenberg ▪ Odile Jacob, 1998

La fatigue d'être soiFatigue, insomnie, anxiété, inhibition, indécision sont des situations normales vécues par des individus normaux. La médicalisation de la société transforme ces états en maladies avec le soutien de l’industrie du médicament et des médecins non formés à répondre à ces demandes.
L’auteur démontre comment cette nouvelle "maladie dépressive" est le fruit des mutations sociales qui ont fait disparaître la culpabilité et la discipline pour les remplacer par la responsabilité et l’initiative.
L’individu ne peut pas suivre et il va chercher refuge auprès de son médecin.

Le normal et le pathologique

Georges Canguilhem ▪ PUF, 1994

Le normal et le pathologiqueLivre quasi mythique écrit par le maître de l'épistémologie médicale.
Un médecin praticien peut-il exercer sans avoir lu et relu ce livre?
Tous les thèmes, cent fois réécrits depuis par les sociologues, philosophes et épistémologistes,sont là, dans leur forme native.
L’essentiel des questions que doivent se poser en permanence médecine et chercheurs sur l’objectivation des corps et la normativité médicale.
Chaque phrase peut être une citation ou l’ouverture d’un nouveau débat sur nos dérives. Citons-en au moins une : "La norme ne préexiste pas, elle résulte de la normalisation."

Deux textes sur la médecine clinique

La phrase biomédicale aléatoire

Le libéralisme moral encourage la rivalité et le mimétisme dans les domaines sociaux : droit de mourir, de procréer, d'adopter, avec pour principe d'être toujours dans l'escalade relationnelle pour être le plus libéral, de ne pas être débordé par plus "branché" que soi, par plus sensible à la victime exposée. Contrarier la "victime" (qui veut mourir, avoir un enfant, changer de sexe, etc.) est signe de régression, la soutenir est signe de progrès. Au fond, satisfaire la victime n'est pas le plus important : l'objet ou le sujet sont généralement instrumentalisés. Ce qui est important, c'est de s'être indigné, d'avoir agi et de pouvoir s'en gratifier devant les autres, fut-ce au prix de la vie de ceux-ci. L'idéal affiché compte moins que l'affichage masquant le sacrifice, indicible mais pourtant bien réel, de la personne décédée, de l'enfant conçu, adopté ou acheté.
― Marc Grassin et Frédéric Pochard

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