Maël Lemoine ▪ Hermann, 2017

Aucun livre de qualité sur l'épistémologie de la médecine n'avait été écrit depuis Canguilhem, en langue française. Voilà une lacune enfin comblée. Ce livre, malgré son niveau exigeant, devrait être lu par tous les médecins. Au-delà du classique problème de la définition du normal et du pathologique, l'auteur aborde tous les sujets nécessaires à l'analyse critique de nos pratiques médicales actuelles.
La maladie devenue une entité définie par son traitement plus que par son essence. L'introduction récente de l'EBM qui monopilise et fige la pensée médicale. Les différents systèmes de classification et la construction sociale des entités nosologiques. L'élaboration de la preuve et des liens de causalité. La justification par l'action. Les difficiles relations entre santé publique et santé individuelle. Les errements des processus de généralisation et particularisation du soin. Le savoir tacite et le savoir faible. Autant de grands thèmes traités avec clarté, malgré l'inévitable jargon philosophique qui peut parfois pénaliser les médecins.
À lire et relire tranquillement pour éviter le formatage de la pensée et acquérir une véritable liberté de soigner.
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La maturité d’une science se mesure à l’aune de sa terminologie. Santé et maladie sont des termes qui n’ont aucun registre en commun. La santé individuelle relève d’une subjectivité irréductible à la science. La maladie est un objet dont la définition scientifique est précise. La science biomédicale a pour vocation de nommer, de définir et de conceptualiser des « objets-maladie » ; définir la santé n’entre pas dans ses attributions.
― Luc Perino