Samuel Alizon ▪ Seuil 2016
Pourquoi ce livre devrait-il être lu au moins par tous les médecins ?
Parce que les livres qui traitent à la fois d'évolution, de santé et de médecine sont encore trop rares. (Il en existe moins de dix en langue française)
Parce que l'infectiologie est un domaine en pleine effervescence avec les maladies émergentes, la redécouverte du microbiote et le problème majeur de l'antibiorésistance.
Bien qu'il y ait beaucoup d'autres thèmes de rencontre entre les deux disciplines, les maladies infectieuses sont certainement le meilleur point d'ancrage entre la médecine clinique et la biologie de l'évolution.
L'auteur dresse ici un panorama assez exhaustif de l'histoire de nos relations tumultueuses avec les parasites (bactéries, virus, protozoaires, helminthes). Histoire qui semble se précipiter aujourd'hui avec les maladies nosocomiales et les bouleversements de l'environnement
Quant aux patients les plus curieux, ils peuvent aussi s'aventurer dans ces histoires. Ils découvriront comment les parasites ont des stratégies hésitantes entre virulence et dispersion, ils découvriront pourquoi l'antibiorésistance était inévitable. ils commenceront à comprendre la variété des réponses à une infection et pourquoi certains en meurent alors que d'autres ne s'en rendent même pas compte. Ils sauront que l'on ne peut plus croire aux peptides antimicrobiens pour remplacer les antibiotiques, mais que l'on peut encore rêver à une nouvelle ère de la phagothérapie.
La vulgarisation est un art difficile, il faut faire des raccourcis qui peuvent heurter les pairs, il faut conserver la rigueur scientifique sans mentionner toutes les preuves, il faut raconter des histoires et susciter l'envie d'aller plus loin. L'auteur a plutôt bien traversé ce parcours d'embûches et l'ensemble est assez agréable à lire.
Incisif et sérieux.
Depuis quelques années, le problème de l'antibiorésistance, les progrès de la génomique, la redécouverte du microbiote et la prise en charge de maladies au long cours, nécessitent l'introduction d'une pensée évolutionniste dans la réflexion clinique.
Le premier diplôme universitaire intitulé "Biologie de l'évolution et médecine" a été mis en place à la faculté de Lyon en 2016.
Du judiciaire à l’éducation, la société appelle l’expertise de la médecine pour dire, sur fond d’une valence reconnue, d’un savoir et d’une compétence, ce qu’il est possible de faire pour guérir les maux d’une société. La médicalisation des problèmes sociaux (violence à l’école, criminalité, souffrance au travail, mal-être, etc.) est implicitement admise comme une solution efficace, nécessaire et cohérente. La médecine, qui a pris soin de notre santé, prendra en charge aussi la souffrance des hommes en la « pathologisant ».
― Marc Grassin et Frédéric Pochard
Je suppose que vous ne choisiriez pas un lycée parce que le taux de réussite au bac y est faible ou une automobile parce qu’elle détient le record du nombre de pannes. C’est pourtant ce que font de nombreux citoyens en allant déposer certaines de leurs plaintes dans les cabinets médicaux, alors que la médecine s’est révélée inefficace ou dangereuse dans leur prise en charge. Douleurs, fatigues et dépressions sont les échecs les plus patents de la pharmacologie, plus elle intervient dans ces symptômes, plus leur incidence, leur prévalence et leur gravité augmentent.
― Luc Perino