Christian De Duve Odile Jacob, 2010

Ce livre est un résumé de l'histoire de la vie et de l'humanité. Rien ne manque, depuis le passage de la chimie minérale à la chimie organique puis à la vie par le truchement de la sélection naturelle. L'exercice de vulgarisation est exemplaire, la synthèse est parfaite. L'auteur aborde le paradoxe temporel de l'hominisation. Il a fallu 600 millions d'années pour arriver au cerveau de 350 cm3 du chimpanzé et seulement deux millions d'années pour passer de ces 350 aux 1350 cm3 de l'homme.
Toute l'explication ne peut pas être génétique. Le cablage du cerveau est épigénétique. Nos différences avec le chimpanzé viennent de gènes qui contrôlent la transcription d'autres gènes.
L'hominisation est aussi culturelle. L'altruisme et la coopération ont offert de tels avantages aux premiers groupes humains qu'ils ont été sélectionnés sur ces critères. Les croyances et les religions ont aussi offert des avantages sélectifs aux groupes qui en étaient pourvus.
La grande question du livre est : comment faire entrer toutes les populations dans le rationnalisme scentifique sans perdre les avantages sociaux conférés par les religions et les dogmes.
L'auteur propose spet pistes très différentes pour tenter d'y parvenir. Car il y a urgence, Homo sapiens peut disparaître s'il n'arrive plus à gérer les gros avantages que lui ont conférés sont gros cerveau...
Passionnant
Depuis quelques années, le problème de l'antibiorésistance, les progrès de la génomique, la redécouverte du microbiote et la prise en charge de maladies au long cours, nécessitent l'introduction d'une pensée évolutionniste dans la réflexion clinique.
Le premier diplôme universitaire intitulé "Biologie de l'évolution et médecine" a été mis en place à la faculté de Lyon en 2016.
Si tant de médecins ont une conception réductrice de ceux qu'ils soignent, c'est qu'ils méconnaissent, chez ces derniers, cette contrepartie de maturation due à la maladie, dont il est vrai qu'elle est muette parce que tournée vers l'humilité.
― Alain Froment
La médecine est à la mode parmi nous. C'est l'amusement des gens oisifs et désoeuvrés, qui, ne sachant que faire de leur temps, le passent à se conserver. S'ils avaient le malheur de naître immortels, ils seraient les plus misérables des êtres : une vie qu'ils n'auraient jamais peur de perdre ne serait pour eux d'aucun prix. Il faut à ces gens-là des médecins qui les menacent pour les flatter, et qui leur donnent chaque jour le seul plaisir dont ils soient susceptibles, celui de n'être pas morts.
― Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)