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La phrase biomédicale aléatoire

Plus le niveau sanitaire d’un pays est élevé, plus la notion de maladie est omniprésente. Plus les soins sont performants, plus la subjectivité de souffrance est grande. Plus les sciences biomédicales progressent, plus la subjectivité de bonne santé se dégrade. Creusement régulier de l’écart entre la science médicale et son vécu par le patient.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Le médecin se trouve souvent obligé de tenir compte dans son traitement de ce qu'on appelle l'influence du moral sur le physique, et par conséquent, d'une foule de considérations de famille ou de position sociale qui n'ont rien à faire avec la science. C'est ce qui fait qu'un médecin praticien accompli doit non seulement être un homme très instruit dans sa science, mais il doit encore être un homme honnête, doué de beaucoup d'esprit, de tact et de bon sens.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'étude de la médecine expérimentale. Paris, 1865, p 338
L’histoire médicale est versatile. Nos ancêtres amenaient leurs abcès au barbier pour qu’il les traite comme un artisan. Nos contemporains amènent leurs hypochondries au médecin pour qu’il les traite comme un scientifique.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 82
Ce n'est pas parce qu'il est tombé malade que l'homme meurt ; c'est fondamentalement parce qu'il peut mourir qu'il arrive à l'homme d'être malade. Et sous le rapport chronologique vie-maladie-mort, une autre figure, antérieure et plus profonde est tracée, celle qui lie la vie et la mort, pour libérer en surplus les signes de la maladie.
Michel Foucault ▪ La naissance de la clinique. PUF, 1963, p 158
La clinique médicale peut être considérée soit comme science, soit comme mode d'enseignement de la médecine.
Jean-Baptiste Bouillaud en 1831 ▪ Philosophie médicale. Paris, 1831, p 244
De nombreuses personnes exposées à un faible risque vont produire plus de cas de maladie que peu de personnes exposées à un risque élévé. (Le risque des fumeurs modérés est plus faible que celui des gros fumeurs, mais ils sont plus nombreux.)
Alfredo Morabia ▪ Santé : distinguer croyances et connassances. Odile Jacob, 2011, p 226
À partir de la théorie psychanalytique , une idéologie psychanalytique totalitaire s'est développée. Lacan n'a pas été pour rien dans ce phénomène fondamentalement parisien à son origine. C'est lui qui fascinait des salles hétérogènes composées d'éternels étudiants, de vieilles hystériques et de minettes désoeuvrées, tous fanatiques et béats, ayant perdu - s'ils l'avaient jamais possédé - l'ombre de tout esprit critique.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 237
Affirmer aux bien portants sa toute puissance semble bien être une des grandes fonctions de l'institution médicale, avec un accord tacite entre les profanes en bonne santé (évidemment majoritaires) qui sont ainsi rassurés et des médecins qui en sont flattés. Mais il faut bien payer un jour l'inexactitude de ce discours qui condamne toute forme d'insécurité ou d'échec à devenir intolérable, même quand elle statistiquement inévitable.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 188
À mon avis, ce n'est qu'une façon de parler de dire que le médecin s'est trompé, que le calculateur, le grammairien se sont trompés ; en réalité, selon moi, aucun d'eux, en tant qu'il mérite le nom que nous lui donnons, ne se trompe jamais ; et à parler rigoureusement, aucun artiste ne se trompe ; car il ne se trompe qu'autant que son art l'abandonne, et en cela il n'est plus artiste.
Platon ▪ La république, 340 d.
Une science du vivant qui prétendrait se priver de la subjectivité commencerait par amputer la moitié du monde. Une science du vivant qui ne ferait aucun usage des affinités mériterait à peine le nom de science ; ce serait un savoir abstrait, parcellaire, racorni - un savoir idiot.
Baptiste Lanaspeze (postface de Kinji Imanishi) ▪ Le monde des êtres vivants. Wildprojetc, 2011, p 174
L'extension de l'autonomie sur l'environnement a toujours été en même temps un processus d'environnementalisation du sujet tout comme du corps.
Kinji Imanishi (philosophe de l'évolution) ▪ Le monde des êtres vivants. Wildproject, 2011, p 144.
“ Hôpital ”. Ce lieu public est vécu comme une personne morale omnisciente. Le patronyme des médecins, internes ou infirmiers y exerçant n’est jamais mentionné, mais seulement le "on" anonyme. Ce "on", qui a été un instant le complice et le soutien moral, est évoqué avec respect. "On" m'a passé des radios. "On" m'a dit qu'il fallait l'avis d'un spécialiste. "On" m'a demandé si j'avais des antécédents. "On" m'a parlé d'un scanner. Bien sûr, nul ne saura jamais qui était ce “ on ”, quel était son grade, interne ou aide-soignante, son autorité, son savoir, ni ce qu'il a réellement dit, évoqué ou pensé tout haut. Peu importe ce "on" résidait à l'hôpital, ce "on" était l'hôpital lui-même.
Christiane ne sera désormais plus tout à fait la même, car elle a côtoyé ce “ on ” là.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 168
Dans le champ de l'observation, la chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés.
Louis Pasteur
Au moment de terminer une séance d'analyse, Lacan transmettait ce qu'il n'avait ni écouté ni entendu, par un jeu de mots ou une poignée de main. Il s'en tirait comme ça. Parfois, il se contentait de dire au-revoir. Ah! il savait manier son monde. Chacun était tellement fasciné par son personnage qu'à la limite on venait se faire oblitérer comme un timbre.
François Perrier (disciple de Lacan !) ▪ Voyages extraordinaires en Translacanie. Paris, Lieu Commun, 1985, p 97.
Freud avait sans doute perçu le caractère faiblement scientifique de sa théorie et connu assez vite la désillusion thérapeutique. La seule manière de sauver son oeuvre était d'en faire un roman : celui de la découverte de l'inconscient par un génie solitaire.
Jean Cottraux ▪ Le livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, 2005, p 190.
En attendant la médecine idéale de demain, la médecine imparfaite d'aujourd'hui doit gérer ses contradictions qui découlent de la difficulté à concilier la recherche clinique s'intéressant à la production de savoirs nouveaux, utiles pour les malades de demain, avec la pratique clinique, focalisée sur la souffrance des malades d'aujourd'hui.
Ilana Lowy ▪ La gouvernance des innovations médicales. PUF, 2007, p 311
La maladie, qui n'est, chez le vulgaire, que la déchéance, n'est chez les grands chercheurs d'idées que prédisposition naturelle au sublime.
Eugène Pelletan (politicien radical !) (1813-1884)
Pour savoir ce qui est bon en matière de nutrition, il nous suffit de faire exactement l’inverse de ce qui se pratique outre-atlantique. En matière de santé, il est assez exceptionnel d’avoir un aussi beau terrain expérimental capable de fournir l’anti-modèle absolu.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 116
L'on peut acquérir de l'expérience sans faire des expériences, par cela seul qu'on raisonne convenablement sur les faits bien établis, de même que l'on peut faire des expériences et des observations sans acquérir de l'expérience, si l'on se borne à la constatation des faits.
Claude Bernard ▪ Introduction à l’étude de la médecine expérimentale- chapitre I, § 2
Quels que soient les triomphes de la médecine et le recul de la mortalité, la mort reste bien le terme incontournable de nos existences, avec ce qu'elle véhicule forcément d'angoisse et de peur. À vouloir ignorer cette dimension fondamentale et tout réduire au rationnel, notre société et la médecine qui y correspond sont forcément exposées à des déconvenues et aux effets qu'elles peuvent produire.
Olivier Faure ▪ Histoire sociale de la médecine, Anthropos historique, 1994, p 240
La maladie biologique est localisée dans les tissus d'un seul individu ; l'expérience de la maladie atteint son cercle social.
Arthur Kleinman
Quiconque pense que la médecine puisse convenir à tous est un grand sot. La médecine ne s'occupe pas de l'humanité en général, mais de chaque individu en particulier.
Henri de Mondeville
Or s'il m'a paru possible de maintenir la définition de la physiologie comme science du normal, il semble difficile d'admettre qu'il puisse y avoir une science de la maladie, qu'il puisse y avoir une pathologie purement scientifique.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 143
Un médecin doit savoir arrêter la machine médicale lorsqu’elle avance sans pilote.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Comme il n'y a pas d'équivalence entre savoir et faire, nous sommes obligés, soit de redéfinir le "savoir" comme ce que font ceux qui savent, soit de distinguer le savoir en tant que tel et d'analyser ses rapports avec ce que font ceux qui sont censés savoir.
Eliot Freidson ▪ La profession médicale. Payot; 1984, p 330
Tout n'est pas évaluable, il n'est pas souhaitable de tout évaluer et bien des modes d'évaluation demanderaient à être eux-mêmes évalués. Enfin, ce n'est pas parce qu'une "procédure" est mesurable, bien ou mieux évaluée qu'une autre, qu'elle est plus pertinente.
Frédéric Dubas & Catherine Thomas-Antérion ▪ Le sujet, son symptôme, son histoire. Etude du symptôme somatomorphe. Belles Lettres, 2012, p 190
La santé est un état qui ne présage rien de bon
Proverbe du XIX° siècle ▪ Christine Durif-brickert, une fabuleuse machine, œil neuf, p 186
En médecine, la mode change aussi souvent qu'en haute couture. Le médicament miracle d'aujourd'hui sera le poison mortel de demain.
Groucho Marx
Ne trouvez-vous pas effrayant que les seules personnes au monde qui ont vu l'ensemble des données de l'industrie pharmaceutique sont les employés des compagnies ? Moi si
Peter C Gotzsche ▪ Remèdes mortels et crime organisé. PUL 2015. p 79
La religion n'explique pas le malheur, c'est la façon dont les gens considèrent les malheurs qui rend la religion facile à adopter.
Pascal Boyer (psychologie évolutionniste) ▪ Et l'homme créa les dieux. Gallimard 2001
La nécessité d'articuler des principes d'intelligibilité différents est une caractéristique commune à toutes les formes de connaissance. Il y a néanmoins dans le domaine du vivant une propriété fondamentale, la reproduction, qui nécessite d'associer dans tous les cas, à n'importe quel autre schème explicatif, une explication de type historique et darwinienne.
Michel Morange ▪ Les secrets du vivant. La Découverte, 2005, p 216
Les cadres mentaux sont des prisons de longue durée.
Fernand Braudel ▪ Ecrits sur l'Histoire, Champs Flammarion, 1999, p 51
Nous avons désormais besoin de perspectives scientifiques pour dévoiler le bon sens
Michel Odent ▪ La naissance et l'évolution d'homo sapiens. Myriadis 2014, p 89
La vie c'est la capacité de reproduire les caractéristiques essentielles de la vie
Daniel Koshland ▪ The seven pillars of life. Science, 2003, 295, p 2215-2216
Tout le monde se plaint de sa mémoire, personne ne se plaint de son jugement.
François De La Rochefoucauld
Si la tendance des hommes à favoriser leur intérêt personnel rend nécessaire de leur part une vigilance réciproque, leur sens public de la justice rend possible et sûre leur association.
John Rawls ▪ Théorie de la justice. Seuil, Points, 1997, p 31
"Tomber malade" vieille notion qui ne tient plus devant les données de la science actuelle. La santé n'est qu'un mot qu'il n'y aurait inconvénient à rayer de notre vocabulaire. Pour ma part, je ne connais que des gens plus ou moins atteints de maladies plus ou moins nombreuses à évolution plus ou moins rapide.
Jules Romains ▪ Knock, acte II, scène III
Songe que la colère d'un médecin est plus à craindre qu'on ne peut croire.
Molière ▪ Le médecin malgré lui. Acte III, scène XI
Je ne mets guère d'espoir dans une bioéthique plaquée a posteriori sur une médecine constituée avant toute réflexion sur le fond, comme ces saupoudrages démocratiques dont on tente de décorer les régimes totalitaires.
Alain Froment
Tout concourt à une curieuse inflation. La prédiction, en modifiant le vécu sanitaire, a multiplié la demande des personnes saines. Quant à la précaution, elle a effrayé les professionnels au point de les détourner des malades pour les orienter vers les biens portants beaucoup moins « dangereux » !
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Le corps humain - et cela devrait être une banalité de le dire - envoie en permanence des signaux et s'il y a une infinité de maladies possibles, il y a aussi une infinité de santés possibles.La santé d'une vieille paysanne du Berry, n'est pas celle d'un jeune de La Courneuve.
Patrick Lemoine & François Lupu ▪ Quiproquos sur ordonnance. Armand Colin, 2006, p 180
Travailler suppose d'en passer par des chemins qui s'écartent des prescriptions. Comme ces prescriptions ont en général un caractère normatif, bien travailler c'est toujours faire des infractions.
Christophe Dejours ▪ Souffrance en France, la banalisation de la justice sociale,Seuil, 1998, pp 14-15
La seule chose qui nous permettrait de donner notre accord à une théorie erronée serait l'absence d'une théorie meilleure ; de même, une injustice n'est tolérable que si elle est nécessaire pour éviter une plus grande injustice. Etant les vertus premières du comportement humain la vérité et la justice ne souffrent aucun compromis.
John Rawls ▪ Théorie de la justice. Seuil, Points, 1997, p 30
Discours habiles et attitudes affectées dénotent rarement la vertu.
Confucius
Tant qu'on fera usage des remèdes composés de la pharmacopée galénique, tant que la routine continuera à dicter aux médecins les formules compliquées d'un plus ou moins grand nombre de médicaments, on ne pourra jamais rien savoir sur leurs véritables propriétés. L'ancienne école de Cos employait des remèdes simples ; elle ne se servait point de ces mélanges informes qui surchargent nos dispensaires ; elle ne mêlait point, dans les mêmes décoctions, une douzaine de plantes qui ne peuvent que les rendre épaisses, visqueuses et dégoûtantes ; elle ne connaissait point les apozèmes compliqés, les tisanes royales ; ces indications multipliées, qui font la base de l'art de formuler, n'existaient pas pour elle ; simple comme la nature dans ses opérations, elle ne présentait aux malades qu'un seul remède, et elle ne les administrait que l'un après l'autre lorsque les circonstances exigeaient qu'on en changeât la nature. Si on ne renonce à ce luxe dangereux, introduit par l'ignorance et la superstition, si l'on tient toujours au mélange d'une base médicaenteuse, d'un adjuvant ou auxiliaire, d'un ou plusieurs correctifs, mélange dont on a fait un art que je ne dois pas craindre de présenter comme illusoire et dangereux, la science restera dans l'état ou elle est.
François Fourcroy en 1785 ▪ Art de reconnaître et d'employer les médicaments dans les maladies qui attaquent le corps humain.
C'est d'après la ressemblance des actions externes des animaux avec celles que nous accomplissons nous-mêmes que nous jugeons que leurs actions internes ressemblent également aux nôtres, et le même principe de raisonnement, poussé un peu plus loin, nous fera conclure que, puisque nos actions internes ressemblent les unes aux autres, les causes dont elles procèdent doivent aussi se ressembler. Donc, quand une hypothèse est avancée pour expliquer une opération mentale commune aux hommes et aux animaux, nous devons l'appliquer aux uns et aux autres.
David Hume en 1739 ▪ Traité de la nature humaine, 1739, trad fr, p 255
Quand deux points de vue opposés sont exprimés avec la même force, la vérité ne réside pas nécessairement à mi-chemin entre les deux.
Cité par Richard Dawkins ▪ Pour en finir avec Dieu. Perrin, 2009, p 483
En ce qui concerne son langage, l'honnête homme ne laisse rien au hasard.
Confucius
Le progrès des méthodes diagnostiques, de plus en plus sophistiquées et coûteuses, ne facilite pas la prise de conscience que la finalité de la médecine n'est pas de parvenir à un diagnostic à tout prix, ni même de prodiguer compassion et soins, mais d'améliorer la qualité et la quantité de vie.
Jean Pierre Boissel ▪ L'information thérapeutique. Masson, 2000, p 23
En médecine, tout se passe comme s'il était plus acceptable de méconnaître un symptôme somatomorphe que de "passer à côté" (l'expression est usuelle) d'une affection somatique, même sans aucune gravité.
Frédéric Dubas & Catherine Thomas-Antérion ▪ Le sujet, son symptôme, son histoire. Etude du symptôme somatomorphe. Les belles Lettres, 2012, p 62
Un leader d’opinion est l’investissement le plus rentable pour un laboratoire qui commercialise un produit dans sa spécialité. La corruption est rarement directe, il suffit « d’accompagner » ce leader dans toutes ses recherches, ses conférences et ses publications jusqu’à le rendre incapable d’une autonomie de pensée. Les méthodes sont innombrables et les professeurs n’en évaluent pas le poids réel. Plus qu’une connivence coupable, il y a un glissement progressif vers une certaine médiocrité épistémologique et épidémiologique.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
La clinique n'est pas un instrument pour découvrir une vérité encore inconnue ; c'est une certaine manière de disposer la vérité déjà acquise et de la présenter pour qu'elle se dévoile systématiquement.
Michel Foucault ▪ La naissance de la clinique. PUF, 1963, p 59
La psychanalyse devrait tomber sous le coup d'une loi qui n'existe pas : celle qui protégerait des abus de confiance en matière de souffrance morale.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 239
Le laboratoire Untel, vient de me vanter les mérites de son dernier antidépresseur sérotoninergique. Il est merveilleux, il supprime les angoisses, il régularise le sommeil, il lisse les humeurs, il élimine le risque suicidaire, il évite la dépression, il supprime les idées noires. Le laboratoire Untel doit poursuivre ses recherches pour la suppression définitive du mal-être social. Encore un dernier effort et les nouveaux anti-dépresseurs élimineront l’élan vital, on pourra les prescrire sans interruption de la naissance à la mort, afin de dissimuler à nos gènes, le bref passage turbulent de nos phénotypes, entre leurs deux infinis.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 90
Le concept d'inconscient freudien, lorsqu'on prend l'attention d'en recueillir toutes les subtilités, est incompatible avec celui qu'ont développé depuis une quarantaine d'années les neurosciences de la cognition. Freud nous semble penser l'inconscient de manière trop consciente ! Ses tentatives de théorisation de l'inconscient nous apparaissent en effet largement "contaminées" par son propre regard conscient.
Lionel Naccache ▪ Le nouvel inconscient, Odile Jacob, 2009, p 368
Un médecin doit s'assurer que la science et l'empathie progressent à même allure.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
La santé c'est une marge d'intolérance des infidélités du milieu.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 130
L'usage des moyennes et l'emploi de la statistique, en médecine et en physiologie, conduisent pour ainsi dire nécessairement à l'erreur.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'Etude de Médecine Expérimentale
Dans la maladie, le moi souffre en regard de sa propre ipséité, mais la diminution devant autrui est un autre facteur majeur de souffrance qui peut suffire à détruire l'estime de soi.
Alain Froment
Le corps est une réalité bio-politique ; la médecine est une stratégie bio-politique.
Michel Foucault ▪ La naissance de la médecine sociale, In Dits et Ecrits, t III, p 210
J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé.
Voltaire
En répondant à une palette de plus en plus étendue de pathologies clairement identifiées, la chirurgie apparaît progressivemet comme une solution possible de préoccupations beaucoup plus larges, au point qu'aujourd'hui, il est possible de dire : " Dis-moi ce que tu opères, je te dirais dans quelle société tu vis."
Virginie Tournay ▪ La gouvernance des innovations médicales. PUF, 2007, p 294
Beaucoup de médecins peuvent envisager avec la meilleure conscience du monde de se passer de toute relation avec la personne non seulement pour affirmer qu'elle est malade, mais aussi pour prendre une décision thérapeutique basée sur la représentation théorique qu'ils se font de la maladie dont la personne n'est plus que le support contingent.
Alain Froment
Vous ne pensez qu'à la médecine... Mais le reste ? Ne craignez-vous pas qu'en généralisant l'application de vos méthodes, on n'amène un certain ralentissement des autres activités sociales dont plusieurs sont, malgré tout, intéressantes ?
Jules Romains ▪ Knock, acte III, scène VI
Etonnons-nous de la ferveur avec laquelle le corps médical lui-même accueille les remèdes charlatanesques de l'industrie. C'est une aberration professionnelle qui par sa complaisance et sa complicité contribue à l'exploitation de la crédulité publique, alors que le médecin devrait servir de garde-fou et de critique. Les fortunes des marchands de produits charlatanesques s'édifient rapidement sur des fondements qu'il est difficile d'ébranler. La publicité pharmaceutique étant celle qui paie le mieux, elle est recherchée non seulement par notre presse professionnelle, mais par toutes les presses et plus spécialement par la presse politique. Autrement dit, l'industrie des produits charlatanesques est maîtresse de l'opinion. Elle a les protecteurs les plus puissants, ceux qui agissent sur le Parlement, sur le gouvernement, sur la bureaucratie. Retourner contre elle l'opinion est une oeuvre de salut public.
Edouard Rist en 1924 dans "Charlatanisme et tuberculose" ▪ In Histoire et médicament, C. Bonah & A. Rasmussen, Glyphe, 2005, p 60
Nous concluons avec la même certitude qu'à l'instar des viscères abdominaux, le cerveau digère en quelque sorte les impressions ; il fait organiquement la sécrétion de la pensée.
Pierre Cabanis ▪ Oeuvres complètes, T3, 1824, p 161.
La Providence a été extrêmement bienveillante et généreuse avec nous, en nous fournissant un certain soulagement, même si ce n'est pas un remède, pour nos douleurs les plus intenses et nos malheurs extrêmes. Lorsque notre patience est à bout, et nos douleurs devenues insupportables, nous avons à portée de la main un médicament qui n'est pas uniquement un soulagement momentané, mais un miracle continuel et durable. Seul celui qui l'a longtemps désiré et a ressenti son aide douce et amicale pendant les souffrances atroces peut parler de ses merveilleux effets et de la grande bonté de Celui qui nous l'a octroyé. Je veux parler de l'opium et de sa solution, le laudanum.
George Cheyne en 1720 ▪ An essay on the nature and true method of training the gout. Londres - 1720
Ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être bien adapté à une société profondément malade.
Jiddu Krishnamurti
Le mode de pensée qui a généré un problème ne peut être celui qui va le résoudre.
Albert Einstein
Avec la disparition de la famille et de la ruralité, la médecine générale a pris un sérieux « coup de vieux ».
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Le séisme de l'émancipation a bouleversé collectivement l'intimité de chacun : la modernité démocratique - c'est sa grandeur - a progressivement fait de nous des hommes sans guide, nous a peu à peu placés dans la situation d'avoir à juger par nous-mêmes et à construire nos propres repères. Nous sommes devenus de purs individus, car aucune loi morale ni aucune tradition ne nous indiquent du dehors qui nous devons être et comment nous conduire. De ce point de vue, le partage permis/défendu, qui normait l'individualité jusqu'aux années 1950-1960, a perdu de son efficacité...
Le droit de choisir sa vie et l'injonction à devenir soi-même placent l'individualité dans un mouvement permanent... Le partage entre le permis et le défendu décline au profit d'un déchirement entre le possible et l'impossible...
Au lieu que la personne soit agie par un ordre extérieur (ou une conformité à la loi), il lui faut prendre appui sur ses ressorts internes, recourir à ses compétences mentales. Les notions de projet, de communication, de motivation sont aujourd'hui des normes.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 15
Si un trouble mental n'est pas seulement fait de symptômes, mais aussi de manières d'être dans le monde, la dépression peut être considérée comme l'envers exact de cette étrange passion d'être semblable à soi-même - de ne plus s'identifier - qui a saisi nos sociétés au début des années 1960. La dépression est un mot commun - et commode - pour qualifier les problèmes soulevés par cette normalité nouvelle. La souveraineté individuelle n'est pas seulement allègement à l'égard de la contrainte externe, elle produit des pesanteurs internes dont chacun peut concrètement prendre la mesure. La dépression freine la toute puissance qui est l'horizon virtuel de l'émancipation.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 173
L'autorité de ceux qui enseignent nuit la plupart du temps à ceux qui veulent s'instruire
Cicéron
L’éthique est le nouveau mot d’ordre en temps de crise. C’est la promesse moderne faite pour corriger, amoindrir, adoucir la dureté et la violence du monde que nous mettons en place. Elle est une solution pour humaniser le champ des pratiques sociales à grands renforts de processus, de normes et de règles. Quand l’homme n’est plus capable de vivre la bienvenue fondamentale qui bouleverse l’existence, il se rabat sur les substituts normatifs (moraux, juridiques, réglementaires) qui ont le goût et l’odeur de la bienvenue, mais n’en ont pas la texture.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 24
À tous les niveaux d'organisation du vivant, la réduction du hasard et son encadrement par l'organisation de l'espace et du temps sont une condition de vie et de survie des organismes.
Philippe Kourilsky ▪ Le jeu du hasard et de la complexité. Odile Jacob 2014. P 172
La proportion de patients (1%) qui accaparent quelque 21% des coûts de la santé, et qui finissent par succomber à la défaillance polyviscérale, illustrent le problème du progrès. Il y a cinquante ans, ces patients auraient vécu moins longtemps et, dans bien des cas, ils auraient moins souffert. Nous avons remplacé des vies courtes et des décès rapides par leur contraire : des vies prolongées et des morts plus lentes.
Daniel Callahan ▪ The difficult chils of medical progress. Bioethics forum, 2012
Pour connaître la vérité du fait pathologique, le médecin doit abstraire la malade.
Michel Foucault ▪ Naissance de la clinique, PUF, p6
La vie est un système chimique autoentretenu, capable de subir une évolution darwinienne.
Gerald Joyce
Un regard qui écoute et un regard qui parle : l'expérience clinique représente un moment d'équilibre entre la parole et le spectacle. Equilibre précaire, car il repose sur un formidable postulat : que tout le visible est énonçable et qu'il est tout entier visible parce que tout entier énonçable.
Michel Foucault ▪ La naissance de la clinique. PUF, 1963, p 116
Les médicaments, utiles ou non, sont devenus le lien le plus formel entre le médecin et ses patients, ainsi qu’entre le médecin et le personnel médical. Discuter des traitements, évite de se poser des questions plus complexes.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 156
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