Patients zéro - Histoires inversées de la médecine
Luc Perino, médecin, enseignant et auteur de nombreux livres d’histoire dont un « Darwin pour les nuls » et, publié le 12 mars dernier, « Patients zéro ». Un ouvrage qui a fait son apparition en librairie au moment où celles-ci devaient fermer sur ordre du gouvernement. Un aléa que l’intéressé préfère accueillir avec humour. « Il était d’actualité avec le coronavirus mais il a duré moins longtemps que lui. »
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Le "nerveux" est un merveilleux marchepied conceptuel. C'est un mot tampon d'une très grande utilité sanitaire, créé par des médecins précurseurs, et adopté à l'unanimité par les patients. Le "nerveux" est un sas de communication dans la relation médecin malade, une escale sur l'itinéraire qui passe du soma au psyché. Le "nerveux" est ce qui reste lorsque la main du médecin revient bredouille, l'image du radiologue quelconque ou l'analyse du biologiste insignifiante. Le "nerveux" signe la bénignité et réduit l'angoisse.
Le symptôme nerveux, clown ridicule ou pantin fanfaron qui annule des siècles de conquêtes médicales, peut aussi être le point de départ, vers une nouvelle aventure de la communication, car il peut s'ennoblir en psychique ou se sublimer en existentiel. S'il est dérisoire en tant qu'impasse diagnostique, il devient prodigieux en tant que passerelle métaphysique. En se débarrassant de sa pelure organique, le symptôme nerveux quitte le monde charnel, pour conquérir le monde mystique ou règne un inconscient supposé, maître des vices et des vertus.
― Luc Perino
Tant que la surmédicalisation était une dérive marchande qui ne diminuait que la santé subjective sans dégrader réellement l’état sanitaire des individus et des populations, la philosophie et la politique pouvaient suffire à la dénoncer. Mais c’est dorénavant la santé objective qui est dégradée par l’inflation des diagnostics et des soins. C’est donc au clinicien qu’il revient d’intervenir, la philosophie ne suffit plus.
― Luc Perino