Carnets de santé
Au fil de ces 22 récits, on comprend qu'à l'heure de l'Evidence Based Medicine, le généraliste demeure cet animal à sang chaud qui doit se fier à son seul flair.
Ce toubib lyonnais a le don pour raconter. Toujours incisif, parfois caustique, il pose un regard anthropologique sur ses patients.
La porte du cabinet de consultation s’ouvre. D’emblée, les premiers gestes du patient, avant même que la porte ne soit refermée, ont livré une bonne part des éléments du puzzle qui va se construire. Les mouvements de cet homme ou de cette femme ont déjà une syntaxe qui esquisse la grammaire des symptômes à délivrer. La marche jusqu’à son siège est une préface, un avertissement à l’observateur clinicien, sa cadence est celle du verbe à venir, les hésitations y auront une fréquence identique à celle des pas. L’empathie commence par les mots d’accueil du praticien, les invites à se mettre à l’aise, les mimes d’ouverture sur la scène des phrases… Justement, voilà les premiers mots qui arrivent, avant ou après que le praticien ne se soit assis. Avant : ils informent de leur insignifiance ou d’une certitude de leur faible apport dans le décryptage du cas. Pendant : il faudra y mettre de l’ordre, car le bruit des chaises est un prétexte à leur brouillon. Après : ils vont requérir plus d’attention, voire en exiger s’ils sont très tardifs.
― Luc Perino
Comment un état de santé peut-il être pathologique s'il est partagé par une large partie de la population ? La réponse est philosophique, elle n'est pas scientifique.
― Alfredo Morabia