La Sagesse du Médecin
"Le médecin généraliste doit aider à survivre entre les pièges de la nature et ceux du marché, il doit rendre aux patients la clé de leur corps trop souvent usurpée. Cette clé en d'autres temps avait un nom. On l'appelait le bon sens.", écrit Luc Perino.
Retrouvant son vieux Nikkormat au fond d'un tiroir, abandonné pour des appareils photos plus sophistiqués, métaphore de la pratique omnipraticienne d'hier, Luc Perino y observe avec tristesse et honte son "reflet de déserteur" : "J'ai abandonné ma pratique rurale [...] j'aurais dû choisir de mourir au combat."
Nous, on est content qu'il soit encore là...
La médecine a fait tellement de progrès que plus personne n'est en bonne santé.
― Aldous Huxley
Le séisme de l'émancipation a bouleversé collectivement l'intimité de chacun : la modernité démocratique - c'est sa grandeur - a progressivement fait de nous des hommes sans guide, nous a peu à peu placés dans la situation d'avoir à juger par nous-mêmes et à construire nos propres repères. Nous sommes devenus de purs individus, car aucune loi morale ni aucune tradition ne nous indiquent du dehors qui nous devons être et comment nous conduire. De ce point de vue, le partage permis/défendu, qui normait l'individualité jusqu'aux années 1950-1960, a perdu de son efficacité...
Le droit de choisir sa vie et l'injonction à devenir soi-même placent l'individualité dans un mouvement permanent...
Le partage entre le permis et le défendu décline au profit d'un déchirement entre le possible et l'impossible...
Au lieu que la personne soit agie par un ordre extérieur (ou une conformité à la loi), il lui faut prendre appui sur ses ressorts internes, recourir à ses compétences mentales. Les notions de projet, de communication, de motivation sont aujourd'hui des normes.
― Alain Ehrenberg