La Sagesse du Médecin
"Le médecin généraliste doit aider à survivre entre les pièges de la nature et ceux du marché, il doit rendre aux patients la clé de leur corps trop souvent usurpée. Cette clé en d'autres temps avait un nom. On l'appelait le bon sens.", écrit Luc Perino.
Retrouvant son vieux Nikkormat au fond d'un tiroir, abandonné pour des appareils photos plus sophistiqués, métaphore de la pratique omnipraticienne d'hier, Luc Perino y observe avec tristesse et honte son "reflet de déserteur" : "J'ai abandonné ma pratique rurale [...] j'aurais dû choisir de mourir au combat."
Nous, on est content qu'il soit encore là...
La chirurgie a un avantage sur la médecine, elle me semble beaucoup plus certaine, parce qu'elle voit et manie ce qu'elle fait ; il y a moins à conjecturer et à deviner.
― Montaigne
Les histoires individuelles qui ont rempli ma vie de médecin, ne sont pas des preuves, elles restent des anecdotes. Si, pour moi, ces histoires de patients dessinent le contour d'une science, elles ne peuvent cependant prétendre à ce statut. La science ne progresse qu'avec des vérités opposables et reproductibles, c'est sa force et son honneur. Les histoires de mes patients ne sont ni opposables, ni reproductibles, elles sont tout simplement vraies, c'est leur force et leur poésie. Si la médecine, comme il se dit parfois, est un art, chaque année qui passe peut améliorer mon espoir d'approcher l'excellence ; si elle est une science, mieux vaut y renoncer.
― Luc Perino