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La phrase biomédicale aléatoire

Lorsque les médecins étaient ignares, ils étaient sacrés, lorsqu'ils sont devenus savants et encore inefficaces, ils étaient respectés et maintenant qu'ils sont savants et efficaces, ils sont suspectés.
Bernard Guiraud Chaumeil
Les patients sont embarrassés par le respect excessif des médecins, par le jargon médical qui leur est souvent incompréhensible, et par l'angoisse.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 26
Le diagnostic est la partie noble de l’acte médical. Les errements thérapeutiques, même les pires, sont volontiers pardonnés ; les erreurs de diagnostic, même les plus inéluctables, restent ancrées dans la mémoire des patients et des médecins.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Donner au soigné la pleine possibilité de prendre lui-même - et s'il le souhaite - la décision qui le concerne est la seule façon de résoudre l'irrémédiable aporie entre notre volonté de faire son bien d'une part et notre impossibilité de concevoir son bien avec sécurité d'autre part.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 139
La science est continuellement mouvante dans son bienfait. Tout remue en elle, tout change, tout fait peau neuve. Tout nie tout, tout détruit tout, tout crée tout, tout remplace tout. Ce qu'on acceptait hier est remis à la meule aujourd'hui. La colossale machine science ne se repose jamais ; elle n'est jamais satisfaite.
Victor Hugo ▪ L'art et la science
Dans le contexte culturel libéral, un positionnement éthique qui revendiquerait explicitement sa prévalence au point de mettre en péril les autres représentations serait immédiatement disqualifié d’un point de vue éthique. Il serait vécu comme un coup de force idéologique trahissant les règles de jeu implicites et tacites de non-agression et de droit à la différence. Le souhait de plus en plus actif de formaliser l’éthique par la forme juridique ou réglementaire, outre le fait de permettre un fonctionnement social, est peut-être avant tout le désir de clore rapidement le débat afin qu’il ne dérape pas.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 73
Les industrie du tabac et du médicament ont beaucoup de traits communs. Un dédain moralement scandaleux au regard de la vie humaine
Peter C Gotzsche ▪ Remèdes mortels et crime organisé. PUL 2015. p 1
La religion n'est pas le fondement de la morale, ce sont les intuitions morales qui rendent la religion plausible
Pascal Boyer (psychologie évolutionnsite) ▪ Et l'homme créa les dieux. Gallimard 2001
En médecine, la logique du choix suggère que le fait de choisir se cantonne à des moments spécifiques. La logique du soin, par contraste, suggère que l'ajustement entre elles de nombreuses variables visqueuses de la vie est un processus continu.
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presses des Mines, 2009, p 102
Être responsable ne se borne pas à suivre les règles;pour être responsable, nous devons souvent faire fi des règles ou agir d'une façon qui leur est contraire. Seul ce genre de responsabilité peut construire un citoyen sur qui pourra s'ériger une collectivité humaine suffisamment inventive et généreuse pour relever les défis d'aujourd'hui.
Zygmunt Bauman ▪ Alone again. Ethics after uncertainty. 1994
La connaissance non narrative cherche à illuminer l'universel en dépassant le particulier ; la connaissance narrative, en regardant de près l'être humain qui lutte avec ses conditions de vie, cherche à illuminer l'universel de la condition humaine en révélant le particulier.
R. Charon ▪ Narrative medicine. Honoring the stories of illness, Oxford, 2006, p 9
Les médecins doivent procéder en interprétant les cas à la lumière des règles, et corriger les règles à la lumière des cas.
H.K. Montgomery ▪ Doctor's stories : the narrative structure of medical knowledge, Princeton, 1991, p 47
Les maladies ont influencé le cours de l'histoire économique, politique et sociale des nations, elles ont dévasté des pays, arrêté des guerres, désigné les gagnants et les perdants. Elles ont été un défi pour la religion, la philosophie et les sciences. Elles ont laissé une trace dans l'art et la littérature.
Henry Sigerist ▪ Introduction à la médecine, Payot, 1932
Les psychotropes ont joué un rôle important et non innocent dans l'évolution des concepts diagnostiques. C'est surtout le marketing pharmaceutique qui en est responsable. Comme il y a une justice en ce bas monde, il a, comme conséquence, stérilisé la recherche en matière de psychotropes.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 63
- Nous avons rendu obligatoire les traitement de S.P.V.
- S.P.V. ?
- Succédané de Passion Violente. Régulièrement, une fois par mois, nous irriguons tout l'organisme avec un flot d'adrénaline. C'est l'équivalent phsiologique complet de la peur et de la colère. Tous les effets toniques que produit le meurtre de Desdémone et le fait d'être tué par Othello, sans aucun des désagréments.
Aldous Huxley ▪ Le meilleur des mondes. Chap. 17
La solution à l'énigme de l'improbabilité n'est pas à choisir entre le dessein et le hasard, mais entre le dessein et la sélection naturelle.
Richard Dawkins ▪ Pour en finir avec Dieu. Perrin, 2009, p 155
Avant de juger, il faut comprendre, et lorsque l'on a commencé à comprendre, on ne peut plus juger.
André Malraux
Le tourisme est devenu moins la découverte de l'autre, la relation physique avec la planète, qu'un trajet somnambulique guidé dans un monde semi-fantôme de folklores et de monuments.
Edgar Morin ▪ Terre Patrie, Seuil, 1993, p 97
Pourquoi l’idée que mes enfants souffrent m’est-elle si complètement insupportable, alors que je dors, dîne et baise en paix quand ceux des autres s’écrasent en autocar, se cloquent au napalm, ou crèvent de faim sur le sein flapi d’une négresse efflanquée?
Pierre Desproges ▪ Chronique de la haine ordinaire / Éditions du Seuil
On ne peut atteindre l'idéal du soignant. Un être fini ne peut satisfaire à l'exigence infinie. De se savoir constamment en deçà de la tâche maintient le soignant dans sa finitude d'homme.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 192
Les deux vieilles querelles de la médecine : psychique versus organique et inné versus acquis ne prendront jamais fin. Les médecins ont bien compris qu’ils s’y débattront toujours, quels que soient les progrès de la science médicale.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
S'il est vrai que la science ne peut pas décider des questions de valeur, c'est parce qu'il est impossible d'en décider intellectuellement, et qu'elles sont en dehors du domaine du vrai et du faux. Toute connaissance accessible doit être atteinte par des voies scientifiques ; ce que la science ne peut pas découvrir, l'humanité ne peut pas le savoir.
Bertrand Russel ▪ Science et religion, Gallimard, Folio, 1971, p 180
Les traités hippocratiques apparaissent plus modernes que d'autres traités de médecine holiste ancienne, car les déterminants de la maladie y sont strictement naturels. Il n'y a pas de place pour la magie, l'astrologie ou la religion, mais la médecine hippocratique n'a pas plus contribué à la compréhension des causes des épidémies et à leur contention que les autres médecines holistes anciennes
Alfredo Morabia ▪ Santé : distinguer croyances et connassances. Odile Jacob, 2011, p 47
On cherche actuellement des "antidépresseurs" ou des "anxiolytiques", non pas en se basant sur les anomalies biologiques éventuellement en cause dans la dépression ou l'anxiété, mais en reproduisant avec une molécule nouvelle les modifications induites par les molécules de référence. On a fabriqué un moule et les "nouveaux" psychotropes sont ceux qui entrent dans le moule. On est condamné à répéter indéfiniment le modèle.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 65
La visibilité du champ médical prend une structure statistique et la médecine se donne pour champ perceptif, non plus un jardin d'espèces, mais un domaine d'évènements. Mais rien encore n'est formalisé. Et curieusement, c'est dans l'effort pour penser un calcul des probabilités médicales que l'échec va se dessiner, et les raisons de l'échec apparaître.
Michel Foucault ▪ La naissance de la clinique. PUF, 1963, p 102
Le vieux rêve de Boissier de Sauvages, être le Linné des maladies n'est pas encore tout à fait oublié au XIX° siècle : les médecins continueront longtemps à herboriser longtemps dans le champ du pathologique.
Michel Foucault ▪ La naissance de la clinique. PUF, 1963, p 88
Dire que le cerveau est indispensable à la pensée est un truisme. En déduire que la cause des maladies mentales est purement cérébrale est abusif.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 149
La vraie rationalité se manifeste dans la lutte contre la rationalisation.
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 104
La liberté se nourrit de conflictualité dans une organisation qui permet que la conflictualité ne soit pas destructrice.
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 212
La vie est cette activité polarisée de débat avec le milieu qui se sent ou non normale, selon qu'elle se sent ou non en position normative. Le médecin a pris le parti de la vie. La science le sert dans l'accomplissement des devoirs qui naissent de ce choix. L'appel au médecin vient du malade (!). C'est l'écho de cet appel pathétique qui fait qualifier de pathologique toutes les sciences qu'utilise au secours de la vie la technique médicale. C'est ainsi qu'il y a une anatomie pathologique, une physiologie pathologique, une histologie pathologique, une embryologie pathologique. Mais leur qualité de pathologique est un import d'origine technique et par là d'origine subjective. Il n'y a pas de pathologie objective. On peut décrire objectivement des structures ou des comportements, on ne peut les dire "pathologiques" sur la foi d'aucun critère purement objectif. Objectivement, on ne peut définir que des variétés ou des différences, sans valeur vitale positive ou négative.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 153
Vivre en réprimant quotidiennement le déclenchement du suicide cellulaire, se survivre en permanence, se voir chaque jour accorder ou refuser un sursis, c'est l'aboutissement en termes de vie et de mort, d'une logique de fonctionnement ancrée au coeur de la complexité du vivant.
Jean-Claude Ameisen ▪ La sculpture du vivant, Seuil 2003, p 155
La science a découvert que ce dont les gens font l'expérience quand ils "touchent le fond" n'est aucunement "névrotique". Les données scientifiques montrent que ces maladies ne sont pas moins "physiques" que le diabète, pas plus "mentales" que la migraine.
Colette Dowling ▪ Rien ne sert de souffrir. Grasset, 1991, p 48
La relation médicale expose à une forme de négation de l'altérité du soigné qu'est la prétention à le connaître.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 78
La méthode expérimentale s'appuie successivement sur les trois branches de ce trépied immuable : le sentiment, la raison et l'expérience.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'Etude de Médecine Expérimentale, Chapitre II, introd
Nous cherchons le fondement des manifestations animales dans un substrat suprasensible, dans une âme, dans un esprit général du monde, dans une force vitale, que nous imaginons comme quelque-chose d'immatériel, ce qui nous freine dans nos recherches et nous conduit dans des impasses.
J.C. Reil en 1796 ▪ Archiv für die physoliogie, 1 1796, p 4.
Chacun a la médecine qu’il mérite.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 195
La meilleure prescription contre le cancer est un tempérament optimiste.
Peter Medawar ( prix nobel d'immunologie ) ▪ En réponse à la question de S.J. Gould sur son mésothéliome. La foire au dinosaures, Seuil, p 578
Comme le savent bien les acteurs de terrain, ce qui fait sens, ce sont les contradictions, les négativités, les incertitudes, les passions, mais aussi la culture historique, la curiosité et l'inventivité, modes généralement arasés par les normes de gestion.
Michel Chauvière ▪ Trop de gestion tue le social, essai sur une discrète chalandisation. La Découverte, 2007, p 75.
La médecine, puisqu'elle est désormais scientifiquement et techniquement armée, doit accepter de se voir radicalement désacralisée.
Georges Canguilhem ▪ Etudes d'histoire et de philosophie des sciences, Paris, Vrin, "problèmes et controverses", 2002
Prouver que j'ai raison serait accorder que je puis avoir tort.
Beaumarchais
Plus les médecins font d'un évènement un objet scientifique, plus celui-ci prend le sens de mal, indépendamment du vécu spontané.
Alain Froment
Les arrêts du tabac seraient souvent consécutifs à des événements heureux. Ces bonheurs pourraient créer des circonstances favorables à l'arrêt dans la mesure où ils ouvrent l'horizon temporel des individus. En d'autres termes, ce ne serait pas la santé qui fait le bonheur, mais plutôt le bonheur qui incite à se préoccuper de sa santé.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 92
Ce qui fonde de manière incontournable et qui constitue actuellement l'horizon indépassable de la mise au point des médicaments n'est absolument pas une découverte biologique quelconque, un progrès fondamental des sciences du vivant, mais l'importation du pouvoir des statisticiens.
Philippe Pignarre ▪ Le grand secret de l'industrie pharmaceutique. La Découverte, 2003, p 65
Pendant trop longtemps, la psychiatrie a été dominée par l'idée délirante [sic!] que chaque trouble émotionnel nécessite un interminable approfondissement verbal de tout le vécu du patient.
Nathan Kline
L'homme d'aujourd'hui devient déprimé, parce qu'il doit supporter l'illusion que tout lui est possible.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 293
La médecine doit assumer la disparition du corps et de la parole, car elle simultanément revendiquée par les médecins et par les malades.
Didier Sicard ▪ Le corps relégué, PUF, 2007, p 137
Non, le médecin n’est pas un soignant, du moins, pas plus que les autres. Tout le monde est soignant, le voisin avec ses conseils, la grand-mère avec ses remèdes, le confesseur avec sa bénédiction, les amis qui tapotent le dos, la mère qui essuie le front, le parent qui ajuste la couverture, le clocher avec son carillon, la radio et la télévision avec leur lumière toujours allumée, Internet avec ses réponses plus rapides que les questions. Chacun de nous possède plusieurs soignants et autant de soignés. Le soin est un invariant des espèces sociales. Ce n’est décidément pas le soin qui peut définir le médecin...
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
La fonction soignante a existé bien avant toute science médicale, mais est redevable au développement biomédical contemporain de pouvoirs autrefois inimaginables, avec pour contrepartie compréhensible un engouement propice à bien des excès.
Alain Froment
Le libéralisme contemporain est économique et moral. Dans le domaine économique (libéralisme de droite), la logique est de faire gagner les gagnants, en assistant les perdants, juste assez pour qu’ils restent consommateurs, et, dans le domaine moral (libéralisme de gauche), de faire gagner les perdants, ou les « victimes » en leur donnant plus de droits et en les affranchissant des règles morales considérées a priori comme forcément répressives.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 67
C'est dans l'écart, l'inattendu, le mal ficelé, le "mal foutu", que gît encore l'espérance dans un monde en quête de cohérence.
Didier Sicard ▪ Préface de 'La déshumanisation civilisée' de Marc Grassin et Frédéric Pochard
Les essais randomisés ont été introduits afin de nous protéger des nombreux traitements inutiles sur le marché, mais étrangement, ils ont donné le pouvoir ultime de la production du savoir aux grosses compagnies pharmaceutiques qui les utilisent maintenant pour obtenir l'approbation de traitements n'ayant que très peu de valeur, voire aucune, et qui sont souvent trop nuisibles.
Peter C Gotzsche ▪ Remèdes mortels et crime organisé. PUL 2015. P 81
Il est beaucoup plus facile d'inventer de nouvelles maladies que d'inventer de nouveaux médicaments
Peter C Gotzsche ▪ Remèdes mortels et crime organisé. PUL 2015. p 64
Les maladies infectieuses naissent, vivent et meurent selon que les circonstances qui ont favorisé leur expansion persistent ou s'épuisent.
Charles Nicolle ▪ Naissance, vie et mort des maladies infectieuses, ed Felix Alcan, 1930
On ne peut douter que le changement de conditions ne provoque une étendue presque indéfinie de fluctuations variables, qui, jusqu’à un certain point, rendent plastique l’ensemble de l’organisme.
Charles Darwin ▪ La descendance de l'homme, 1881. Chapitre II,
Le fâcheux, c’est d’être né et l’on peut dire de ce malheur-là que le remède est pire que le mal.
Marquise du Deffand
Il est possible de diriger les autres ou de faire des choix à leur place, mais il est impossible de prendre soin de personnes qui ne prennent pas soin d'elles-mêmes. Si les gens sont courageux et ne cherchent aucune aide, personne ne peut leur en fournir.
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presse des Mines 2009. P 148.
Le soin n'est pas une transaction au cours de laquelle quelque-chose est échangé (un produit contre un prix), mais une interaction dans laquelle l'action va, vient puis revient (aussi longtemps qu'il le faut).
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presse des Mines. P 45
Il est temps de tordre le cou à cette hiérarchie "évidente" des sciences, qui place, dans leur degré de scientificité, les sciences "exactes" au dessus des sciences humaines.
Michel Morange ▪ La vie, l'évolution et l'histoire, Odile Jacob 2011, p 165
Ce n'est pas le savoir qui nous fait défaut, mais le courage de comprendre ce que nous savons et d'en tirer les conclusions.
Sven Lindqvist ▪ Exterminate all the brutes, 1992
Si la médecine veut atteindre pleinement ses objectifs, elle doit s'impliquer dans la vie politique de son temps et indiquer les obstacles qui empêchent l'accomplissement normal du cycle vital.
Rudolph Virchow
Le raisonnement clinique en médecine a nécessairement deux aspects : la généralisation et la particularisation.
H.K. Montgomery ▪ How doctors think : clinical judgement and the practice of medicine, Oxford, 2006, p 86
S'il y a des maladies moléculaires, il n'y a pas de molécules malades
Linus Pauling
Pour l'accouchement, nous sommes dans le cas d'un processus physiologique qui est altéré et réprimé par le milieu culturel ; la véritable difficulté n'est pas d'acquérir des connaissances, c'est bien plus de digérer les connaissances apportées par les perspectives scientifiques.
Michel Odent ▪ La naissance et l'évolution d'homo sapiens. Myriadis 2014, p 81
La rationalité de la vie est identique à la rationalité de ce qui la menace. Elles ne sont pas, l'une par rapport à l'autre, comme la nature et la contre-nature ; mais dans un ordre naturel qui leur est commun, elles s'emboîtent et se superposent.
Michel Foucault ▪ La naissance de la clinique. PUF, 1963, p 6
A l'aide des sciences expérimentales actives, l'homme devient un inventeur de phénomènes, un véritable contremaître de la création; et l'on ne saurait, sous ce rapport, assigner de limites à la puissance qu'il peut acquérir sur la nature, par les progrès futurs des sciences expérimentales. Maintenant reste la question de savoir si la médecine doit demeurer une science d'observation ou devenir une science expérimentale. Sans doute la médecine doit commencer par être une simple observation clinique. Ensuite, comme l'organisme forme par lui-même une unité harmonique, un petit monde (microcosme) contenu dans le grand monde (macrocosme), on a pu soutenir que la vie était indivisible et qu'on devait se borner à observer les phénomènes que nous offrent dans leur ensemble les organismes vivants sains et malades, et se contenter de raisonner sur les faits observés. Mais si l'on admet qu'il faille ainsi se limiter, et si l'on pose en principe que la médecine n'est qu'une science passive d'observation, le médecin ne devra pas plus toucher au corps humain que l'astronome ne touche aux planètes. Dès lors l'anatomie normale ou pathologique, les vivisections, appliquées à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, tout cela est complètement inutile. La médecine ainsi conçue ne peut conduire qu'à l'expectation et à des prescriptions hygiéniques plus ou moins utiles; mais c'est la négation d'une médecine active, c'est-à-dire d'une thérapeutique scientifique et réelle.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'Etude de Médecine Expérimentale, chapitre I, § IV
La dépression nous instruit sur notre expérience actuelle de la personne, car elle est la pathologie d'une société où la norme n'est plus fondée sur la culpabilité et la discipline mais sur la responsabilité et l'initiative.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 16
En matière sanitaire, la cohésion de la réaction du public découle naturellement de celle de sa presse généraliste. Au grégarisme des maîtres, répond le panurgisme des esclaves.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 233
Médecins et marchands, en s’appuyant sur le rêve de l’immortalité ont réussi à créer la confusion entre facteurs de risque et maladie jusqu’à modifier intrinsèquement le concept de maladie.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Le type d'environnement nécessaire à telle époque particulière de la vie d'un être détermine, en un sens, le type d'objet qui va émerger à un moment donné sur son terrain de vie. Et s'il n'émerge pas au moment adéquat, il est considéré comme étant insignifiant ou non existant.
Kinji Imanishi (philosophe de l'évolution) ▪ Le monde des êtres vivants. Wildproject, 2011, p 108.
L'objectivité scientifique n'exclut pas l'esprit humain, le sujet individuel, la culture, la société; elle les mobilise.
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 55
Les lois causales, par elles-mêmes, n'impliquent pas nécessairement une détermination complète de l'avenir par le passé.
Bertrand Russel ▪ Science et religion, Gallimard, Folio, 1971, p 109
Le scalpel du chirurgien esthétique n’est qu’une étape de temporisation entre le miroir ennemi et la dépression fatale. Même l’amant, ne peut pas changer une perception de soi, pervertie par la dépression. Comment un chirurgien le pourrait-il ? La dépression ne se soigne pas au bistouri.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 200
La nature a voulu que la source de nos connaissances fût la même que celle de la vie ; il faut recevoir des impressions pour vivre ; il faut recevoir des impressions pour connaître.
Pierre Cabanis en 1819 ▪ Du degré de certitude de la médecine. 3° ed, 1819, p 76
Aujourd'hui, la prévention s'est muée en une utopie orgueilleuse et techniciste. Le culte de la santé qui la sous-tend prétend transformer chacun de nous en homo medicus, cet auxiliaire idéal de la "culture du risque" qui ne connaît pas le plaisir et suit sans discuter les recommandations des experts.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 103
L'observation est l'investigation d'un phénomène naturel, et l'expérience est l'investigation d'un phénomène modifié par l'investigateur.
Claude Bernard ▪ Introduction à l'Etude de Médecine Expérimentale, Chapitre I, § IV
La frontière entre le normal et le pathologique est imprécise pour des individus multiples considérés simultanément, mais elle est parfaitement précise pour un seul et même individu considéré successivement.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 119
La prétention d'un homme à faire le bien d'un autre homme doit être toujours considérée comme suspecte.
Alain Froment
Si aujourd'hui la connaissance de la maladie par le médecin peut prévenir l'expérience de la maladie par le malade, c'est parce que autrefois la seconde a suscité, a appelé la première. C'est donc bien toujours en droit, sinon actuellement en fait, parce qu'il y a des hommes qui se sentent malades qu'il y a une médecine, et non parce qu'il y a des médecins que les hommes apprennent d'eux leurs maladies. L'évolution historique des rapports entre le médecin et le malade, dans la consultation clinique, ne change rien au rapport normal permanent du malade et de la maladie.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique, PUF, 1996, p 53
Freud a rendu un mauvais service avec ses pseudo-explications fantastiques (précisément parce qu'elles sont ingénieuses). N'importe quel âne a maintenant ces images sous la main pour expliquer, grâce à elles, des phénomènes pathologiques.
Ludwig Wittgenstein ▪ Culture and value. Oxford, Blackwell, 1978, p 55.
L'inquiétude du médecin est de passer à côté du diagnostic par absence d'examens complémentaires plutôt que par absence d'écoute. Le paradoxe est que la plainte se fonde à peu près toujours sur l'absence d'écoute, rarement sur l'absence d'examens complémentaires.
Didier Sicard ▪ La mort de la clinique. PUF, 2009, p 25
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