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Fausse route

humeur du 22/06/2026

Cet homme de 98 ans en bonne santé ans était en EHPAD depuis 6 mois. Il fit une fausse route alimentaire pendant que l’aide-soignante le faisait manger.  L’asphyxie a été immédiate. L’aide-soignante paniquée a rameuté tout l’établissement pour appeler le 15. Les secours sont arrivés environ vingt minutes plus tard alors qu’il était décédé depuis autant de temps. Il y avait un camion du SAMU avec un médecin et deux infirmiers, un camion de pompiers avec quatre hommes à bord, un ambulance privée arrivée on ne sait trop pourquoi avec le chauffeur et une autre personne. Sur place, l’aide-soignante en pleurs et deux infirmières de l’EHPAD s’affairaient auprès du cadavre. Douze personnes au total était accourues pour cette situation hors de tout recours. Les fausses routes sont l’une des façons classiques de quitter ce monde brutalement.

Peu après, j’ai eu l’occasion d’assister à un procès pour meurtre sur ascendant. Une octogénaire avait connu une fin bien plus dramatique que ce nonagénaire asphyxié. Elle avait été noyée dans sa baignoire par son petit-fils qui avait ensuite dissimulé le cadavre dans un sous-bois. La culpabilité ne faisait aucun doute, le garçon, probablement border-line, avait été filmé la nuit, transportant le cadavre de sa grand-mère dans une brouette ; il avait reconnu tous les faits et les avait décrits avec précision. Cette histoire juridique était aussi simple que l’histoire clinique de la fausse route. Deux policiers régulaient l’entrée du public dans le tribunal. Au fond à droite, l’accusé, déjà en prison au moment du procès, était gardé par deux policiers. Devant eux l’avocat de la défense essayait de tenir son rôle imposé. Le juge et ses deux assesseurs trônaient au fond de la salle entourés des six jurés. À gauche, se tenaient deux greffiers, une personne sans robe dont j’ignorais le rôle, l’avocat général, et deux avocats de la partie civile. Un huissier organisait les entrées et venues des témoins. Soit un total de 21 personnes mobilisées et rémunérées pendant quatre jours pour un procès écrit d’avance.

L’urgence, également écrite d’avance, du nonagénaire n’avait nécessité que douze personnes pendant une ou deux heures.

Ces deux anecdotes vécues à quelques jours d’intervalle sont évidemment insuffisantes pour refléter les réalité juridiques et sanitaires de notre pays et il existe certainement des procès plus incertains et des urgences plus justifiées. Elles m’ont cependant permis de constater l’incapacité de nos vieilles démocraties à questionner leurs rituels et leurs automatismes. D’une façon plus critique, j’ai pensé que le nombre de plus en plus élevé de personnes rémunérées pour justifier ces rituels et valoriser ces solidarités, met irrémédiablement en péril les budgets de la justice et de la santé. Cette majorité grandissante d’âmes bienveillantes risque, en contrepartie, de nous priver d’agriculteurs, de maçons ou autres grands acteurs de nos progrès sociaux.

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La phrase biomédicale aléatoire

Le "nerveux" est un merveilleux marchepied conceptuel. C'est un mot tampon d'une très grande utilité sanitaire, créé par des médecins précurseurs, et adopté à l'unanimité par les patients. Le "nerveux" est un sas de communication dans la relation médecin malade, une escale sur l'itinéraire qui passe du soma au psyché. Le "nerveux" est ce qui reste lorsque la main du médecin revient bredouille, l'image du radiologue quelconque ou l'analyse du biologiste insignifiante. Le "nerveux" signe la bénignité et réduit l'angoisse. Le symptôme nerveux, clown ridicule ou pantin fanfaron qui annule des siècles de conquêtes médicales, peut aussi être le point de départ, vers une nouvelle aventure de la communication, car il peut s'ennoblir en psychique ou se sublimer en existentiel. S'il est dérisoire en tant qu'impasse diagnostique, il devient prodigieux en tant que passerelle métaphysique. En se débarrassant de sa pelure organique, le symptôme nerveux quitte le monde charnel, pour conquérir le monde mystique ou règne un inconscient supposé, maître des vices et des vertus.
― Luc Perino

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