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Maestria des remèdes divins

humeur du 06/07/2026

Pline l’ancien dans son « Histoire naturelle » avait déjà noté les analogies entre la forme des plantes et leur usage médicinal. Quinze siècles après lui, Paracelse a élaboré la « théorie des signatures » basée sur le postulat que si Dieu avait donné des maladies à l’homme, il avait aussi dissimulé dans la nature des indices pour en trouver les remèdes. L’homme a ainsi compris que le suc jaune de la chélidoine devait soigner la jaunisse, que les feuilles de la bourrache en forme de poumons serviraient à soigner cet organe quand l’homme aurait enfin trouvé quelle était sa forme. Un jeu de piste difficile et sur le long terme, à la hauteur du génie propre de l’homme.

La fatigue n’ayant pas de forme particulière, chaque thérapeute trouva une plante dont la forme pouvait l’évoquer, déclenchant d’interminables polémiques sur la malice qu’avait mis Dieu dans l’élaboration de ses énigmes herboristes. Querelles qui se poursuivent aujourd’hui de façon plus académique autour de la neurophysiologie du placebo.

Pour les troubles réels ou ressentis de la sexualité, Dieu avait certainement beaucoup mieux dissimulé l’énigme, car ce sont des problèmes que l’on n’expose pas facilement. C’est effectivement dans les racines enfouies sous la terre que l’on a fini par trouver des réponses. La racine du ginkgo biloba avec ses formes humaines parfois lascives, celle du ginseng évoquant plus distinctement des cuisses enchevêtrés, celle de l’orchidée avec ses formes d’organes génitaux masculins, celle de la mandragore allant jusqu’à évoquer un couple en plein coït. Autant de racines qui ont été façonnées par Dieu pour favoriser l’accès au septième ciel et contribuer à la postérité de sa créature préférée.

Puis, les Chinois, ces industrieux méprisant volontiers notre Dieu, l’ont supposé assez rustaud pour avoir mis le remède de la virilité dans la corne de rhinocéros, l’aileron de requin, le pénis de tigre ou, encore plus grossièrement, dans le concombre de mer. Véritable blasphème obligeant la science à réagir. Il a fallu dépenser des fortunes et mobiliser nombre de médecins pour réaliser des essais cliniques dont les analyses ont été confiées à des statisticiens de haut niveau afin de savoir si les remèdes dissimulés d’une divine façon étaient plus efficaces que ceux qui l’avaient été d’une façon triviale.

Les résultats sont désarmants, aucune science ne peut conclure à l’efficacité de ces remèdes contre toutes les formes de fatigue, musculaire, cognitive ou sexuelle. Même les savants chinois ont démystifié le ginseng et le ginkgo biloba.

Cela montre de façon évidente qu’il faut chercher encore, car les énigmes divines sont encore plus subtiles que tout ce que les théoriciens des signatures ont imaginé. Ne parlons même pas des pornographes de cornes, d’ailerons ou de concombres que Dieu devrait tout de même ramener à la raison pour ne pas aggraver davantage l’effondrement de la biodiversité.   

 

Bibliographie

Chast François
Histoire contemporaine des médicaments
La découverte 2002

Grmek Mirko
Histoire de la pensée médicale en occident - tome 2
Seuil 1996

Li Z, Wang Y, Xu Q, Ma J, Li X, Tian Y, Wen Y, Chen T
Ginseng and health outcomes: an umbrella review
Front Pharmacol. 2023 Jul 3;14:1069268
DOI : 10.3389/fphar.2023.1069268

Pline l'ancien
Histoire naturelle
Folio classique

Vogler BK, Pittler MH, Ernst E
The efficacy of ginseng. A systematic review of randomised clinical trials
Eur J Clin Pharmacol. 1999 Oct;55(8):567-75
DOI : 10.1007/s002280050674

Wieland LS, Ludeman E, Chi Y, Feinberg TM, Chen I-H, Chen K-H, Zhu Y, Wolverson E, Amri H
Ginkgo biloba for cognitive impairment and dementia
Cochrane Database of Systematic Reviews 2026, Issue 2. Art. No.: CD013661
DOI : 10.1002/14651858.CD013661.pub2

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