humeur du 22/07/2026

Peut-on être Français sans connaître une fable de La Fontaine, un poème de Victor Hugo, un sketch de Coluche, une répartie de Molière, une chanson de Georges Brassens ou de Johnny Halliday, sans avoir vu la grande vadrouille ou le tour de France à la télévision ? La question pourrait être intéressante pour une étude sociologique sur l’influence de la culture dans le sentiment d’appartenance à notre pays. Toute question sur la religion comporterait de dangereux relents racistes, mais il est fort probable que les Français de toutes confessions sont au moins une fois entrés dans une église pour un mariage ou un enterrement, ou dans une cathédrale pour une visite.
Peut-on être français sans avoir fait un jour de grève ou avoir manifesté une fois dans la rue ? Le pourcentage doit être très faible, en dehors des PDG et autres ultra-libéraux, hauts fonctionnaires et autres énarques.
Il est possible que l’on puisse être français sans aimer le fromage, le bourgogne ou les frites, mais je n’arrive pas à l’envisager pour le pain. Bien que tout soit désormais possible avec les nouvelles aberrations nutritionnistes.
Depuis quelques décennies, on peut assurément être français en votant pour des populistes qui, ayant perdu l’odeur du terroir, la naïveté des poujadistes, le souvenir de la commune et le romantisme de la résistance, puisent leur enseignement dans le machiavélisme des réseaux sociaux. On peut donc désormais être Français sans les Lumières, à condition d’avoir beaucoup d’électricité.
Ma longue pratique de médecin m’autorise à ajouter quelques traits aux critères de la nationalité. La quasi-totalité des Français, de souche ou non, comme on dit parfois, ont développé un étrange amoralisme de la solidarité nationale. Leur placard à pharmacie est plein de médicaments remboursés à jeter. Une immense majorité a obtenu au moins un arrêt-maladie pour convenance personnelle, s’est fait rembourser quelque billet, de train ou autre, ou dispenser d’une activité, sur certificat médical bidon. Cela n’étant possible évidemment que si le médecin est lui-même français. Tous ont pratiqué d’inutiles et coûteux bilans de santé, même en jouissant d’une excellente santé physique, mentale et financière.
Je ne veux parler ni du langage, ni de l’orthographe qui sont des thèmes franchement élitistes. Et il me faudrait prendre beaucoup plus de risques pour déterminer d’autres critères nous permettant d’obtenir et de conserver un passeport français. Car, étant moi-même français, j’ai un goût du risque qui n’est pas immodéré. Je n’ose même plus penser qu’il me faudrait une bonne guerre pour retrouver ce goût. Peut-être que la victoire d’un populiste, à défaut de me faire prendre les armes, me redonnerait du cœur à l’ouvrage national.
Dans cette attente, je me contente de ne pas faire d’inutiles bilans de santé. C’est ma part du colibri.
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