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La phrase biomédicale aléatoire

Cela fait longtemps que les incohérences de la légende freudienne ont été mises en évidence, mais cela n'a pas empêché pour autant psychanalystes et intellectuels d'en réciter les éléments comme si de rien n'était, avec une volonté d'ignorance tout à fait sidérante.
Mikkel Borch-Jacobsen ▪ Le livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, 2005, p 179.
On assiste de plus en plus fréquemment à la montée en puissance de débats portant sur l'impact de technologies annoncées comme prometteuses avant même qu'elles ne soient concrètement appliquées à grande échelle (clonage thérapeutique, thérapie génique,etc.)...
Dans le cas des productions médicales, le processus qui conduit à l'inscription historique de l'innovation est puissant. En effet, contrairement aux autres univers technologiques, les acteurs "s'accordent" sur les procédés techniques, sur les substances médicamenteuses qui sont dignes de recevoir le label de "découverte".
Virginie Tournay ▪ La gouvernance des innovations médicales. PUF, 2007, p 38
En médecine, l'énoncé produit par un consensus provoqué ne se distingue en rien d'une opinion, dépourvue de toute valeur épistémologique.
Alain Froment
La culture médicale procède paradoxalement à un double mouvement de désocialisation de la maladie et de médicalisation de la société.
François Laplantine ▪ Anthropologie de la maladie. Payot. 1992. p 273
Même la maladie la plus saturée de sens peut devenir juste une maladie.
Susan Sontag ▪ à propos de la lèpre
Face à une pensée rigide et oppressive, un usage rationnel de l'humour peut être libérateur.
Michel Schiff
Aucun argument rationnel n'aura d'effet sur un homme qui refuse d'adopter une attitude rationnelle.
Karl Popper
La science ne saurait être rendue responsable de l'illusion des imbéciles qui prétendent, on ne sait pourquoi, qu'elle doit assurer leur bonheur.
Georges Bernanos
Chaque révolution s'évapore en laissant seulement derrière elle le dépôt d'une nouvelle bureaucratie
Franz Kafka
Nos idées ne sont que des instruments intellectuels qui nous servent à pénétrer dans les phénomènes ; il faut les changer quand elles ont rempli leur rôle, comme on change un bistouri émoussé quand il a servi assez longtemps.
Claude Bernard ▪ introduction à l’étude de la médecine expérimentale- chapitre II, § 2
Une erreur peut être vraie ou fausse, selon que celui qui l’a commise, s’est trompé ou non.
Alphonse Allais
Chez tous les médecins, jeunes ou vieux, le diagnostic est une obsession. Ils ont acquis la certitude qu’il est le meilleur critère d’évaluation de leur expertise. Cette conviction leur vient d’un enseignement clinique issu du grand mandarinat des deux siècles précédents, d’un certain goût des patients pour l’énigme médicale et aussi de cette exclusivité jalousement revendiquée sur le diagnostic qu’ils ne partagent avec aucun autre métier de soignant.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
Jadis, la peste avait à la longue provoqué une réflexion sur l'inégalité parmi les hommes. Le sida, au temps du village global, l'a portée devant l'opinion publique avec une vigueur accrue. Plus dure que le rétrovirus est la haine ou l'indifférence glacée de l'homme pour l'homme.
Pierre Miquel ▪ Mille ans de malheur, Michel Lafon, 1999, p 284
Objectivement, il vaut mieux ne pas être malade pour entreprendre une analyse.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 163
L'homme ne peut se confirmer dans sa valeur qu'avec l'approbation d'autrui, pour que la valeur qui rejaillit sur lui soit multipliée par l'approbation de tous ceux qui la partagent. Il ne ferait pas tant d'efforts pour propager ses idéologies si le souci de soi n'y trouvait pas de grands avantages.
Alain Froment ▪ Pour une rencontre soignante. Ed archives contemporaines, p 181
En stratégie préventive, faut-il cibler une fraction de la population exposée à un risque grave ou viser un risque bénin qui concerne l'ensemble de la population ? Les préventeurs privilégient la seconde solution (la plus mauvaise), car les actions ciblées sont difficiles...
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 58
Quel que soit l’effet objectif de la médecine prédictive sur notre longévité, il est subjectivement négatif, puisqu’elle ne cesse de ressasser notre finitude.
Les médecines curatives et préventives nous avaient donné l’ivresse d’une domination possible de notre environnement, la médecine prédictive a transformé cette ivresse en une crispation sur nos fragilités internes.
Luc Perino ▪ À quoi sert vraiment un médecin, Armand-Colin, 2011
La souffrance devient une sorte d'avatar scandaleux, un échec de la société, une atteinte antgropologique.Plus la société gère la souffrance, plus le reste de souffrance non contrôlable, non maîtrisable, désarçonne notre capacité à réagir.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 197
L’une des caractéristiques du monde post-moderne est que le fossé entre la théorie et la pratique se soit accentué, au point que la théorie, dans nombre de secteurs, n’a plus rien à dire aux véritables faiseurs du monde, si ce n’est de manière réactive
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 56
Nous savons tous que prétendre à la vérité est une "prétention" pas sérieuse. Pas même les dieux n'y ont songé. Les hommes oui, mais pas les dieux.
Marc Grassin et Frédéric Pochard ▪ La déshumanisation civilisée, Cerf 2012, p 14
Les périodiques médicaux ont dégénéré au point de devenir des opérateurs de blanchiment pour l'industrie pharmaceutique.
Richard Horton. (Rédacteur en chef du Lancet) ▪ The dawn of McScience. New-York rev books. 2004. 51:7-9
Les médecins et les patients aident les compagnies pharmaceutiques avec leurs essais, mais les compagnies refusent d'aider les médecins et les patients avec les leurs.
Peter C Gotzsche ▪ Remèdes mortels et crime organisé. PUL 2015. p 68
Hâtez-vous d'utiliser les nouveautés thérapeutiques pendant qu'elles guérissent
Jean-Baptiste Sénac de Meilhan, médecin de Louis XV (1693-17
Ne pas naître est sans contredit la meilleure formule qui soit. Elle n’est malheureusement à la portée de personne.
Cioran
Les professionnels mettent des années à développer une attitude clinique : ils sont entraînés à répondre activement aux souffrances de leurs patients, et en même temps à accepter avec calme que leurs efforts puissent être infructueux.
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presse des Mines 2009. P 149.
Dans la logique du soin, l'activisme a ses limites, c'est une différence irréductible avec le marché où tout peut se vendre et où rien n'existe pour limiter les transactions inutiles.
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presse des Mines, 2009, p 60
La notion de diagnostic et de traitement précoces des maladies est simple dans son principe. Toutefois, son application dans de bonnes conditions (d'une part faire en sorte que les sujets atteints d'une maladie auparavant non décelée reçoivent un traitement, d'autre part éviter de nuire aux individus n'ayant pas besoin de traitements), qui paraît souvent trompeusement facile, pose en réalité des problèmes complexes.
J.M.G. Wilson et G. Jungnier ▪ Principes et pratiques du dépistage des maladies. Genève. OMS, 1970, p 28
L'effort pour "probabiliser" le jugement médical est l'un des vrais commencements de sa scientificité.
Georges Canguilhem ▪ Le statut épistémologique de la médecine, Vrin, 1994
Les histoires individuelles qui ont rempli ma vie de médecin, ne sont pas des preuves, elles restent des anecdotes. Si, pour moi, ces histoires de patients dessinent le contour d'une science, elles ne peuvent cependant prétendre à ce statut. La science ne progresse qu'avec des vérités opposables et reproductibles, c'est sa force et son honneur. Les histoires de mes patients ne sont ni opposables, ni reproductibles, elles sont tout simplement vraies, c'est leur force et leur poésie. Si la médecine, comme il se dit parfois, est un art, chaque année qui passe peut améliorer mon espoir d'approcher l'excellence ; si elle est une science, mieux vaut y renoncer.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 283
L'objectif des industriels du médicament est de convaincre le public que la plupart des maladies pour lesquelles on n'a pas trouvé de cause microbienne ou virale auraient finalement une origine génétique...
Philippe Pignarre ▪ Le grand secret de l'industrie pharmaceutique. La Découverte, 2003, p 110
Le vivant et le milieu ne sont pas normaux pris séparément, mais c'est leur relation qui les rend tels l'un et l'autre.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 90
Le nombre de facteurs de risques potentiels pour un problème de santé donné croît avec notre capacité à traiter des informations chiffrées, capacité qui s'est considérablement développée grâce aux progrès de l'informatique. D'où une inflation des facteurs de risque : on en compte aujourd'hui plusieurs centaines pour les seuls troubles cardiovasculaires.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 25
Prescrire des anxiolytiques devant une anxiété physiologique serait priver le sujet d'une expérience existentielle irremplaçable et utile à la vie psychologique. Ce serait un peu comme vouloir traiter un deuil par des antidépresseurs.
Edouard Zarifian ▪ Les jardiniers de la folie. Odile Jacob, 2000, p 101
Toute empathie, en tant que connaissance vraie de la souffrance d'autrui, est et sera toujours fictive.
Alain Froment
A la suite de l'historien démographe anglais Mac Keown, on s'aperçoit combien il est difficile de mesurer précisément le rôle de la seule médecine dans l'abaissement de la mortalité et combien les progrès agricoles, l'amélioration des conditions de travail et de logement, le contrôle démographique, ont aussi pu jouer, au même moment, un rôle au moins aussi important que la seule technique médicale, mais tout aussi difficile à mesurer précisément.
Olivier Faure ▪ Histoire sociale de la médecine, Anthropos historique, 1994, p 239
Que dire à des gens qui, croyant posséder une clé, n'ont de cesse qu'ils aient disposé votre œuvre en forme de serrure.
Julien Gracq
Plus un acte médical exige l'intervention du spécialiste ou d'une infrastructure coûteuse, plus il devient probable :
1/ que l'espérance de vie du patient ne sera pas affectée par l'acte.
2/ que la période d'invalidité du patient augmentera.
3/ que le patient aura besoin de traitements additionnels pour l'aider à supporter les dommages, mutilations, angoisses et douleurs provoqués par l'intervention médicale.
A. L. Cochrane ▪ Effectiveness and efficiency. Random reflexion on health services. 1972
L'idée du verdict infaillible de l'imagerie médicale, rend précaire, quelquefois dérisoire l'idée que l'on a de ses propres fonctions.
Christine Durif-Bruckert ▪ Une fabuleuse machine. L'oeil neuf, 2008, p 18
Toute empathie, en tant que connaissance vraie de la souffrance d'autrui, est et sera toujours fictive.
Alain Froment
Il apparaît que définir la physiologie comme la science des lois ou des constantes de la vie normale ne serait pas rigoureusement exact, pour deux raisons. D'abord parce que le concept de normal n'est pas un concept d'existence, susceptible en soi de mesure objective. Ensuite, parce que le pathologique doit être compris comme une espèce du normal, l'anormal n'étant pas ce qui n'est pas normal, mais ce qui est un autre normal. Cela ne veut pas dire que la physiologie n'est pas une science. Elle l'est authentiquement par sa recherche de constantes et d'invariants, par ses procédés métriques, par sa démarche analytique générale. Mais s'il est aisé de définir par sa méthode comment la physiologie est une science, il est moins aisé de définir par son objet de quoi elle est la science. La dirons-nous science des conditions de la santé ? Ce serait déjà, à notre avis, préférable à science des fonctions normales de la vie, puisque nous avons cru devoir distinguer l'état normal et la santé. Mais une difficulté subsiste. Quand on pense à l'objet d'une science, on pense à un objet stable, identique à soi. La matière et le mouvement, régis par l'inertie, donnent à cet égard toute garantie. Mais la vie ? N'est-elle pas évolution, variation de formes, invention de comportements ? Sa structure n'est-elle pas historique autant qu'histologique ? La physiologie pencherait alors vers l'histoire qui n'est pas, quoi qu'on fasse, science de la nature. Il est vrai qu'on peut n'être pas moins frappé du caractère de stabilité de la vie. Tout dépend en somme, pour définir la physiologie, de l'idée qu'on se fait de la santé.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 135
Il y a bien plus de molécules dans un verre d'eau que de verres d'eau dans la mer... Chaque fois que vous buvez un verre d'eau, il y a de bonnes chances que ce que vous buvez soit passé par la vessie de Cromwell.
Lewis Wolpert ▪ Cité par Dawkins : Pour en finir avec Dieu. Perrin, 2009, p 465
La rationnalisation est démentielle, et pourtant elle a les mêmes ingrédients que la raison
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 104
L'apparence n'est qu'un symptôme de la beauté. La plupart des maladies persistent après le traitement du symptôme. La laideur n'a que deux traitements : se sentir belle ou trouver celui qui vous trouve belle. L'esthéticienne ne pourra rien pour le premier et risque de pervertir la vérité du second.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 84
Un monde absolument déterministe et un monde absolument aléatoire excluent totalement, l'un et l'autre, l'esprit humain qui les observe, et qu'il faut bien essayer de placer quelque part.
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 188
Les études en imagerie fonctionnelle (IRMf, TEP) objectivent les conséquences du symptôme somatomorphe et non sa cause.
Frédéric Dubas & Catherine Thomas-Antérion ▪ Le sujet, son symptôme, son histoire. Etude du symptôme somatomorphe. Belles Lettres, 2012, p 117
Si l'on défend le principe d'une prévention plus compréhensive, fondée sur une éthique délibérative, il n'est pas certain qu'un cabinet médical soit le meilleur endroit pour mener des actions de prévention : la relation qui s'établit entre le médecin et son patient est presque toujours asymétrique.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 98
Nous pouvons dire qu'en matière biologique, c'est le pathos qui conditionne le logos parce qu'il l'appelle. C'est l'anormal qui suscite l'intérêt théorique pour le normal. Des normes ne sont reconnues pour telles que dans des infractions. Des fonctions ne sont révélées que par leurs ratées. La vie ne s'élève à la conscience et à la science d'elle-même que par l'inadaptation, l'échec et la douleur.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 139
Le culte de la santé exhorte chacun de nous à devenir l'entrepreneur de sa propre santé, tandis que le principe de prévention privilégie le point de vue des experts et délaisse la compréhension des conduites individuelles.
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 30
Savoir s'il est plus noble en esprit de subir les coups et les flèches de la fortune adverse, ou de prendre les armes contre un océan de malheur, et, en leur tenant tête, d'y mettre fin.
Wiliam Shakespeare ▪ Hamlet, III, 1
Une nouvelle école de cliniciens se sent le droit de subordonner le bien-être individuel des patients aux progrès de la science sans qu'ils aient leur mot à dire et sans qu'aucune structure collective ne vienne fixer des limites.
Philippe Pignarre ▪ Le grand secret de l'industrie pharmaceutique. La Découverte, 2003, p 58
Le culte de la santé ambitionne d'éradiquer les risques pour conquérir une santé parfaite, alors même que le principe de prévention exclut le risque zéro et participe activement à la prolifération des conduites étiquetées "à risque".
Patrick Peretti-Watel & Jean-Paul Moatti ▪ Le principe de prévention. Seuil, 2009, p 30
Que les gens souffrent plus ou moins, en quoi cela peut-il intéresser l'Académie des Sciences ?
Magendie en 1847 ▪ Lors d'une séance à l'Académie des Sciences, consacrée à la douleur !
L'art, c'est moi ; la science, c'est nous.
William Shakespeare ▪ livre III, 1864
Toutes les spécialités se recoupent en médecine, occasionnant parfois des querelles de chapelle. Le généraliste est en dehors de ces combats, il a la malchance d'avoir une spécialité disputée par toutes les autres, il a la chance d'être le dernier à pouvoir les exercer toutes, sans contestation possible. C'est à lui seul qu'incombe de fixer le niveau de sa compétence dans chaque spécialité.
Stimulant.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 189
L'art médical comprend trois termes : la maladie, le médecin et le malade. Le médecin est le serviteur de l'art ; le malade doit s'opposer à la maladie avec le médecin.
Hippocrate ▪ Epidémies : 1,2,5
Les états affectifs relatifs au mal sont eux-mêmes du mal
Arno Geiger
La médecine a fait tellement de progrès que plus personne n'est en bonne santé.
Aldous Huxley
La plupart des médecins ne connaissent pas, même approximativement, la dimension des risques qu'ils agitent et surestiment le plus souvent.
Alain Froment
Les soignants trimballent des corps mous pour aller les poser à l'endroit indiqué par le programme, ou les remettre dans une position acceptable pour la famille dont la visite est attendue.
L'unité de temps d'une maison de retraite est la durée entre deux positions d'un corps.
Luc Perino ▪ Carnets de santé, Calman-Lévy, 2004, p 155
Les lépreux sont les premiers exemples d'une volonté du corps social de préserver la santé en retranchant sans pitié les malsains, quitte à ce qu'on assure leur survie par la création d'une institution charitable
Pierre Miquel ▪ Mille ans de malheur, Michel Lafon, 1999, p 56
J’ai toujours été persuadé que les diplômes sont fait pour les gens qui n’ont pas de talent. Malheureusement, il ne suffit pas de ne pas avoir de diplômes pour avoir du talent.
Pierre Desproges ▪ Chroniques de la haine ordinaire / Éditions du Seuil / 13/08/2008
Être en bonne santé, c'est pouvoir tomber malade et s'en relever, c'est un luxe biologique.
Georges Canguilhem ▪ Le normal et le pathologique. PUF, 1966, p 132
Les compagnies pharmaceutiques n'aiment pas publier des études négatives. Il est amusant que tant de gens se prononcent - scientifiques et médecins - sur des données sans jamais voir ces données.
Russel Kartz ▪ directeur de la division neuro-pharmacologie de la FDA
L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant.
René Char ▪ À une sérénité crispée – 1955
Fixer l'objectif d'un traitement avant qu'il ne démarre est irréalisable, car déterminer l'objectif est en soi-même une partie du traitement.
Annemarie Mol ▪ Ce que soigner veut dire. Presse des Mines. P 103
La vie est histoire; elle l'est parce qu'il y a une histoire de l'apparition de la vie ; elle l'est aussi parce que l'histoire fait partie de la définition de la vie.
Michel Morange ▪ La vie, l'évolution et l'histoire, Odile Jacob 2011, p 161
Comment tenir compte des idées et préoccupations des mourants, lorsqu'il est presque impossible de déterminer qui est mourant, d'un point de vue médical.
Atul Gawande ▪ Letting go. New-Yorker, 27 juillet 2010
Notre époque a prolongé la durée de vie, jusqu'à ce que celle-ci tienne autant du cauchemar que de la bénédiction.
Samuel Beckett (sur son lit de mort) ▪ Christopher Ricks. The Clarendon lectures. 1990
Comment faire face à la mort, qui n'est pas précisément une maladie, lorsque les impératifs d'ingéniosité technique et les revendications activistes font pratiquement écho aux attentes de la société envers la médecine.
Charles E. Rosenberg ▪ The tiranny of diagnosis : specific entities and individual experience. The mildbank quarterly 2002
Une lancinante question traverse toute l'histoire de la psychiatrie : comment objectiver le subjectif ?
Alain Ehrenberg ▪ La maladie mentale en mutation, 2001, p 10
La médecine c'est guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours.
Attribué à Ambroise Paré ou à Trudeau ou d'autres
Ce qui distingue l'homme sain de l'aliéné mental, c'est que l'homme sain a toutes les maladies mentales, et que l’aliéné n’en a qu’une.
Robert Musil ▪ L'homme sans qualités
L’organisation des systèmes vivants n’est pas une organisation statique…mais un processus de désorganisation permanente suivie de réorganisation. La mort du système fait partie de la vie, non pas seulement sous la forme d’une potentialité dialectique, mais comme une partie intrinsèque de son fonctionnement et de son évolution; sans perturbation, sans désorganisation, pas de réorganisation adaptatrice au nouveau. Sans processus de mort contrôlée, pas de processus de vie.
Henri ATLAN
Crois-moi, même sur un lit de souffrance, la force de l'âme trouve à s'exercer. L'homme fort se reconnaît jusque sous les couvertures d'un grabat. Tu as de quoi t'occuper : lutte travement avec ton mal. S'il n'obtient rien de toi par force ou par douceur, tu donnes un grand exemple. Oh ! Quelle belle occasion de gloire si nous étions en spectacle au monde dans nos maladies. Sois à toi-même ton spectateur, ton approbateur.
Sénèque ▪ Encouragements à Lucilius malade
Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes.
Albert Einstein
Laboratoire des ambivalences d'une société dans laquelle l'homme de masse est son propre souverain, la dépression est instructive au sens où elle rend visible ce double changement des contraintes structurant l'individualité : du côté intérieur, elles ne se montrent plus dans les termes de la culpabilité ; du côté extérieur, elles ne s'imposent plus dans les termes de la discipline.
Alain Ehrenberg ▪ La fatigue d'être soi - dépression et société. Odile Jacob, 2000, p 16
Les questions scientifiques, que les méthodes épidémiologiques servent à résoudre, ont souvent une dimension philosophique et politique.
Alfredo Morabia ▪ Santé : distinguer croyances et connassances. Odile Jacob, 2011, p 215
Comment une démocratie peut-elle fonctionner sinon de plus en plus à vide, quand le citoyen est disqualifié par l'expert ? Et malheureusement, les experts sont totalement incompétents dès que surgit un problème nouveau. L'expert est compétent pour résoudre les problèmes déjà résolus du passé.
Edgar Morin ▪ Science avec conscience. Seuil, Points, 1990, p 76
Qu'est-ce qui fait que la sélection naturelle peut résoudre le problème de l'improbabilité alors que le hasard et le dessein échouent dès le départ ? La réponse est que la sélection naturelle est un processus cumulatif qui décompose le problème de l'improbabilité en petits éléments. Chacun de ces petits éléments est légèrement improbable sans que ce soit rédhibitoire.
Richard Dawkins ▪ Pour en finir avec Dieu. Perrin, 2009, p 157
L'épidémiologie ne peut pas effacer l'hiatus fondamental de l'irréductibilité de l'individu à la population.
Alfredo Morabia ▪ Santé : distinguer croyances et connassances. Odile Jacob, 2011, p 216
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