Patients zéro - Histoires inversées de la médecine
Certes, la «découverte» (l’identification d’une maladie, l’invention d’un vaccin…) est souvent due au génie du chercheur, du médecin en l’occurrence. Luc Perino est médecin, diplômé de médecine tropicale et d’épidémiologie, mais il regarde l’histoire de sa discipline, ses progrès, ses excès parfois, comme les historiens qualifiés de «nouveaux» (pour donner une idée : Alain Corbin, Arlette Farge, Carlo Ginzburg, Edward P. Thomson, Eric Hobsbawm…), ont regardé les événements sociaux et culturels : par le bas, du point de vue des petites gens, des menus faits quotidiens, et non des rois ou des généraux : soit, ici, du point de vue des patients, plutôt que de celui des savants ou des sommités médicales.
En attendant la médecine idéale de demain, la médecine imparfaite d'aujourd'hui doit gérer ses contradictions qui découlent de la difficulté à concilier la recherche clinique s'intéressant à la production de savoirs nouveaux, utiles pour les malades de demain, avec la pratique clinique, focalisée sur la souffrance des malades d'aujourd'hui.
― Ilana Lowy
Le libéralisme moral encourage la rivalité et le mimétisme dans les domaines sociaux : droit de mourir, de procréer, d'adopter, avec pour principe d'être toujours dans l'escalade relationnelle pour être le plus libéral, de ne pas être débordé par plus "branché" que soi, par plus sensible à la victime exposée. Contrarier la "victime" (qui veut mourir, avoir un enfant, changer de sexe, etc.) est signe de régression, la soutenir est signe de progrès. Au fond, satisfaire la victime n'est pas le plus important : l'objet ou le sujet sont généralement instrumentalisés. Ce qui est important, c'est de s'être indigné, d'avoir agi et de pouvoir s'en gratifier devant les autres, fut-ce au prix de la vie de ceux-ci. L'idéal affiché compte moins que l'affichage masquant le sacrifice, indicible mais pourtant bien réel, de la personne décédée, de l'enfant conçu, adopté ou acheté.
― Marc Grassin et Frédéric Pochard