lucperino.com

Alternatives aux antibiotiques : où en est la recherche ?

dernière mise à jour le 08/03/2016

Devant le problème grandissant de l’antibiorésistance, le ministère de la santé britannique vient de missionner 24 chercheurs des secteurs privés et publics pour réaliser une revue des recherches actuelles sur les traitements alternatifs aux antibiotiques dans les pathologies infectieuses. En effet, l’augmentation des résistances microbiennes coïncide dangereusement avec un désintérêt pour la recherche de nouvelles molécules.

Ces spécialistes ont identifié 19 pistes thérapeutiques alternatives parmi lesquelles les plus avancées sont les anticorps, les probiotiques et les vaccins. Ce sont en réalité des traitements préventifs ou associés aux antibiotiques classiques, sans pouvoir encore prétendre les remplacer.

Examinons cette liste par ordre de progrès de la recherche

  • Les plus avancés sont les anticorps capables d’inactiver des pathogènes ou leurs toxines et facteurs de virulence
  • Les probiotiques peuvent améliorer la réponse de l’hôte, dans certains cas comme les diarrhées à Clostridium difficile, souvent dues elles-mêmes aux antibiotiques.
  • Les lysines sont des enzymes utilisées par les bactériophages pour détruire les parois cellulaires de certaines bactéries
  • Les bactériophages, virus naturels peuvent infecter et tuer les bactéries. Certains homologues synthétiques sont à l’étude
  • La stimulation immunitaire peut être utilisée en adjuvant à un traitement antibiotique classique. Précisons ici que les corticoïdes, souvent utilisés dans les infections, sont des dépresseurs immunitaires !
  • Les vaccins peuvent évidemment diminuer la consommation antibiotique pour toutes les pathologies concernées.
  • Les peptides antimicrobiens, qui ont longtemps fait rêver, car ils ont un large spectre et offrent peu de résistance et d’immunogénicité. Les résultats concrets sont hélas très décevants pour l’instant.
  • Dans la piste des peptides, il semble plus intéressant de se tourner vers des peptides de défense de l’hôte ou, mieux encore, vers ceux qui qui inhibent la formation de biofilms bactériens.
  • L’immunosuppression sélective est moins bien documentée. Il s’agirait de diminuer, dans certains cas précis, la réponse immunitaire qui peut se révéler plus délétère que l’infection elle-même.
  • Certains acides nucléiques sont étudiés, soit pour s’attaquer aux résistances bactériennes, soit pour détruire directement les bactéries. Cette option peu avancée équivaut à celles des peptides antimicrobiens.
  • La séquestration de toxines à l’aide de liposomes est une option pour l’instant très théorique
  • Citons encore quelques idées sans grand avancement réel :
    • Enzymes capables de réduire les résistances
    • Chélation de certains métaux nécessaires à l’action des bactéries
    • Molécules utilisée comme balises à la surface des bactéries pour attirer les anticorps préexistants chez l’hôte.
    • Déplétion des anticorps protecteurs des bactéries
    • Stimulation immunitaire par le peptide P4

Il faut beaucoup de moyens financiers pour faire avancer ces recherches. Mais il s’agit d’un enjeu international. Les auteurs soulignent que cela coûterait tout de même dix fois moins cher que le grand collisionneur de hadrons et cent fois moins que la station spatiale internationale. C’est un argument recevable !

Bibliographie

Czaplewski L, Bax R, Clokie M, Dawson M, Fairhead H, Fischetti VA, Foster S, Gilmore BF, Hancock RE, Harper D, Henderson IR, Hilpert K, Jones BV, Kadioglu A, Knowles D, Shaunak S, Silverman J, Rex JH
Alternatives to antibiotics-a pipeline portfolio review
Lancet Infect Dis. 2016 Feb;16(2):239-51
DOI : 10.1016/S1473-3099(15)00466-1

Et pour aller plus loin

Si vous n'êtes pas abonné

 C'est ici

INUTILE si vous vous êtes déjà abonné, car vous le restez tant que vous ne demandez pas votre désisncription

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Inné ou acquis ? - Les caractères individuels ont toujours alimenté de vigoureux débats sur les parts respectives [...]

Code noir et espérance de vie - Élaboré en 1665 par Colbert, le code noir de Louis XIV établissait le cadre législatif [...]

Chers amis obèses, - Si je vous dis que votre maladie est d’ordre sociétal, vous pouvez penser que je fais mine [...]

Homophobie contre-productive - Classiquement, en biologie, l’évolution des espèces opère au niveau individuel : les [...]

Le placebo n'est pas une insulte - Nous ne cessons jamais de redécouvrir la puissance de l’effet placebo ni de disserter [...]

La phrase biomédicale aléatoire

A l'aide des sciences expérimentales actives, l'homme devient un inventeur de phénomènes, un véritable contremaître de la création; et l'on ne saurait, sous ce rapport, assigner de limites à la puissance qu'il peut acquérir sur la nature, par les progrès futurs des sciences expérimentales. Maintenant reste la question de savoir si la médecine doit demeurer une science d'observation ou devenir une science expérimentale. Sans doute la médecine doit commencer par être une simple observation clinique. Ensuite, comme l'organisme forme par lui-même une unité harmonique, un petit monde (microcosme) contenu dans le grand monde (macrocosme), on a pu soutenir que la vie était indivisible et qu'on devait se borner à observer les phénomènes que nous offrent dans leur ensemble les organismes vivants sains et malades, et se contenter de raisonner sur les faits observés. Mais si l'on admet qu'il faille ainsi se limiter, et si l'on pose en principe que la médecine n'est qu'une science passive d'observation, le médecin ne devra pas plus toucher au corps humain que l'astronome ne touche aux planètes. Dès lors l'anatomie normale ou pathologique, les vivisections, appliquées à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, tout cela est complètement inutile. La médecine ainsi conçue ne peut conduire qu'à l'expectation et à des prescriptions hygiéniques plus ou moins utiles; mais c'est la négation d'une médecine active, c'est-à-dire d'une thérapeutique scientifique et réelle.
― Claude Bernard

Haut de page