humeur du 24/02/2018

Beaucoup de maladies actuelles ont été inventées par des compagnies d’assurance.
Le commerce des assureurs est assez différent des autres, car ce qu’ils vendent est un service potentiel, une prestation hypothétique. La publicité consiste à convaincre le client de payer pour « rien » avec la promesse d’un vrai service en cas de besoin : « l’assurance ne paraît chère qu’avant l’accident ».
D’un côté, le client accepte de payer pour les autres en souhaitant ne jamais bénéficier lui-même du service. De l’autre côté, le prestataire utilise ses gains pour les redistribuer aux clients malchanceux. Dans le cas de l’assurance-maladie, les organismes publics jouent correctement le jeu de cette mutualisation. Inversement les assurances privées veulent limiter les pertes pour maximiser leurs profits. Afin d’éliminer les clients les plus fragiles, ces compagnies ont toujours cherché à évaluer les risques de maladies à venir.
La notion de facteur de risque est née avec le principe de l’assurance-maladie. Dans la version publique, on a promu l’hygiène et les vaccinations pour limiter les maladies infectieuses. Dans la version privée, on a promu la détection des facteurs de risque. Après la généralisation de la prise de la tension artérielle vers 1910, les compagnies d’assurance ont lancé des études pour en évaluer les répercussions. La très célèbre étude de Framingham, en 1948, a tenté d’établir une liste exhaustive des risques de maladies cardio-vasculaires. Seul le stress, difficile à quantifier, a été éliminé des calculs statistiques.
Le succès pour le marché a été double. D’une part, l’industrie pharmaceutique a proposé des traitements de ces facteurs de risque, désormais considérés comme des maladies (hypertension, hyperglycémie, hyperlipidémie, etc.). D’autre part, les organismes publics ont payé ces traitements visant à limiter les pertes des assureurs privés. Véritable coup de génie !
Cette confusion permanente entre facteur de risque et maladie a un coût exorbitant pour la Sécurité Sociale. Les assureurs privés, ne supportant ni le coût de la détection des facteurs de risque, ni celui de leur illusoire correction, ont dû chercher de nouveaux marchés en exploitant les secteurs négligés par la Sécurité Sociale. Les lunettes et autres prothèses dentaires ou auditives ont servi de nouvel argumentaire. Mais des marchands encore plus voraces, ayant compris que ces prothèses quasi-inévitables sont le premier argument de la souscription à une assurance complémentaire, en ont augmenté scandaleusement les prix. Nouvelle forme d’exclusion des plus fragiles.
Les assureurs privés ont ainsi promu le traitement de maladies inexistantes et empêché le traitement de maladies réelles. La supercherie mercatique continue puisqu’une mutuelle privée est désormais obligatoire pour tous les salariés. À moins que le gouvernement n’ait l’intention de laisser les marchands s’entre-dévorer, en se débarrassant définitivement de toutes ces patates chaudes...
Lambert Gérard
Vérole, cancer & cie
Seuil, Science ouverte, 2009
Mahmood SS, Levy D, Vasan RS, Wang TJ
The Framingham Heart Study and the Epidemiology of Cardiovascular Diseases: A Historical Perspective
Lancet. 2014 Mar 15; 383(9921): 999–1008
DOI : 10.1016/S0140-6736(13)61752-3
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A l'aide des sciences expérimentales actives, l'homme devient un inventeur de phénomènes, un véritable contremaître de la création; et l'on ne saurait, sous ce rapport, assigner de limites à la puissance qu'il peut acquérir sur la nature, par les progrès futurs des sciences expérimentales.
Maintenant reste la question de savoir si la médecine doit demeurer une science d'observation ou devenir une science expérimentale. Sans doute la médecine doit commencer par être une simple observation clinique. Ensuite, comme l'organisme forme par lui-même une unité harmonique, un petit monde (microcosme) contenu dans le grand monde (macrocosme), on a pu soutenir que la vie était indivisible et qu'on devait se borner à observer les phénomènes que nous offrent dans leur ensemble les organismes vivants sains et malades, et se contenter de raisonner sur les faits observés. Mais si l'on admet qu'il faille ainsi se limiter, et si l'on pose en principe que la médecine n'est qu'une science passive d'observation, le médecin ne devra pas plus toucher au corps humain que l'astronome ne touche aux planètes. Dès lors l'anatomie normale ou pathologique, les vivisections, appliquées à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, tout cela est complètement inutile. La médecine ainsi conçue ne peut conduire qu'à l'expectation et à des prescriptions hygiéniques plus ou moins utiles; mais c'est la négation d'une médecine active, c'est-à-dire d'une thérapeutique scientifique et réelle.
― Claude Bernard