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Homophobie contre-productive

humeur du 04/02/2019

Classiquement, en biologie, l’évolution des espèces opère au niveau individuel : les individus les plus favorisés dans un environnement donné ont un meilleur accès à la reproduction, donc à la diffusion de leurs traits avantageux.

Lorsqu’un trait non avantageux se maintient à un taux relativement élevé, cela pose un problème théorique. Ainsi, l’homosexualité mâle est un trait préjudiciable à l’espèce puisqu’elle entraîne un déficit de fécondité. Il est donc difficile de comprendre comment un tel trait a pu se maintenir à une fréquence stable de 2% à 6% dans toutes les populations humaines. Cette énigme constitue un véritable paradoxe darwinien.

Si nous admettons que tous les traits ont un support génétique, il est encore plus difficile de comprendre comment les gènes de l’homosexualité peuvent se transmettre. Les biologistes ont résolu cette énigme en montrant que la sélection d’un tel trait se situe à des niveaux supérieurs à celui de l’individu.

On constate une nette supériorité de la fécondité féminine dans les lignées parentales des homosexuels masculins. Un modèle génétique conclut à l’existence d’un pool génique sur le chromosome X dont l’expression est sexuellement antagoniste, en augmentant la valeur sélective et la fécondité chez la femme et en la diminuant chez l’homme. Une étude plus récente suggère une meilleure attractivité des hommes hétérosexuels de la lignée. Il y aurait donc un avantage d’appariements et de fécondité dans la lignée parentale des homosexuels mâles. On parle alors de « sélection de parentèle »

 Une autre théorie situe la sélection à un niveau supérieur : le niveau sociétal. Une société est dite « stratifiée » lorsque son organisation économique et politique conduit à des catégories sociales inégales en termes de pouvoir, de prestige et de richesse. Plus une société est stratifiée, plus les traits associés à une ascension sociale sont sélectionnés ; cependant ces traits ne dépassent jamais une certaine fréquence, car ils sont d’autant plus avantageux qu’ils sont rares. Certains auteurs ont montré que de telles sociétés présentent une fréquence relativement élevée de préférence homosexuelle mâle, car elle favorise l’ascension sociale de femmes dites « hypergynes », c’est-à-dire porteuses de signaux de haute fécondité.

Ces types de sélection, à des niveaux supérieurs à celui de l’individu, sont, pour l’instant, les meilleures explications du paradoxe darwinien de l’homosexualité mâle.

Enfin, l’homophobie pourrait contribuer à la diffusion des gènes de l’homosexualité, en contraignant les homosexuels à se cacher. Le mariage hétérosexuel est une dissimulation parfaite, mais il favorise la diffusion des gènes. Ainsi, une société homophobe aurait paradoxalement un taux d’homosexualité mâle supérieur à celui d’une société tolérante.

Les intrications complexes entre biologie et culture rendent l’homophobie donc contre-productive.

Bibliographie

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Genes linked to being gay may help straight people get more sex
MIT Technology review, October 18, 2018

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Léa Crébat
L'épigénétique peut-elle expliquer l'homosexualité
JIM, 13 dec 2012

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La phrase biomédicale aléatoire

La maturité d’une science se mesure à l’aune de sa terminologie. Santé et maladie sont des termes qui n’ont aucun registre en commun. La santé individuelle relève d’une subjectivité irréductible à la science. La maladie est un objet dont la définition scientifique est précise. La science biomédicale a pour vocation de nommer, de définir et de conceptualiser des « objets-maladie » ; définir la santé n’entre pas dans ses attributions.
― Luc Perino

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