humeur du 22/10/2019

En décembre 1952, le smog de Londres a fait plus de 10 000 morts. Il s’agit de la première étude épidémiologique sérieuse des nuisances liées à la pollution atmosphérique de l’ère industrielle. On peut supposer que ces nuisances étaient perçues depuis longtemps, puisqu’un siècle auparavant Alphonse Allais avait suggéré de construire les villes à la campagne, car l’air y est plus sain. Cette phrase serait en réalité celle d’un certain Jean Commerson, peu importe, cela prouve que plusieurs esprits libres sonnaient déjà l’alerte sur la qualité de l’air que nous respirons.
Depuis, l’aspect des villes a beaucoup changé, les usines les ont désertées pendant que les urbanistes les remodelaient pour les dédier quasi exclusivement à la circulation automobile et au stationnement des véhicules. La pollution y est désormais plus régulière et plus diffuse.
Puisqu’aucun pays ne peut se passer du PIB de l’industrie automobile, les autorités mettent en place des mesures des taux de pollution qui permettent de temporiser en affichant la volonté de faire quelque-chose. En médecine aussi, les analyses et les radios sont une façon de tuer le temps lorsque l’on ne sait rien faire d’autre…
Ce qui est nouveau par rapport à l’époque d’Alphonse Allais et du smog londonien, c’est que nous sommes passés d’un marché de la demande à un marché de l’offre, avec une financiarisation dominante qui annule toute réflexion d’ordre éthique ou plus simplement logique.
Dans un marché de l’offre, l’écologie offre d’infinies opportunités. La pollution est une aubaine que savent exploiter de nouveaux marchés pleins d’avenir. Celui des purificateurs d’air et en pleine expansion.
On propose déjà des véhicules dotés de purificateurs ou pseudo-purificateurs supposés permettre de rester plus longtemps dans les embouteillages sans s’empoisonner soi-même. De gros purificateurs sont désormais proposés aux écoles, aux établissements publics et aux collectivités territoriales. Les marchands ont toujours su habilement exploiter l’obligation d’affichage éthique du clientélisme démocratique. Le même procédé est utilisé pour promouvoir et faire rembourser des médicaments à des prix exorbitants ; dans ces cas, ce n’est pas l’efficacité (souvent inconnue) qui sert d’argumentaire commercial, mais la compassion obligatoire des autorités.
Nous ne pouvons pas savoir quelle sera l’efficacité sanitaire réelle de ces purificateurs d’air installés dans les rues ou dans les écoles. Par contre, nous pouvons déjà avoir la certitude que leur fonctionnement alourdira notre dette et notre empreinte carbone. D’autant qu’ils contiennent souvent des filtres en cartouches jetables, annonçant un marché de consommables aussi lucratif que celui des cartouches d’imprimante.
Voilà donc un merveilleux marché de l’offre : plus nous installerons de purificateurs d’air, plus nous en aurons besoin.
Bell ML, Davis DL, Fletcher T
A retrospective assessment of mortality from the London smog episode of 1952: the role of influenza and pollution
Environ Health Perspect. 2004 Jan; 112(1): 6–8
DOI : 10.1289/ehp.6539
France 2, 21/10/2019, 20h
Pollution : le marché porteur des purificateurs d'air
https://www.francetvinfo.fr/meteo/particules-fines/pollution-le-marche-porteur-des-purificateurs-d-air_3669525.html
Site médical sans publicité
et sans conflit d'intérêts.
Pathologie - Un de mes fidèles lecteurs, féru comme moi de terminologie scientifique, m’a fait remarquer [...]
Je suis un névropathe électro-dépendant - Comme pour toutes les addictions, je n’ai pas vu venir celle-ci. Je n’ai pas voulu [...]
Scénario de scandale - Les études s’accumulent et les résultats convergent au sujet des risques liés à [...]
Homophobie contre-productive - Classiquement, en biologie, l’évolution des espèces opère au niveau individuel : les [...]
Adage d'hiver - « Un rhume dure une semaine sans soins et 7 jours avec soins ». Les adages sont le vif [...]
L’une des caractéristiques du monde post-moderne est que le fossé entre la théorie et la pratique se soit accentué, au point que la théorie, dans nombre de secteurs, n’a plus rien à dire aux véritables faiseurs du monde, si ce n’est de manière réactive
― Marc Grassin et Frédéric Pochard