humeur du 07/12/2024

En 1839, la guerre de l’opium a illustré la diversité des armes que peut utiliser un pays pour en affaiblir un autre. Les Anglais avaient alors utilisé la corruption, arme redoutable, pour troquer le thé contre de l’opium, autre arme redoutable, qui affaiblissait les soldats et les fonctionnaires chinois.
L’alcool et les drogues ont servi à toutes les colonisations. Le rhum avait déjà été utilisé comme monnaie dans la traite négrière. L’eau de feu avait asservi les Indiens d’Amérique. L’Afrique et l’Océanie avaient reçu maints alcools modérateurs de rébellion. La corruption n’étant que l’huile de ces rouages
La consommation rituelle de drogues est un invariant culturel, ainsi que les anthropologues nomment un comportement qui a toujours existé dans toutes les sociétés et cultures. Ces rites sont faciles à dévoyer en récréations et addictions. Les conquérants n’ont pas eu de difficultés à anticiper le mal que feraient ces divers alcools sur leurs ennemis, après en avoir constaté les effets sur leurs propres soldats. Les marchands ont mesuré l’opportunité commerciale des addictions. Enfin, nul n’étant plus corruptible qu’un drogué en manque, il n’était pas besoin d’être un stratège de génie pour conquérir des continents.
De nos jours, les drogues se sont largement diversifiées et alimentent de très lucratifs commerces licites ou illicites. L’utilisation rituelle a cédé devant l’utilisation récréative et les impératifs neurophysiologiques de l’addiction. Les marchands actuels ont encore plus de cynisme que les guerriers de l’opium. L’alcool se décline de mille façons pour attirer les plus jeunes. Les tranquillisants qui annulent la volonté et les réflexes sont prescrits par les médecins. Le cannabis est proposé aux femmes enceintes au prétexte de calmer leurs nausées, mais surtout pour capter définitivement la clientèle de leurs embryons. Les opioïdes de synthèse sont remboursés, car la douleur a changé de statut pour devenir une cause nationale.
Le plus connu de ces opioïdes est le Fentanyl que la Chine vend à la tonne aux Etats-Unis où il est devenu la première cause de baisse de l’espérance de vie. Belle vengeance pour les Chinois humiliés par le traité de Nankin qui les avait obligés à céder Hong-Kong et à ouvrir leurs ports aux navires britanniques chargés d’opium.
En 1839, pour se défendre, l’empereur chinois avait fait brûler vingt-mille caisses d’opium. Les Américains ne brûleront pas de caisses de Fentanyl, car ils sont dépendants à la fois de la drogue et du profit. La solution pourrait venir des Chinois qui, voyant se décimer trop rapidement leur clientèle pour d’autres exportations, limiteraient celle du fentanyl. L’équilibre sera toutefois difficile à trouver, car ils doivent préserver tous leurs marchés.
La consommation de drogues n’était jusqu’alors que l’une de nos multiples dérives anthropologiques ; avec la domination du commerce, médical ou autre, elle est devenue une menace vitale sur notre espèce.
Aléas de l’évolution...
| Par catégorie professionnelle | |
| Médecins | 27% |
| Professions de santé | 33% |
| Sciences de la vie et de la terre | 8% |
| Sciences humaines et sociales | 12% |
| Autres sciences et techniques | 4% |
| Administration, services et tertiaires | 11% |
| Economie, commerce, industrie | 1% |
| Médias et communication | 3% |
| Art et artisanat | 1% |
| Par tranches d'âge | |
| Plus de 70 ans | 14% |
| de 50 à 70 ans | 53% |
| de 30 à 50 ans | 29% |
| moins de 30 ans | 4% |
| Par motivation | |
| Patients | 5% |
| Proche ou association de patients | 3% |
| Thèse ou études en cours | 4% |
| Intérêt professionnel | 65% |
| Simple curiosité | 23% |
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Il apparaît que définir la physiologie comme la science des lois ou des constantes de la vie normale ne serait pas rigoureusement exact, pour deux raisons. D'abord parce que le concept de normal n'est pas un concept d'existence, susceptible en soi de mesure objective. Ensuite, parce que le pathologique doit être compris comme une espèce du normal, l'anormal n'étant pas ce qui n'est pas normal, mais ce qui est un autre normal. Cela ne veut pas dire que la physiologie n'est pas une science. Elle l'est authentiquement par sa recherche de constantes et d'invariants, par ses procédés métriques, par sa démarche analytique générale. Mais s'il est aisé de définir par sa méthode comment la physiologie est une science, il est moins aisé de définir par son objet de quoi elle est la science. La dirons-nous science des conditions de la santé ? Ce serait déjà, à notre avis, préférable à science des fonctions normales de la vie, puisque nous avons cru devoir distinguer l'état normal et la santé. Mais une difficulté subsiste. Quand on pense à l'objet d'une science, on pense à un objet stable, identique à soi. La matière et le mouvement, régis par l'inertie, donnent à cet égard toute garantie. Mais la vie ? N'est-elle pas évolution, variation de formes, invention de comportements ? Sa structure n'est-elle pas historique autant qu'histologique ? La physiologie pencherait alors vers l'histoire qui n'est pas, quoi qu'on fasse, science de la nature. Il est vrai qu'on peut n'être pas moins frappé du caractère de stabilité de la vie. Tout dépend en somme, pour définir la physiologie, de l'idée qu'on se fait de la santé.
― Georges Canguilhem