humeur du 08/04/2026

Les médecins, nombreux mais encore minoritaires, qui critiquent le dépistage généralisé des cancers, ne sont pas des êtres insensibles niant les drames que vivent les patients et leurs proches. Ils ne sont pas moins empathiques que les autres, le silence de leurs pleurs est le même que celui de leurs confrères devant une jeune mère mourant d’un cancer du sein. Leur yeux s’humectent aussi quand un enfant meure d’une leucémie. Ils savent aussi bien que les autres, tenir la main des agonisants, jeunes ou vieux, qui succombent à ce fléau. Ils ont appris comme les autres à encourager et accompagner ; ils utilisent, eux aussi, tous les moyens disponibles pour ralentir les métastases, diminuer les douleurs ou apaiser les angoisses. Ce ne sont pas des marginaux contestataires ou d’ignorants narcissiques qui veulent faire entendre leur voix. Ce ne sont pas des misanthropes qui se sentent exclus d’un lobby, d’une académie ou d’une administration.
Ces médecins qui s’interrogent sur le dépistage de masse sont des épidémiologistes et des cliniciens qui évaluent le rapport coût/bénéfice public de cette politique sanitaire. Ils le font avec une calculette de statisticien, car il s’agit exclusivement d’un problème de santé publique, et non de santé individuelle.
Ces médecins n’ont aucun argument valide à opposer à un médecin convaincu que le dépistage a sauvé la vie de tel patient. Ils n’ont pas davantage d’argument à opposer à une personne convaincue qu’un dépistage aurait empêché la mort d’un proche. Mais leurs opposants, eux non plus, n’ont aucun argument, car aucune science biologique ne peut décrypter la physiopathologie et la chronologie d’un processus cancéreux chez un patient donné, son aggravation soudaine, ses rémissions, ses accélérations ou sa guérison spontanée, tant les facteurs individuels et environnementaux sont innombrables.
La science clinique du cancer individuel existe, le dépistage individualisé existe dans de rares cas tels que le gène BrCa1, mais – pardonnez-moi cette grossièreté – il ne pourra jamais exister de science individuelle du dépistage généralisé.
Puisqu’il s’agit irrévocablement de santé publique, ces médecins utilisent des outils de santé publique comme le critère de guérison. On ne peut pas être « guéri » d’un cancer dépisté. Inversement, un cancer clinique peut être guéri ou en rémission. Les cancers cliniques bénéficient des grands progrès thérapeutiques, médicaux ou chirurgicaux. Ces progrès sont d’ailleurs un biais supplémentaire de l’évaluation des dépistages généralisés.
Loin de l’inconscience dont les affuble la médecine démagogique, ces médecins ont une science qui, bien que parcimonieuse, a parfaitement compris l’antinomie médicale entre « dépistage » et « prévention ». Ils connaissent mieux les réalités budgétaires, et savent estimer le nombre de vies gagnées, en utilisant l’argent d’une politique inutile, court-termiste et anxiogène pour une autre, optimiste et de long terme.
| Par catégorie professionnelle | |
| Médecins | 27% |
| Professions de santé | 33% |
| Sciences de la vie et de la terre | 8% |
| Sciences humaines et sociales | 12% |
| Autres sciences et techniques | 4% |
| Administration, services et tertiaires | 11% |
| Economie, commerce, industrie | 1% |
| Médias et communication | 3% |
| Art et artisanat | 1% |
| Par tranches d'âge | |
| Plus de 70 ans | 14% |
| de 50 à 70 ans | 53% |
| de 30 à 50 ans | 29% |
| moins de 30 ans | 4% |
| Par motivation | |
| Patients | 5% |
| Proche ou association de patients | 3% |
| Thèse ou études en cours | 4% |
| Intérêt professionnel | 65% |
| Simple curiosité | 23% |
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La biomédecine a déplacé l’obsession diagnostique de plus en plus en amont dans le cours de la vie, chez des personnes ne présentant aucun symptôme. [...] L’obsession diagnostique et la technologie ont progressivement conduit la biomédecine à estimer que les signes paracliniques ont un potentiel de morbidité supérieur à celui des symptômes. Il devient ainsi licite de traquer ces signes paracliniques, le plus tôt possible, sans attendre des symptômes qui deviennent alors la preuve d’un retard diagnostique.
― Luc Perino