lucperino.com

Les habits neufs de la délinquance

humeur du 26/10/2015

Franz Joseph Gall, fondateur de la phrénologie, prétendait établir les traits de caractère et les facultés mentales des hommes par la forme et les reliefs de leur crâne. Les yeux exorbités, certainement repoussés par un important volume cérébral, signaient une intelligence supérieure. La « bosse des maths », tout aussi illusoire, subsiste dans le langage courant, comme ultime témoin de ces extravagances. Ce neuroanatomiste réputé utilisait brillamment les parures de la science pour habiller ses idées.

Quelques décennies plus tard, il inspira Cesare Lombroso. Ce médecin légiste du XIX° siècle est resté célèbre pour avoir écrit plusieurs thèses sur la physiologie héréditaire de la délinquance et la morphologie des criminels. Il prétendait pouvoir identifier les criminels par l’examen clinique au moyen de divers signes et symptômes établis par lui-même, tels que les tatouages et l’épilepsie.

Les épileptiques n’en étaient pas à leur première stigmatisation, puisqu’après avoir été des suppôts de Satan, ils devenaient des criminels-nés.

Malgré l’habillage scientifique de ses propos, Lombroso ne faisait que relater les impressions générales et grégaires d’un populisme récurrent. On pensait à cette époque que la majorité des facultés et comportements s’expliquaient par des diathèses héréditaires liées à la race et à l’appartenance sociale : violence, alcoolisme, intelligence ou même syphilis !

Dans les années 1960, la découverte d’un chromosome Y supplémentaire (syndrome 47,XYY) a promu le chromosome de la criminalité. Puis avec ses parures encore plus flamboyantes, quoique microscopiques et moléculaires, la génétique a proposé plusieurs gènes de la criminalité, ou d’autres plus ou moins triviaux (comme l’on voudra), du romantisme, de l’autisme ou de l’homosexualité. 

Les habits de la génétique, s’usant plus vite qu’on ne l’aurait supposé, la prédisposition à la délinquance a eu de nouvelles garde-robes, en endossant les larges toges de la psychiatrie. C’est alors l’hyperactivité infantile qui, malgré les grandes imprécisions de son diagnostic, est devenu la clé de la délinquance future. Un fameux rapport de l’INSERM proposait un dépistage de la délinquance dès l’âge de 3 ans !

Et voilà que la génétique revient avec les gènes MAOA et CDH13, nouveaux germes de la violence et probablement aussi les nouveaux habits du populisme grégaire.

Mais, il me vient une idée, due à la corrélation de toutes ces fascinantes découvertes phrénologiques, génétiques et psychiatriques avec une augmentation progressive des déviances, délinquances et terrorismes divers. Si cette « épidémie » de violence n’est pas qu’une fausse impression, elle devrait plutôt orienter les recherches vers une cause infectieuse, susceptible de mener à la découverte d’un vaccin qui nous débarrasserait définitivement de la criminalité.

Bibliographie

Phrénologie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Phrénologie

INSERM (groupe d'experts)
Trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent
Les éditions Inserm, 22/09/2005

Lichtenstein P, Halldner L, Zetterqvist J, Sjölander A, Serlachius E, Fazel S, Långström N, Larsson H
Medication for Attention Deficit-Hyperactivity Disorder and Criminality
N Engl J Med. 2012 Nov 22; 367(21): 2006–2014
DOI : 10.1056/NEJMoa1203241

Lombroso C
L'homme criminel
1878

Tiihonen J, Rautiainen MR, Ollila HM, Repo-tiihonen E, Virkkunen M, Palotie A, Pietiläinen O, Kristiansson K, Joukamaa M, Lauerma H, Saarela J, Tyni S, Vartiainen H, Paananen J, Goldman D, Paunio T
Genetic background of extreme violent behavior
Molecular Psychiatry 20, 786-792 (June 2015)
DOI : 10.1038/mp.2014.130

Réécoutez les chroniques médicales

Deux textes sur la médecine clinique

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Un comprimé contre cent kilos de sucre - La consommation annuelle de sucre en Europe en 1830 était de 5 kilos par an et par [...]

Pour les élections, prenez le nouveau médicament - En ces périodes de verbiages politiques, chacun assène sa vérité chiffrée, reprochant à [...]

Recrues obèses - L’armée américaine se trouve confrontée à un problème nouveau et insolite. Le taux très [...]

Souvenirs de Mediator - Le laboratoire Servier a toujours été un brillant marginal. Je me souviens que c’est le seul [...]

Le risque majeur de la polémique vaccinale - La surmédiatisation de la nouvelle souche de virus grippal a eu des avantages. Elle a [...]

La phrase biomédicale aléatoire

Dans le contexte culturel libéral, un positionnement éthique qui revendiquerait explicitement sa prévalence au point de mettre en péril les autres représentations serait immédiatement disqualifié d’un point de vue éthique. Il serait vécu comme un coup de force idéologique trahissant les règles de jeu implicites et tacites de non-agression et de droit à la différence. Le souhait de plus en plus actif de formaliser l’éthique par la forme juridique ou réglementaire, outre le fait de permettre un fonctionnement social, est peut-être avant tout le désir de clore rapidement le débat afin qu’il ne dérape pas.
― Marc Grassin et Frédéric Pochard

Haut de page