humeur du 02/02/2016

Au début du XVIII° siècle, les progrès de la microscopie ont permis de découvrir et de dénombrer les différentes cellules du sang. Ceci a permis de comprendre l’origine de certains cancers de la rate et des ganglions que l’on a nommé leucémies (du grec leukos, blanc, et haima, sang) en raison de l’abondance de globules blancs dans le sang et la moelle.
Puis en constatant qu’un excès de globules blancs pouvait advenir dans la plupart des infections, y compris une angine ordinaire, on a décidé de nommer « hyperleucocytoses » les excès de globules blancs qui n’étaient pas dus à une leucémie. Sage décision qui a permis d’éviter une confusion entre angine et leucémie, susceptible d’alarmer les patients, à la lecture d’une simple analyse de sang !
Une soif abondante et un excès d’urines caractérisaient cette antique maladie de « l’eau qui traverse le corps » que les grecs nommaient « diabainen » (qui passe au travers) et qui a donné « diabète ». Certains patients avaient l’urine sucrée tandis que d’autres avaient l’urine insipide. Les médecins goûtaient l’urine pour faire la distinction, mais cela ne servait à rien, car nul ne connaissait ni les causes ni les traitements. Puis on a compris que ces deux maladies étaient dues à un manque d’hormone : le diabète sucré résultait d’une carence en insuline et le diabète insipide d’une carence en hormone antidiurétique.
Plus tard, la généralisation des dosages de sucre dans le sang a permis de constater des excès de sucre, sans excès de soif ni d’urines, chez des personnes obèses ou en surpoids ; et, de façon aberrante, on les a nommées diabétiques.
Mais à l’inverse des leucémies, l’erreur ne s’est pas corrigée avec le temps, bien que ces personnes en surpoids n’aient qu’une « hyperglycémie », sans avoir de « diabainen ».
Il a fallu de nombreux réajustement pour tenter de corriger cette ineptie de départ ; on a parlé successivement de diabète gras, de diabète de l’âge mur, de diabète non insulino-dépendant, puis enfin de diabète de type 2, terme encore en usage aujourd’hui chez ces sujets qui n’ont pas le moindre symptôme de diabète.
C’est exactement comme si l’on parlait d’une leucémie de type 2 en cas d’angine.
L’insipide ayant été curieusement négligé dans la numérotation, il reste deux diabètes numérotés qui n’ont strictement rien de commun. Le 1 est une maladie auto-immune rare et gravissime qui commence dans l’enfance et entraîne une mort prématurée en l’absence de traitement. Le 2 est un facteur de risque très courant qui se corrige facilement avec des règles hygiéno-diététique et qui n’entraîne pas de mort prématurée.
Pourquoi deux maladies aussi dissemblables continuent à porter le même nom (on oublie même souvent la référence au numéro 1 ou 2) ?
Quelle autorité pourra corriger une aussi grossière erreur ? Quels lecteurs sagaces auront une idée sur les raisons de sa persistance ?
Boussageon R
Efficacité clinique des antidiabétiques chez les patients diabétiques de type 2
Médecine. vol 9, N° 7, septembre 2013, 298-303
Boussageon R, Boissel JP
Le traitement pharmacologique du diabète de type 2
Médecine. 2009 ; 5(10) : 443-8
Prescrire rédaction
le traitement initial par médicaments du diabète de type 2
Prescrire, septembre 2012
Perino L
Diabète de type 2, une aberration nosographique
Médecine, vol 6, N° 7, septembre 2010, p 331-333
DOI : 10.1684/med.2010.593
Schellenberg ES et coll
Lifestyle Interventions for Patients with and at Risk for Type 2 Diabetes
Ann Intern Med. 2013 : 159:543-551
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Pour un médecin, ne jamais abandonner le diagnostic est l’une des facettes de la compassion. [...] L’agonie reste inévitable, mais la précision du diagnostic en dissimule la fatalité, la lutte pour la survie est vaine, mais la permanence technique en maquille la vacuité.
― Luc Perino