lucperino.com

Alzheimer : preuves de transmission à l'homme

dernière mise à jour le 12/02/2016

Une étude sur la maladie de Creutzfeldt-Jakob a débouché sur d’étonnantes conclusions. C'est la première fois que l’on démontre la transmission à l'homme de protéines bêta-amyloïdes caractéristiques de la maladie d'Alzheimer. Ces protéines auraient été inoculées à l’homme dans les décennies 1960 à 1990 par des injections d'extraits hypophysaires prescrits pour des troubles de croissance.

La découverte de maladies de Creutzfeldt-Jakob secondaires à ces traitements entraîna leur interdiction en 1985.

Mais entre temps, des centaines de patients ont été contaminés et ont développé la maladie après une période d’incubation moyenne de 20 ans. En 2012, 450 cas de maladies de Creutzfeldt-Jakob iatrogènes étaient dénombrés dans le monde, suite à ces traitements hormonaux ou à des interventions neurochirurgicales avec contamination par des prions résistants aux procédures classiques de désinfection.

 

Chez quelques-uns de ces on a visualisé des dépôts de β-amyloïdes par des méthodes d’histologie et d’immunoblotting. Les dépôts dans la substance grise sont identiques à ceux rencontrés dans la maladie d'Alzheimer. Les dépôts dans les parois des vaisseaux sanguins sont identiques à ceux rencontrés dans les angiopathies amyloïdes cérébrales. Par ailleurs, aucun de ces patients n'avait la mutation APOE ε4 prédisposant à la maladie d'Alzheimer. Aucun n’a présenté de signes de maladie d'Alzheimer et l’on n’a pas détecté de protéines tau hyperphosphorylées.

Ces dépôts parenchymateux et vasculaires chez des adultes jeunes, signent une transmission iatrogène de protéines β-amyloïdes par une voie commune à celle des prions et suggèrent que les individus en bonne santé, ainsi exposés, risquent de développer une pathologie iatrogène de type Alzheimer ou angiopathie amyloïde cérébrale.

Cette observation est inquiétante car tous les patients traités pendant ces trois décennies sont potentiellement à risque. Il faut aussi considérer le risque de transmission des β’amyloïdes par les instruments chirurgicaux.

Il est donc important de mieux comprendre le rôle d’une contagion par prions dans les maladies neurodégénératives.

Les pratiques médicales, par leur évolution accélérée, deviennent l’un des facteurs environnementaux de la nouvelle pathocénose.

Bibliographie

Jaunmuktane Z, Mead S, Ellis M, Wadsworth JDF, Nicoll AJ, Kenny J, Launchbury F , Linehan J, Richard-loendt A , Walker AS, Rudge P Collinge J , Brandner S
Evidence for human transmission of amyloid-β pathology and cerebral amyloid angiopathy
Nature, 525, 247–250 (10 September 2015)
DOI : 10.1038/nature15369

Lire les chroniques hebdomadaires de LP

RARE

Site médical sans publicité
et sans conflit d'intérêts.

 

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Cornucopianisme - Un à un, les traits culturels de l’espèce humaine perdent leur statut d’exclusivité sous [...]

Avenir sanitaire et démocratique - Les principales différences entre dictatures et démocraties sont la liberté de la presse, la [...]

LUCA et le Big Bang - Depuis Galilée, qui avait tant agacé nos papes, la vulgarisation de l’astronomie a [...]

Cordon de sécurité - Les essais cliniques concernant des médicaments sont majoritairement biaisés, alors que ceux [...]

Auto-immunité - Les anti TNF font partie des avancées thérapeutiques notables de ces dernières années. [...]

Vous aimerez aussi...

Prévalence anormale de la mucoviscidose - Pourquoi la mucoviscidose a-t-elle une si forte prévalence dans certaines populations. La fibrose [...]

Sagesse alimentaire chez les humains - De nombreux rapports montrent que les animaux sont capables de sélectionner des aliments en [...]

Sélection naturelle pour la métabolisation des médicaments - L'homme moderne a subi diverses pressions sélectives ; dont un éventail de xénobiotiques qui ont [...]

Sommes-nous moins intelligents que nos ancêtres ? - Fin 2013, une équipe internationale avait publié dans la revue Intelligence un article qui [...]

Centromères égoïstes - De nombreux embryons humains meurent in utero en raison d’un excès ou d’un déficit de [...]

Haut de page