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Radio-psychanalyse des actes manqués

humeur du 07/05/2017

Psychiatres ou non, peu de médecins pensent encore aujourd’hui que la psychanalyse ait un rapport quelconque avec une démarche clinique ou scientifique. Ni art, ni science, elle n’est plus que la survivance d’une époque où quelques penseurs audacieux ont envahi les sciences cognitives et l’anthropologie avec une expertise de l’arrogance confinant au génie.

Notre pays est l’un des derniers où elle conserve une certaine vivacité, sous forme d’un commerce lucratif au fonctionnement sectaire. La dérive cognitive de ses ultimes penseurs ne se distingue plus de celle des pires obscurantismes.

Tout son vernis n’a pas encore craqué, et la couche restante continue à séduire certains médias. Des psychanalystes viennent ponctuer régulièrement les commentaires de faits divers ou d’évènements politiques, avec des propos péremptoires qui, comme par le passé, se parent des atours d’une vérité définitive. Qu’on en juge par quelques exemples…

Devant un drame rarissime comme celui d’un enfant décédé pour avoir été oublié dans une voiture en plein été, un psychanalyste a évoqué un « acte manqué », ajoutant l’ignominie à l’impensable. Anathème jeté cruellement sur de pauvres parents déjà délabrés par leur impossible erreur.

L’acte manqué serait l’expression d’un inconscient dont, par définition, on ignore tout. C’est un diagnostic récurrent chéri des psychanalystes. Le contester serait audacieux, car avec leur supériorité kafkaïenne, les psychanalystes ont durablement imposé l’idée que la contestation de leur méthode ou de leur diagnostic était elle-même une expression de cet inconscient pathogène.

Lors de l’affaire DSK, les psychanalystes interrogés n’ont pas manqué d’affirmer que le viol était un acte manqué pour échapper à la présidence de la république, et que la violée avait été trop sidérée pour se défendre et porter plainte immédiatement. Subtil combat d’actes manqués ! Cacophonie d’inconscients ! Les juges, plus pragmatiques ont conclu à la manipulation d’une opportuniste, indemne de coups, et dont le poids et la force musculaire étaient supérieurs à ceux de son agresseur sexagénaire et sans arme.

Plus pittoresque encore, et plus près de nous. Un psychanalyste évoquant la violence de Marine Le Pen, lors du débat du second tour des élections présidentielles 2017, a encore parlé d’acte manqué. Marine Le Pen, inconsciemment toujours, ne souhaitait pas, elle non-plus, accéder à la présidence de la République...

Un psychanalyste ne peut pas trivialement penser que l’héritière d’un parti familial a tout simplement hérité du système d’éducation et des gènes de ceux qui l’ont fondé.

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La phrase biomédicale aléatoire

Le libéralisme moral encourage la rivalité et le mimétisme dans les domaines sociaux : droit de mourir, de procréer, d'adopter, avec pour principe d'être toujours dans l'escalade relationnelle pour être le plus libéral, de ne pas être débordé par plus "branché" que soi, par plus sensible à la victime exposée. Contrarier la "victime" (qui veut mourir, avoir un enfant, changer de sexe, etc.) est signe de régression, la soutenir est signe de progrès. Au fond, satisfaire la victime n'est pas le plus important : l'objet ou le sujet sont généralement instrumentalisés. Ce qui est important, c'est de s'être indigné, d'avoir agi et de pouvoir s'en gratifier devant les autres, fut-ce au prix de la vie de ceux-ci. L'idéal affiché compte moins que l'affichage masquant le sacrifice, indicible mais pourtant bien réel, de la personne décédée, de l'enfant conçu, adopté ou acheté.
― Marc Grassin et Frédéric Pochard

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