humeur du 01/02/2018

On dit qu’un évènement est monofactoriel lorsqu’il a une cause unique. Inversement, lorsque plusieurs facteurs causaux sont identifiables, on parle indifféremment de plurifactoriel, polyfactoriel ou multifactoriel.
Une pierre tombe exclusivement à cause de la gravitation. Mais hormis ces exemples de physique élémentaire, le monofactoriel est rarissime. Dès que l’on aborde les sciences de la vie, le plurifactoriel devient la règle. Même la tuberculose-maladie n’a pas que le bacille de Koch comme cause. Et lorsque l’on aborde les sciences humaines et sociales, l’imbroglio des causes est parfois tel que toute analyse en devient impossible.
On peut alors se demander pourquoi, dans le domaine de la santé, carrefour des sciences de la vie et des sciences sociales, le monofactoriel jouit d’un grand prestige dans le public, et fait l’objet d’une quête effrénée chez les chercheurs.
Les patients veulent connaître la cause unique de leur fatigue, de leur cancer, ou des pleurs de leur nourrisson. Les chercheurs s’acharnent sur le LDL-cholestérol pour expliquer la dégénérescence vasculaire, ou sur le raccourcissement des télomères pour expliquer le vieillissement. Ils en ont le droit, car cette méthode nommée « réductionnisme scientifique » est indispensable à la recherche depuis que Descartes a démontré qu’il faut d’abord comprendre les « parties » pour espérer comprendre le « tout ».
Mais entre ce louable réductionnisme et le monde réel de la santé, le chemin est tortueux et semé d’embûches... Embûches que franchissent sans vergogne les populistes de la communication qui savent à quel point le peuple est subjugué par le mirage de la cause unique.
La prépondérance du monofactoriel caractérise les discours populistes : le pouvoir d’achat baisse à cause de l’Euro, le chômage monte à cause de la mondialisation, la délinquance augmente à cause de l’immigration... Votez pour moi et j’élimine l’Euro, la mondialisation et l’immigration...
Le populisme médical procède exactement de la même façon. Votez pour moi, car j’ai un médicament qui fait baisser le cholestérol et un autre qui rallonge les télomères.
Et ça marche assez bien. Un candidat populiste peut rassembler jusqu’à 25% d’électeurs, voire 50% dans certains grands pays. Une médecine populiste dépasse allègrement ces pourcentages dans de nombreux pays.
Phrénologies du futur - La médecine a longtemps été une pratique incantatoire. Puis, au début du XIXème siècle, [...]
Absolu ou relatif : il faut choisir - Imaginons un médicament qui procure des effets indésirables à 5% des personnes qui le [...]
La surdité change de camp - Après les obus de la guerre et les usines qui ont assourdi nos parents, voici venir le temps de [...]
Maladies en augmentation - Lorsque les épidémiologistes constatent l’augmentation de la prévalence d’une maladie, [...]
Variabilité des critères du dépistage - En 1968, l’OMS établissait la liste des critères du dépistage des maladies, pour tenter [...]
La médecine prédictive qui cherche à identifier des facteurs de risque ne peut être qualifiée ni de publique, ni d’individuelle, mais plutôt d’introvertie. Elle est contre-productive dans la mesure où l’ennemi devient l’individu lui-même en tant que porteur génétique de facteurs de risque. Le corps n’est plus le support des facultés d’être au monde, utilisant ses forces pour contourner ses faiblesses, il devient l’empêchement d’être au monde par une crispation sur ses fragilités internes
― Luc Perino