humeur du 07/10/2018

Les médecins de l’ancienne Egypte considéraient l’hystérie féminine et les sorcelleries qui en émanaient, comme le résultat d’une errance de l’utérus. Par ailleurs, l’ibis, grand destructeur de sauterelles était un oiseau sacré. On comprend alors pourquoi les papyrus médicaux pharaoniques stipulaient de faire entrer par la vulve les fumées d’un ibis de cire placé sur des charbons ardents pour faire revenir l’utérus à sa place. On ignore cependant le nombre de brûlures vulvaires secondaires à cette thérapeutique.
Avec un sens aigu de l’observation, les médecins du XVII° siècle, avaient remarqué que les femmes en cours de grossesse n’avaient plus de règles. Ainsi, lorsqu’une femme enceinte était frappée de quelque fièvre ou fatigue soudaine, l’Académie, déduisant qu’elle devait être « engorgée » par tout ce sang accumulé au fil des mois, conseillait de pratiquer la saignée. La pratique a persisté jusqu’en 1850 et nous ignorons toujours le nombre de femmes et d'embryons victimes de cette théorie.
Plus récemment, dans l’Occident des années 1970, la ménopause, indemne de sorcellerie et d’engorgement sanguin, a été plus savamment considérée comme une maladie, et soignée comme telle. La théorie était aussi sexiste et farfelue que les deux précédentes, mais les progrès statistiques ont ici permis de constater l’augmentation considérable de cancers du sein qui en a découlé.
Aujourd’hui, les progrès des sciences biomédicales et de la statistique, nous permettent de découvrir un nombre de plus en plus importants de maladies auto-immunes dont la plupart touchent essentiellement les femmes. Cette différence peut avoir une composante hormonale, mais elle est plus probablement due aux ajustements immunitaires que la présence d’un embryon « à moitié étranger » impose à sa mère.
En raison, de leur caractère cyclique et de la très grande variété et variabilité de leurs symptômes, ces maladies ont été longtemps classées comme psychosomatiques, et certaines le sont encore. Le mal étant décrété « dans la tête » et non dans le système immunitaire, les femmes ont été victimes des abus thérapeutiques de cette catégorisation psychique. Opiacés, tranquillisants et antidépresseurs continuent d’emprisonner nombre de femmes dans l’addiction.
L’importante féminisation actuelle du corps médical pourrait être un moyen d’atténuer le sexisme lié à notre ignorance biologique ? J’en cultive l’espoir, et j’encourage vivement les plus diplômées et les plus expérimentées de mes consœurs à y travailler avec la rigueur scientifique exigée pour un tel sujet. Et je propose, avec toute la neutralité de genre qui convient, de les accompagner dans ce passionnant exercice clinique.
Académie de médecine
Cancer du sein et THS
Rapport du 18.2.2008
Bardinet Thierry
Les papyrus médicaux de l'égypte pharaonique
Fayard, 1995
Benros ME, Nielsen PR, Nordentoft M, Eaton WW, Dalton SO, Mortensen PB
Autoimmune diseases and severe infections as risk factors for schizophrenia: a 30-year population-based register study
Am J Psychiatry. 2011 Dec;168(12):1303-10
DOI : 10.1176/appi.ajp.2011.11030516
Benros ME, Waltoft BL, Nordentoft M, Østergaard SD, Eaton WW, Krogh J, Mortensen PB
Autoimmune Diseases and Severe Infections as Risk Factors for Mood Disorders. A Nationwide Study
JAMA Psychiatry. 2013;70(8):812-820
DOI : 10.1001/jamapsychiatry.2013.1111
Beral V, Bull D, Reeves G; Million Women Study Collaborators
Endometrial cancer and hormone-replacement therapy in the Million Women Study
Lancet. 2005 Apr 30-May 6;365(9470):1543-51
Davison K
Autoimmunity in psychiatry
Br J Psychiatry. 2012 May;200(5):353-5
DOI : 10.1192/bjp.bp.111.104471
Delévaux I, Chamoux A, Aumaître O
Stress et auto-immunité
La revue de médecine interne, 34 (2013) 487-492
Faure Olivier
Histoire sociale de la médecine
Anthropos Historiques, 1994
Writing Group for the Women's Health Initiative Investigators
Risks and Benefits of Estrogen Plus Progestin in Healthy Postmenopausal WomenPrincipal Results From the Women's Health Initiative Randomized Controlled Trial
JAMA. 2002;288(3):321-333
DOI : 10.1001/jama.288.3.321
Éthique décalée de la FDA - En 2007, la société « 23andMe » commercialisait un test salivaire permettant [...]
Grand pas dans l’histoire des médicaments - Lorsque l’on ignorait la cause des maladies, on essayait d’en soigner les symptômes. La [...]
Refuser la mort peut être mortel - Le confort de vie et les progrès sociaux ont allongé considérablement la durée de vie des [...]
Biais de participation - Une étude sociologique dans les usines électriques Hawthorne a été réalisée dans les [...]
Incidentalomes - Depuis toujours, les hommes ont su définir la « Maladie » selon des critères vécus qui se [...]
Le séisme de l'émancipation a bouleversé collectivement l'intimité de chacun : la modernité démocratique - c'est sa grandeur - a progressivement fait de nous des hommes sans guide, nous a peu à peu placés dans la situation d'avoir à juger par nous-mêmes et à construire nos propres repères. Nous sommes devenus de purs individus, car aucune loi morale ni aucune tradition ne nous indiquent du dehors qui nous devons être et comment nous conduire. De ce point de vue, le partage permis/défendu, qui normait l'individualité jusqu'aux années 1950-1960, a perdu de son efficacité...
Le droit de choisir sa vie et l'injonction à devenir soi-même placent l'individualité dans un mouvement permanent...
Le partage entre le permis et le défendu décline au profit d'un déchirement entre le possible et l'impossible...
Au lieu que la personne soit agie par un ordre extérieur (ou une conformité à la loi), il lui faut prendre appui sur ses ressorts internes, recourir à ses compétences mentales. Les notions de projet, de communication, de motivation sont aujourd'hui des normes.
― Alain Ehrenberg