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La mort est plurifactorielle, même en période de crise

humeur du 11/05/2020

Guerres, famines, épidémies ou chocs climatiques provoquent des pics de mortalité. Lors des guerres, ce sont les jeunes qui paient le plus lourd tribut de cette mortalité. Dans les autres cas, la répartition par tranche d’âge dépend des conditions sociales et sanitaires des pays

Dans les pays à faible niveau sanitaire, les épidémies, famines et chocs climatiques tuent dans toutes les tranches d’âge, avec une prédominance pour les enfants.

Dans les pays développés, le fait que les décès se comptent exclusivement dans des tranches d’âge très élevées signifie une forte probabilité d’atteindre ces grands âges avec comme unique risque, celui, précisément, de l’âge. Les autres facteurs de risque ayant été préalablement éliminés par nos bonnes conditions socio-sanitaires. Donc une surmortalité ponctuelle quasi-exclusive dans le grand âge peut être considérée comme un excellent indicateur sanitaire.

J’avais défendu cette hypothèse dans un article de 2003, au décours du pic de mortalité de la canicule. Je suggérais que la chaleur écrasante et sèche avait joué le rôle de la goutte d’eau (sic) qui avait fait déborder le vase. J’en concluais logiquement que ces 17000 morts excédentaires seraient logiquement « récupérées » en 2004. Mais dans le grand jeu de l’escalade compassionnelle, ces propos avaient été jugés politiquement incorrects.

Lorsque l’ambiance est celle du drame, chaque larme en moins est une barbarie.

Plusieurs démographes ont décrété que cette mortalité supplémentaire serait irrécupérable ; l’un d’eux a même tenté de le prouver en se basant sur les chiffres du premier trimestre 2004. La suite est savoureuse. En 2004, on a compté 43000 morts de moins qu’en 2003. Bien moins que tout ce que j’aurais osé imaginer. Ce bénéfice secondaire a duré jusqu’en 2010, année où la mortalité a enfin rejoint son niveau d’avant la canicule.

Constatons que la canicule a été paradoxalement bénéfique. Nous avons probablement été, par la suite, plus vigilants sur l’hydratation de nos ancêtres et sur le nombre de nos câlins ; diminuant ainsi la pression de plusieurs autres facteurs de risque, innombrables et inconnus, tant la mort est multifactorielle.

Aurons-nous le même étrange bénéfice après le covid19 ? L’hypothèse est recevable à court-terme ; elle est plus osée et plus contestable à moyen-terme, car ce drame se  double d’une grave crise économique. Possiblement bénéfique pour les personnes âgées et les nourrissons par baisse des nuisances environnementales. Possiblement délétère pour les jeunes adultes, par le désordre social et professionnel.

Le cerveau est façonné pour le monofactoriel et prisonnier du déterminisme immédiat. Il nous est très difficile de détacher un évènement de celui qui le précède, particulièrement la mort.  

Nous voulons trouver une cause à l’heure fatale pour en nier la fatalité

Bibliographie

Perino L
Canicule et surmortalité
La recherche, N° 369, Novembre 2003

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La phrase biomédicale aléatoire

Le clinicien n’est ni un vieux nostalgique, ni un attardé technologique, ni un passéiste de la médecine, ni un pessimiste, bien au contraire, il est le meilleur promoteur de la biologie d’homo sapiens.
Aujourd’hui, nous traversons un cap difficile pour les médecins, pour les patients et pour la sérénité de leurs relations. Quoiqu’il advienne, la variabilité individuelle ne cessera jamais comme elle n’a jamais cessé depuis le premier jour de l’évolution des êtres vivants. Les patients auront toujours besoin de rassembler les morceaux de leur identité perdue dans les parcelles de la science et les labyrinthes de la technique. Ils demanderont toujours à être protégés des griffes du marché et de la prédation des sectes. Ils chercheront toujours éperdument leur rationalité individuelle. Seul le clinicien peut les y aider.
― Luc Perino

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