lucperino.com

Ménopause chez les cétacés

dernière mise à jour le 25/11/2023

Chez les orques, le conflit mère-fille peut expliquer l’évolution de la ménopause

 

Une équipe de recherche internationale a découvert que les conflits mère-fille peuvent expliquer pourquoi les épaulards sont l’une des 3 seules espèces connues de mammifères, à connaître la ménopause

L’hypothèse la plus connue était celle de la grand-mère, postulant que ces femelles post-reproductrices partagent des connaissances sur le moment et l’endroit où trouver de la nourriture, ce qui augmente la survie de leur groupe familial.

Cette nouvelle étude a révélé que les mères âgées subissent des coûts beaucoup plus élevés lorsqu’elles sont en compétition pour se reproduire aux côtés de leurs filles. Lorsque les femelles de deux générations se reproduisent en même temps, la mortalité de la progéniture des mères plus âgées est 1,7 fois supérieure à celle de la progéniture des mères plus jeunes.

Les femelles plus âgées sont plus étroitement liées au groupe familial que les femmes plus jeunes. Ce déséquilibre dans la parenté locale entre les mères et leur propre progéniture féminine signifie que les femelles plus âgées ont intérêt à investir davantage dans le groupe familial élargi, tandis que les femmes plus jeunes ont plus intérêt à investir dans la compétition pour la reproduction.

L’une des principales raisons du « conflit reproductif » entre les mères et leur propre progéniture femelle chez les orques épaulards est leur dépendance au partage de la nourriture. Ils se nourrissent ensemble et partagent souvent le saumon entre eux, la progéniture comptant souvent sur la mère pendant des années pour se nourrir.

Les travaux précédents montraient comment les femelles âgées aident, mais pas pourquoi elles arrêtent de se reproduire. Les femelles de nombreuses espèces agissent comme des leaders à la fin de la vie mais continuent à se reproduire. Cette nouvelle recherche montre que les femelles âgées passent par la ménopause parce qu’elles perdent dans la compétition reproductive avec leurs propres filles. 

Cette nouvelle étude est le premier test de l’hypothèse du « conflit reproductif ». C’est une nouvelle pièce clé du puzzle de la vie post-reproductive. Nous pouvons maintenant expliquer non seulement pourquoi les femelles plus âgées vivent si longtemps après la reproduction, mais aussi pourquoi elles cessent de se reproduire en premier lieu.

On est tenté de penser qu’une femme plus âgée transmettra mieux ses gènes en continuant à donner naissance à la fin de sa vie. Mais nos nouveaux travaux montrent que si une vieille femelle épaulard se reproduit, sa progéniture en fin de vie souffre d’être supplantée par ses petits-enfants. Ceci, ainsi que son investissement pour aider ses petits-enfants est génétiquement plus rentable.

L’article conclut que la survie plus faible des veaux des mères âgées ne peut pas être expliquée par l’âge de la mère, car nous n’avons trouvé aucun effet de l’âge de la mère sur la survie de la progéniture jusqu’à l’âge de 15 ans.

La ménopause n’est donc pas un accident, c’est un trait sélectionné à la fois par la coopération et les conflits dans les groupes familiaux.

Bibliographie

Croft DP, Johnstone RA, Ellis S, Nattrass S, Franks DW, Brent LJ, Mazzi S, Balcomb KC, Ford JK, Cant MA
Reproductive Conflict and the Evolution of Menopause in Killer Whales
Curr Biol. 2017 Jan 23;27(2):298-304
DOI : 10.1016/j.cub.2016.12.015

Médecine évolutionniste (ou darwinienne)

Depuis quelques années, le problème de l'antibiorésistance, les progrès de la génomique, la redécouverte du microbiote et la prise en charge de maladies au long cours, nécessitent l'introduction d'une pensée évolutionniste dans la réflexion clinique

Le premier diplôme universitaire intitulé "Biologie de l'évolution et médecine" a été mis en place à la faculté de Lyon en 2016.

Vous aimerez aussi...

Coévolution gènes-culture et ligne Hajnal - La ligne allant de Trieste à St Pétersbourg est nommée ligne Hajnal suite aux travaux de John [...]

Schizophrénie : évolution et théorie de l'esprit. - Il s’agit ici d’illustrer comment une perspective évolutionniste peut [...]

Microbiote et risque cardiovasculaire : rôle du TMAO - Le microbiote n’a pas fini de faire parler de lui. Déjà impliqué dans des maladies aussi [...]

Influence de l’histoire évolutionniste sur la santé et les maladies - Abstract Presque toutes les variantes génétiques qui influencent le risque de maladie ont des [...]

Genre et auto-immunité - L'immunoréactivité accrue chez les femmes est une arme à double tranchant qui offre une [...]

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Histoire trop courte d’Helicobacter - Helicobacter pylori est une bactérie présente dans l’estomac depuis l’origine de [...]

Des ménagères aux patients - Les radios de service public ont su épargner à leurs auditeurs les publicités pour [...]

Espérance de vie et tourisme - Le peuple français se félicitait avec raison d’avoir l’espérance de vie à la [...]

Deux histoires - La première histoire se passe en mars 1970. Un jeune médecin fraichement installé dans un [...]

Les diablogues du coronavirus - Pourquoi y a-t-il de plus en plus de cas ? Parce qu’il y a de plus en plus de [...]

La phrase biomédicale aléatoire

La science, au début de son expansion, se heurtait aux puissances dominantes, l'Eglise, l'Etat. Elle avait alors, de par sa posture historique une portée libératrice, et émancipatrice. Mais à partir du moment où elle triomphe, au XIXème siècle, elle s'institutionnalise et participe, aux formes de la domination sociale. Dès lors, associée à l'innovation industrielle et au développement économique capitaliste, la science perd sa charge critique et conforte les pouvoirs établis, tant idéologiques que politiques.
― Jean Marc Levy-Leblond

Haut de page