humeur du 11/04/2024

Dans une société de droit et de normes, plusieurs professionnels ont la prérogative de rédiger des certificats. L’architecte peut certifier la composition du béton. Le policier peut certifier un refus d’obtempérer. L'ingénieur peut certifier le respect des normes de sécurité. Les certificats des juges et des huissiers trônent au sommet de la probité. Enfin tout citoyen peut certifier sur l'honneur dont on le suppose pourvu.
Beaucoup plus nombreux et disparates sont les certificats médicaux où la gloire, la science, l'honneur et la probité ne sont pas indispensables. Les certificats d'aptitude à la gymnastique ou à la pétanque n'exigent aucune science et ne confèrent aucune gloire. Un certificat d'état de choc émotionnel n'engage ni l'honneur ni la probité.
Fut une époque où un certificat médical pouvait dispenser du port de la ceinture de sécurité en raison d’un asthme ou d'une sensation d'oppression. Cette époque est révolue, car l’asthme et l'angoisse sont devenus compatibles avec la ceinture de sécurité. À une époque plus lointaine, un certificat prouvant l'état d'ébriété d'un conducteur avait été proposé par certains comme une excuse en cas d'accident. Aujourd'hui, le même certificat d'ébriété permet de retirer le permis de conduire à tous les chauffards sujets à diverses addictions. L'addiction est en elle-même devenu l'objet d'un certificat donnant un accès gratuit à tous les soins.
Comment porter crédit à un certificat de bonne santé, alors que sa définition ne cesse de changer au gré de ceux qui définissent les maladies. Être gaucher ou homosexuel ne sont plus des maladies justifiant un certificat. En revanche, les gènes de prédisposition à mille maladies seront demain le support de millions de certificats opportunistes de mauvaise santé.
Ces certificats de mauvaise santé sont devenus très populaires, ils permettent d'obtenir le remboursement d'un billet de train, de théâtre ou de voyage organisé. Ne doutons pas qu'avec la monté des populismes, leur nombre va croître à l'infini.
Le plus précieux de tous est évidemment le certificat d'arrêt de travail qui a évolué lui aussi au gré des définitions des maladies. Si la lombalgie y a longtemps été à l'honneur, on y trouve aujourd'hui pêle-mêle tous les troubles musculosquelettiques, les burn-out et dépressions, les fatigues chroniques, les harcèlements sexuels et psychologiques et tant d'autres misères dont aucun médecin n'oserait contester la véracité.
Avec la réforme des retraites, on peut s'attendre prochainement à un déluge de certificats d'arrêts de travail qui permettront de faire le pont entre l'âge estimé de la retraite et son âge légal.
La rigueur d'un certificat varie selon les professions. Les médecins sont plus souvent confrontés aux limites de leur probité que les ingénieurs, mais l'éthique de ces derniers est confrontée à des budgets plus serrés que celui de la Sécurité Sociale.
La dérision des certificats médicaux
Le Monde, le 16 novembre 1977
Lindholm C, Arrelöv B, Nilsson G, Löfgren A, Hinas E, Skånér Y, Ekmer A, Alexanderson K
Sickness-certification practice in different clinical settings; a survey of all physicians in a country
BMC Public Health. 2010 Dec 6;10:752
DOI : 10.1186/1471-2458-10-752
Richard Talbot
La saga des certificats de non contre-indication (au sport)
FMF 19 juillet 2019
Starzmann K, Hjerpe P, Boström KB
The quality of the sickness certificate. A case control study of patients with symptom and disease specific diagnoses in primary health care in Sweden
Scand J Prim Health Care. 2019 Sep;37(3):319-326
DOI : 10.1080/02813432.2019.1639905
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L’expérience comparative est la condition sine qua non de la médecine expérimentale et scientifique ; autrement le médecin marche à l’aventure et devient le jouet de mille illusions. Un médecin qui essaie un traitement et qui guérit ses malades est porté a croire que la guérison est due à son traitement. Souvent des médecins se vantent d’avoir guéri tous leurs malades par un remède qu’ils ont employé. Mais la première chose qu’il faudrait leur demander, ce serait s’ils ont essayé de ne rien faire.
― Claude Bernard