lucperino.com

Darwin en psychiatrie

dernière mise à jour le 04/08/2016

Un peu de Darwin en psychiatrie

 

L’existence des maladies mentales et surtout leur persistance au fil des siècles semblent poser un problème de compatibilité avec la théorie de l’évolution développée par Darwin. Dans une perspective évolutionniste, rappelle The Canadian Journal of Psychiatry, on peut s’interroger en effet sur les raisons pour lesquelles ces troubles psychiatriques existent et persistent, alors que leurs «porteurs », les patients, n’en tirent (apparemment) aucun bénéfice ni pour eux, ni pour l’espèce humaine. Il est cependant possible que ces troubles mentaux confèrent un certain avantage adaptatif. Par exemple, les allèles concernés par l’augmentation du risque de schizophrénie ou de trouble du spectre autistique peuvent aussi être impliqués dans l’augmentation d’aptitudes en rapport avec l’abstraction, se traduisant notamment par « l’élévation du QI, de la créativité ou du raisonnement mathématique. » Songeons, par exemple, au peintre Vincent Van Gogh ou au mathématicien John Forbes Nash. Schématiquement, dans cette « approche évolutionniste pour guider la recherche » en psychiatrie, on peut concevoir le développement de troubles mentaux existant malgré la sélection naturelle, ou au contraire en raison de cette pression de sélection. Dans le premier cas, on peut noter que les composantes héréditaires de certains traits psychopathologiques complexes et à déterminisme polygénique se maintiennent car l’apparition de mutations délétères est plus rapide que leur élimination par la seule sélection naturelle (balance mutation/sélection). La fréquence de ces mutations est accrue sous l’effet de certains facteurs environnementaux (comme l’endogamie, de graves carences alimentaires chez la mère ou un âge paternel élevé).

 

Des bénéfices parfois cachés

Dans le second cas, des troubles persistent au contraire du fait de la sélection naturelle, car la nature doit « trouver le meilleur compromis pour assurer la propagation du matériel génétique », défavorable dans tel type de trouble, mais probablement favorable pour prévenir un autre problème. Par exemple, si l’anxiété et les phobies peuvent se révéler très invalidantes, leur existence à dose modérée est sans doute un mécanisme adaptatif pour limiter des comportements imprudents, tant dans le monde ancien (où une confrontation téméraire avec un loup ou un ours pouvait tourner au détriment de l’homme) que dans notre environnement technologique actuel, exigeant une adaptation permanente à une prise de risques calculés, par exemple dans la coexistence entre piétons et automobilistes. Cette idée constitue, en psychiatrie, la transposition du phénomène de « pléiotropie antagoniste » en matière de vieillissement : un avantage adaptatif provisoire se paye par un inconvénient ultérieur (une pathologie), un allèle augmentant la susceptibilité génétique à une maladie mentale pouvant conférer simultanément un bénéfice. Mécanisme voisin, « l’avantage hétérozygote » est d’ailleurs rencontré en médecine somatique, quand les sujets hétérozygotes pour un certain gène y trouvent un avantage adaptatif. Deux exemples sont souvent cités : l’anémie falciforme et une mutation du gène CFTR responsable de la mucoviscidose qui confèrent à leur porteur une vulnérabilité pathologique pour les homozygotes, mais une meilleure résistance génétique pour les hétérozygotes, respectivement au paludisme et à la tuberculose.

Abstract d’Alain Cohen - JIM du 11/05/2016

Bibliographie

Durisko Z, Mulsant BH, McKenzie K, Andrews PW
Using evolutionary theory to guide mental health research
Can J Psychiatry. 2016 Mar;61(3):159-65
DOI : 10.1177/0706743716632517

Médecine évolutionniste (ou darwinienne)

Depuis quelques années, le problème de l'antibiorésistance, les progrès de la génomique, la redécouverte du microbiote et la prise en charge de maladies au long cours, nécessitent l'introduction d'une pensée évolutionniste dans la réflexion clinique

Le premier diplôme universitaire intitulé "Biologie de l'évolution et médecine" a été mis en place à la faculté de Lyon. Voir ICI

Écoutez les chroniques médicales

Vous aimerez aussi...

Évolution récente de la morphologie de l'homme. - Microévolution de la morphologie humaine et son impact médico-social. [...]

L’accroissement de la complexité : première loi de la biologie. - Abstract du livre de McShea et Brandon. Les auteurs prétendent que la tendance à [...]

Relations entre allergies et helminthes - L’allergie ou atopie est caractérisée par une augmentation des anticorps IgE qui ont une haute [...]

Urbanisation : lèpre et tuberculose. - Un lien certain existe entre l’urbanisation et certaines maladies. Mais ce [...]

La pilule modifie le choix du partenaire - Abstract Les préférences de choix du partenaire varient selon le cycle menstruel aussi bien pour [...]

La phrase biomédicale aléatoire

Ce n'est pas parce qu'il est tombé malade que l'homme meurt ; c'est fondamentalement parce qu'il peut mourir qu'il arrive à l'homme d'être malade. Et sous le rapport chronologique vie-maladie-mort, une autre figure, antérieure et plus profonde est tracée, celle qui lie la vie et la mort, pour libérer en surplus les signes de la maladie.
― Michel Foucault

Haut de page