dernière mise à jour le 22/02/2025
Les nausées, vomissements et hypersalivation de début de grossesse sont un problème fréquent et très handicapant dont les mécanismes restent mystérieux.
En se basant sur l’observation de phénomènes équivalents chez certains mammifères, la médecine évolutionniste a suggéré qu’il pourrait s’agir d’un reliquat de l’évolution. Il y aurait eu un mécanisme adaptatif ancestral destiné à limiter l’absorption d’aliments potentiellement toxiques pour le fœtus en cours de grossesse. Il y aurait ainsi une recrudescence des perception gustatives et olfactives en début de grossesse. Précisément pendant le premier trimestre, période où le fœtus est le plus sensible aux microbes, virus, et divers produits toxiques (les plus récents étant les médicaments).
Une travail de Swallow en 2005 a contredit cette hypothèse. Il l’a testée objectivement cette hypothèse dans le cadre d’une étude transversale incluant 55 femmes enceintes, 42 volontaires non enceintes, et 48 hommes. La susceptibilité olfactive était testée sur 6 odeurs standard dont 3 étaient associées à des composants potentiellement toxiques. Les femmes enceintes ont différencié les odeurs ordinaires de celles en rapport avec des substances toxiques avec la même efficacité que les femmes non enceintes et les hommes.
La capacité à différencier les odeurs en provenance de substances potentiellement dangereuses pour la santé est bien réelle, mais il n’y a pas de différence entre les 3 groupes testés.
Les nausées et vomissements de la femme enceinte ne seraient donc pas en rapport avec une modification des perceptions olfactives.
Cette étude semble donc contredire l’hypothèse évolutionniste de modification des propriétés olfactives de la femme enceinte.
L’auteur en conclue qu’elles ne constituent donc pas un mécanisme de défense contre l’absorption de substances potentiellement toxiques.
Les défenseurs de la thèse évolutionniste peuvent objecter à raison qu’un processus de défense pourraient reposer sur d’autres mécanismes que la seule perception olfactive. Peut-être gustative, gastrique, voire des mécanismes plus complexes et plus subtils, hormonaux ou autres, comme l’évolution sait en concocter avec patience.
Le débat reste donc ouvert.
Note de Luc Perino : nous avons la preuve aujourd'hui, 20 ans plus tard, que le dégoût de grossesse est en relation avec le système immunitaire
Swallow BL, Lindow SW, Aye M, Masson EA, Alasalvar C, Quantick P, Hanna J
Smell perception during early pregnancy: no evidence of an adaptive mechanism
BJOG. 2005 Jan;112(1):57-62
Depuis quelques années, le problème de l'antibiorésistance, les progrès de la génomique, la redécouverte du microbiote et la prise en charge de maladies au long cours, nécessitent l'introduction d'une pensée évolutionniste dans la réflexion clinique.
Le premier diplôme universitaire intitulé "Biologie de l'évolution et médecine" a été mis en place à la faculté de Lyon en 2016.
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