humeur du 21/11/2016

En 1971 en lançant le « National Cancer Act » le président Richard Nixon s’engageait à vaincre le cancer dans les prochaines années. En septembre 2016, l’entreprise Microsoft a fait l’annonce d’un immense programme pour vaincre le cancer, dans le cadre de son grand plan promotionnel basé sur le transhumanisme et sa fantasmagorie. Poussant plus loin dans l’annonce, l’entreprise Facebook vient de proposer un plan d’éradication de la totalité des maladies avant 2100.
On peut sourire de l’optimisme grivois, de l’altruisme flamboyant, du romantisme populaire ou de l’aplomb cynique de ces marchands et démagogues ; mais reconnaissons volontiers qu’ils suscitent et financent la recherche.
On peut leur reprocher de faire des promesses intenables, sans jamais analyser le ratio des résultats sur les promesses. Ils nous rétorqueraient avec raison que les progrès ne cessent jamais et qu’il faut exiger beaucoup pour obtenir peu.
On peut leur opposer la froide rigueur de la science qui prend le temps d’observer et de constater avant de spéculer, alors qu’ils ne prennent aucune précaution dans leur fuite en avant.
Pourtant, à y regarder de plus près, la science et le marché procèdent de la même façon. Tous deux induisent, expérimentent, analysent et déduisent. La différence tient aux objets de ces inductions et déductions.
La science analyse l’objet « cancer » et cherche constamment à le redéfinir. Le marché analyse l’objet « impact du cancer sur les esprits ». La science analyse le paradoxe entre la diversité constante des maladies et l’augmentation régulière de l’espérance de vie. Le marchand observe que l’augmentation de l’espérance de vie exacerbe la demande de soins.
Cette différence d’objet confère une grande supériorité au marché, car il atteint presque toujours son but. Dans vingt ou trente ans, Microsoft et Facebook bâtiront un nouveau plan promotionnel identique au premier, en constatant le succès de l’investissement passé et la permanence de la demande. Les scientifiques relativiseront les échecs et les succès pour développer de nouvelles façons de penser.
Cessons là cette théorisation abstraite, car en matière médicale, la dichotomie n’existe plus, la science, la démagogie et le marché travaillent ensemble depuis plus d’un siècle. Ne nous en plaignons pas, puisque l’ensemble n’a pas trop mal fonctionné.
Il nous faut pourtant encore plus de vigilance scientifique, car une nouvelle réalité est en train d’apparaître. Parmi les pays développés, c’est dans celui de Facebook et de Microsoft que l’espérance de vie devient la plus faible, que le niveau cognitif régresse le plus vite et que le rêve du transhumanisme échoue le plus lamentablement.
A l’heure où le créationnisme entre à la Maison Blanche, et même si le marché médical a un bel avenir, pour eux comme pour nous, ne faut-il pas s’inquiéter que leur science marchande pénètre notre santé après avoir échoué pour la leur ?
Liste des pays par espérance de vie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_esp%C3%A9rance_de_vie
AFP
Le patron de Facebook donnera 3 milliards de dollars contre les maladies
AFP, 21/09/2016
Dong X, Milholland B , Vijg J
Evidence for a limit to human lifespan
Nature 538, 257–259 (13 October 2016)
DOI : 10.1038/nature19793
Nixon Richard
National cancer act of 1971
USA administration
Site médical sans publicité
et sans conflit d'intérêts.
Sociologie du dépistage - D’après les méta-analyses les plus récentes, le dépistage du cancer du sein [...]
Refuser la mort peut être mortel - Le confort de vie et les progrès sociaux ont allongé considérablement la durée de vie des [...]
Du protège-lame au gilet jaune - De nombreux accidents domestiques et de travail ont jalonné l’ère industrielle. L’alcool [...]
Une impossible aumône - Chaque année, en France, 15 000 tonnes de médicaments non utilisés sont rapportées aux [...]
Pathologie - Un de mes fidèles lecteurs, féru comme moi de terminologie scientifique, m’a fait remarquer [...]
Comment réconcilier ces deux philosophies de la vie : la vision de la médecine qui cherche à préserver la vie même en érodant sa qualité, et celle d'une existence ordinaire, à la fois fragile et source d'épanouissement ? Voilà sans doute le dilemme éthique le plus profond et le plus subtil que nous ayons à résoudre.
― Leon R. Kass