humeur du 05/08/2026

En 1976, dans un village perdu au fond de la forêt gabonaise, un praticien avait affiché devant la porte de sa case. « Clinique indigène. Hommes-sur : entrez. N’est pas sur, n’entrez pas ! ».
Cette étrange plaque, ses fautes d’orthographes et son énigmatique point d’exclamation, m’ont incité à prendre une photo, teintée de relents colonialistes.
Plus tard, débarrassé de ces relents, j’ai cherché à comprendre ce qu’était un « homme sûr » pouvant consulter ce médecin indigène et un « homme pas sûr » auquel l’entrée était interdite. Il m’a fallu encore de nombreuses années pour comprendre l’évidence.
Cette affiche résumait très intelligemment l’essentiel de la relation de soin. En excluant d’emblée, ceux qui ne lui faisaient pas une totale confiance, ce médecin évitait les échecs et les pertes de temps. Quant au point d’exclamation, plus difficile à interpréter, il remplaçait probablement tous les mots qu’il faut pour disserter sur l’effet placebo dont ce praticien avait parfaitement compris la puissance illimitée.
Les énormes progrès accomplis par les sciences biomédicales me donnent encore le droit de sourire en retrouvant cette vieille photo. Pourtant, l’effet placebo reste, de très loin, le plus puissant de tous les effets thérapeutiques. La foi en son cancérologue a un effet plus puissant que l’effet pharmacologique des chimiothérapies, la foi dans le médicament labellisé est plus puissante que celle de sa chimie.
Mais la grande suprématie du placebo se manifeste aussi dans notre pays par de nombreuses plaques de praticiens encore plus photogéniques que celle dont je viens de parler. « Luxopuncture et remodelage corporel ». « Régression holistique dans les vies antérieures ». « Psychogénéalogie ». « Magnétisme et géobiologie ». « Régression spirituelle entre les vies ». « Praticien en réflexes archaïques ». « Reiki et soins énergétiques ».
Néanmoins, il serait élitiste de penser que les plus perméables à l’effet placebo appartiennent à des classes sociales défavorisées, qu’ils manquent d’éducation ou qu’ils ont une fragilité psychologique. Bien au contraire, les personnes à niveau d’étude élevé utilisent davantage les médecines alternatives. Les candidats à l’injection de cellules-souches sont Poutine, Trump ou Xi-Jin-Ping. Ces soins sont évidemment beaucoup plus coûteux et se déroulent souvent en Suisse à proximité des banques. Prescripteurs et consommateurs de placebo doivent auparavant se reconnaître et se coopter. Ils doivent êtres des « hommes sûrs ».
Je déplore cependant qu’aucun de ces nouveaux praticiens, à l’instar du médecin de la forêt gabonaise, n’ait ajouté un point d’exclamation à la fin de sa plaque professionnelle. Manque de courage, manque d’honnêteté ou plus simplement manque de bon sens.
Alvarez-Nemegyei J, Bautista-Botello A, Dávila-Velázquez J
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Pseudo-médecines et pseudo-sciences : le phénomène éludé de l’entrisme
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The relationship between use of complementary and alternative medicine and health literacy in chronically ill outpatient cases: a cross-sectional study in southeastern Iran
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Troisi A
The concept of alternative strategies and its relevance to psychiatry and clinical psychology
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| Par catégorie professionnelle | |
| Médecins | 27% |
| Professions de santé | 33% |
| Sciences de la vie et de la terre | 8% |
| Sciences humaines et sociales | 12% |
| Autres sciences et techniques | 4% |
| Administration, services et tertiaires | 11% |
| Economie, commerce, industrie | 1% |
| Médias et communication | 3% |
| Art et artisanat | 1% |
| Par tranches d'âge | |
| Plus de 70 ans | 14% |
| de 50 à 70 ans | 53% |
| de 30 à 50 ans | 29% |
| moins de 30 ans | 4% |
| Par motivation | |
| Patients | 5% |
| Proche ou association de patients | 3% |
| Thèse ou études en cours | 4% |
| Intérêt professionnel | 65% |
| Simple curiosité | 23% |
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Ce n'est pas seulement la théorie qui pose problème avec la psychanalyse. Les théories fausses peuvent toujours être jetées au panier si les méthodes sous-jacentes restent saines. La faillite la plus grave de la psychanalyse tient à son rejet éhonté de la méthode scientifique. Une discipline dépourvue de méthode pour s'autocritiquer et se rectifier dérive inévitablement d'un système de croyance pseudo-scientifique à un autre. Voilà, à mon avis, l'héritage le plus tragique que Freud nous ait laissé.
― Frank J. Sulloway