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Lombalgie, sciatique et cruralgie

dernière mise à jour le 14/06/2014

I / Les mots et les faits

  • Vertèbres lombaires : elles sont au nombre de cinq, situées entre la dernière vertèbre dorsale et le sacrum.
  • Lombalgie : douleur au niveau des vertèbres lombaires et de leurs articulations avec le dos et le sacrum.
  • Lombalgie commune : lombalgie qui n’est pas secondaire à une autre cause (tumeur, fracture, arthrite inflammatoire, etc.)
  • Les lombalgies communes représentent 95% des lombalgies, et même plus chez l’adulte jeune.
  • Lombalgie aiguë : douleur de moins d’un mois.
  • Lombalgie chronique : douleur de plus de 3 mois ou plus de deux fois par an.
  • Disque intervertébral : cartilage situé entre deux vertèbres, favorisant leur articulation.
  • Hernie discale : lorsque le disque intervertébral fait saillie en dehors des vertèbres, comme s’il en était « expulsé ».
  • Articulation vertébrale : comme pour toutes les articulations, il existe des tendons ou ligaments (le plus important est le ligament postérieur), et des muscles (les plus importants sont les paravertébraux).
  • Plusieurs racines de nerfs sortent de la moelle épinière au niveau des vertèbres lombaires (les plus importants sont le nerf crural et le nerf sciatique)
  • Radiculite : irritation et douleur d’une racine d’un nerf (les deux plus fréquentes radiculites lombaires sont la sciatique et la cruralgie). Les médecins emploient parfois les termes de lomboradiculalgie ou de lomboradiculite.
  • Lumbago (ou lombago) : lombalgie aiguë de courte durée, sans radiculite.

II/ Combattre les idées reçues

  • Il n’y a pas de lien particulier entre, d’une part, la taille, le dos trop cambré ou trop plat, la (soi-disant) différence de longueur des jambes, les scolioses légères, et, d’autre part, les lombalgies. Elles ne sont ni plus ni moins fréquentes chez ces personnes.
  • La pratique de tout sport (sans excès et adapté) n’est pas un facteur de risque.
  • L’intensité des douleurs a très peu de rapport avec les éventuelles lésions constatées à l’IRM ou au scanner.
  • La taille d’une hernie discale a peu de rapport avec l’intensité des radiculites.
  • Dans les lombalgies aiguës, le repos n’est pas nécessaire ; il ne diminue ni l'intensité, ni la durée de la douleur. (Sauf travail de force, évidemment !)

III/ Les idées-forces

  • Les trois-quarts des humains ont au moins une lombalgie au cours de leur vie. Cette fréquence, très élevée, est le résultat de l’évolution qui a conduit l’homme à se tenir et à marcher debout. Nous pouvons presque dire que les douleurs lombaires font partie de la condition humaine.
  • Les lombalgies (avec ou sans radiculite) sont la première cause d’arrêts de travail.
  • Le stress, le tabac, la grossesse, la manipulation de charges lourdes, la musculation intensive, sont des facteurs d’aggravation.
  • L’aspect psychosocial de cette pathologie est très important. Comme pour toutes les douleurs, il y a un lien très fort entre l’insatisfaction au travail, le profil psychologique, l’éducation, les problèmes de couple, les conflits médico-légaux, le mode d’assurance, etc., et le niveau de douleur et/ou d’invalidité.
  • Environ 10% des lombalgies deviennent chroniques et donnent lieu à indemnisation. Le coût est très élevé pour la solidarité nationale (2 milliards d'euros par an !).

IV/ L'espace d'éducation et de progrès

  • Les lombalgies communes sont sans gravité et ne nécessitent pas d’intervention chirurgicale, même en cas de grosse hernie discale.
  • Les deux cas principaux où l’intervention chirurgicale est nécessaire sont :
    • Le syndrome dit de la « queue de cheval » : apparition de troubles sphinctériens (urinaires ou anus), de troubles sensitifs (au niveau du périnée).
    • Une radiculite avec paralysie véritable.
  • Le canal lombaire étroit est une anomalie constatée à l’IRM. Il nécessite une surveillance particulière, car il peut provoquer un syndrome de la « queue de cheval ».
  • Les antalgiques (antidouleurs) et anti-inflammatoires peuvent être utiles pendant quelques jours dans les lombalgies aiguës. Mais ils n’ont aucun intérêt dans les lombalgies chroniques, et ne changent rien à l’évolution de la maladie.
  • Les antidépresseurs, la phytothérapie, l’acupuncture, les tranquillisants, la vitamine B12, les infiltrations de corticoïdes, sont parfois utilisés dans les lombalgies chroniques. Les résultats sont très inégaux, et toujours très controversés.
  • Les massages et la réadaptation sont souvent utiles, mais il faut éviter les manipulations vertébrales répétées.
  • La chirurgie (discectomie) ou la destruction externe du disque (nucléolyse) sont nécessaires en cas de syndrome de la « queue de cheval » ou de paralysie. (Parfois aussi, lorsqu’une douleur insupportable résiste à des semaines de morphine. Sciatique hyperalgique, par exemple).

V/ Radio trottoir des erreurs quotidiennes

  • Le radiologue m’a dit que mes jambes n’avaient pas la même longueur. (Cela n’a aucune importance, et ne nécessite aucune correction. Une talonnette risque même d’aggraver les douleurs.)
  • Certains me disent de me reposer ; d’autres, non. Je voudrais savoir. (C’est le repos absolu au lit qui est déconseillé. En cas de lombalgie aiguë, il est préférable de ne pas trop modifier ses activités quotidiennes. Sauf si vous êtes maçon, mineur de fond ou marin pêcheur ! Ou que vous êtes en train de repeindre tout votre appartement !)
  • Mon médecin ne veut plus me faire d’IRM pour voir où en est ma hernie. (Lorsque le diagnostic de lombalgie commune est fait, il ne sert à rien de faire de nouvelles IRM pour suivre l’évolution de la maladie ! Votre médecin vous fera une nouvelle IRM en cas de syndrome de la « queue de cheval » ou de paralysie. Heureusement, très rares.)
  • Je ne fais pas de travail de force, mais mon travail de bureau provoque des lombalgies. (Le travail sur un bon siège ne donne pas plus de lombalgies que les activités de la vie courante. Les lombalgies font partie de la condition humaine. Par contre, le stress, le harcèlement, la dépression, l’insatisfaction, les conflits, le manque de reconnaissance, sont des facteurs d’aggravation de toutes les douleurs, voire de toutes les pathologies.)
  • Les anti-inflammatoires ne me font plus d’effet au bout de quelques jours. (Il ne faut donc plus en prendre. Ce sont des médicaments dangereux au long cours, beaucoup plus dangereux qu’une lombalgie commune. Il faut donc essayer tous les traitements non médicamenteux possibles. Il serait dommage que la médecine vous fasse plus de mal que de bien.)
  • On me dit que je n’ai pas mal et que je fais du cinéma. Pourtant, j’ai une hernie. (C’est une maladresse ou un problème de communication. Un médecin peut juger que cette douleur, si elle est grave pour vous, est sans danger pour votre avenir et votre santé. Cela est différent. Il peut aussi considérer que son action serait plus nuisible qu’utile. D’autre part, il y a très peu de rapport entre la taille d’une hernie et le niveau de la douleur. Il peut y avoir de grosses hernies sans douleurs, et de grosses douleurs sans hernies.)
  • On ne veut pas m’opérer, malgré ma souffrance. (La chirurgie de la hernie discale est pratiquée de plus en plus rarement. S’il n’y a pas de gravité majeure, il faut d’abord essayer toutes les solutions, jusqu’à la solution extrême de l'hospitalisation pour calmer les douleurs.)

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― Virginie Tournay

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