humeur du 26/09/2014

Un jour, me promenant dans un salon de bricolage, je vis un bonimenteur présenter un tournevis imposant dont l’embout était capable de venir à bout de toutes les vis. Belle idée, car la multiplication des types de vis confronte souvent le bricoleur à d’inextricables situations de vissage et de dévissage.
Vis à tête plate ou bombée, à prise fendue, cruciforme, hexagonale ou étoilée, même les vis endommagées, aucune ne pouvait résister à l’emprise de cet embout dont le système de serrage à microbilles imposait un respect théorique. Chaque démonstration du marchand, leste comme un prestidigitateur, amplifiait ma fascination.
Oubliant que ma situation d’amateur du vissage me mettait en position de vulnérabilité, je cédai à cette habile démonstration. Un ami qui m’accompagnait m’assura moqueusement que je retrouverai un jour ce tournevis au fond d’un tiroir sans l’avoir jamais utilisé. Refusant de croire ce briseur de rêve, le soir même, je m’empressai d’essayer le tournevis, tout en constatant que j’étais beaucoup moins habile que le marchand. Peu m’importait alors, l’expertise viendrait avec le temps… Je m’apprêtai à ranger l’objet dans un tiroir adéquat et quelle ne fut pas ma stupéfaction de trouver dans ce tiroir exactement le même objet déposé là auparavant, à une date suffisamment lointaine pour que j’en aie oublié jusqu’à l’existence. Certain que j’étais alors de n’avoir aucun signe précurseur de déficit cognitif !
J’en conclus honteusement que, depuis ce temps, ni mon besoin ni ma naïveté n’avaient diminué, et qu’il n’existe toujours pas de remède miracle contre la candeur et contre la consommation.
Il m’arrive parfois de visiter les placards à pharmacie de certains patients qui me demandent un médicament pour une douleur ou quelque symptôme gênant qu’ils prétendent ne plus pouvoir supporter. J’y trouve toujours le médicament qui les fera patienter jusqu’à l’extinction naturelle du symptôme. Parfois la boîte n’a jamais été ouverte et de courtes enquêtes révèlent que le symptôme avait disparu avant même qu’ils n’arrivent chez le pharmacien, mais ils l’avaient tout de même achetée, au cas où…
Ce gâchis m’agace moins qu’auparavant, probablement par les lassitudes de l’âge, mais aussi à cause d’un certain tiroir de mon atelier qui me rappelle que tout domaine a ses amateurs vulnérables aux boniments.
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