lucperino.com

Angine aiguë

dernière mise à jour le 27/04/2016

I/ Les mots et les faits

  • Pharynx : carrefour des voies aériennes (allant des fosses nasales au larynx) et digestives (allant de la bouche à l’œsophage). Il comprend, entre autres, le voile du palais, les amygdales et l’orifice de la trompe d’Eustache qui le relie à l’oreille. Le mot familier ‘gorge’ est plus souvent utilisé (‘farunx’ signifiait la gorge en grec)
  • Angine aiguë : infection et inflammation du pharynx d’origine virale le plus souvent, mais parfois bactérienne, dont la guérison survient spontanément en quelques jours.
  • Dysphagie : douleurs et difficultés pour avaler. On parle aussi de déglutition douloureuse.  
  • Angine de poitrine : ce mot inapproprié était utilisé autrefois pour désigner une douleur au niveau du cœur (infarctus ou angor). Il n’a évidemment aucun rapport avec l’angine dont nous parlons ici. (Les termes des maladies et des symptômes sont parfois surprenants et trompeurs !)

 

II/ Combattre les idées reçues

  • Les angines à streptocoque A sont les moins fréquentes (10 à 20% des cas, et presque jamais avant l’âge de 3 ans).
  • Les angines à streptocoque A ne sont pas nécessairement plus importantes et plus douloureuses que les autres.
  • La distinction classique entre angine rouge et angine blanche, basée sur l’apparence des amygdales, n’a aucun intérêt pratique et ne donne aucune indication sur l’origine bactérienne ou virale.
  • Le rhumatisme articulaire aigu (RAA), qui était autrefois la complication la plus redoutée de l’angine à streptocoque, a disparu de nos pays.
  • Le traitement antibiotique ne diminue pas le risque très rare de complication rénale.
  • Le seul véritable risque de l’angine est le phlegmon, il est rare et de diagnostic assez facile.  
  • Une angine guérit toujours en moins d’une semaine, même sans traitement. Même les angines à streptocoque A

 

III/ Les idées forces

  • Trois symptômes sont toujours présents dans l’angine :
    • douleur du pharynx (ou mal de gorge)
    • dysphagie (ou déglutition douloureuse)
    • fièvre
  • Trois autres symptômes sont parfois présents :
    • Courbatures
    • Augmentation de volume des amygdales
    • Ganglions dans le cou
  • Les angines à streptocoque A sont les seules qui peuvent donner des complications (phlegmon, néphrite). Mais répétons que ces complications sont très rares
  • Dans les angines à streptocoque A, on constate plus souvent :
    • Une absence de toux (la toux ne se constate que dans les angines virales)
    • Une température plus forte (souvent supérieure à 38,5°)
    • Un ou plusieurs ganglions douloureux dans le cou.
    • Les amygdales augmentées de volume et parfois recouverte d’un exsudat (membrane)
  • Lorsque 3 ou 4 des critères ci-dessus sont présents, surtout chez l’enfant, il s’agit probablement d’une angine à streptocoque A. Le traitement antibiotique n’est pas obligatoire, mais on peut l’envisager dans certains cas particuliers.
  • S’il n’y a aucun de ces critères, ou un seul, il ne s’agit probablement pas d’une angine à streptocoque A.
  • En cas de doute, il existe un test rapide de détection du streptocoque (streptotest) réalisable par tous les médecins en cours de consultation.

 

IV/ Espace d'éducation et de progrès

  • Le traitement est le même pour toutes les angines :
    • Boire abondamment
    • Prendre du paracétamol en cas de forte fièvre ou de douleurs trop gênantes.
  • Les traitements à éviter sont
    • Les antiinflammatoires dont le rapport bénéfices/risque est nul ou négatif
    • Les antibiotiques qui sont inutiles sauf en cas de phlegmon (rare et souvent évident) et chez des malades à antécédents particuliers.
  • Enfin, voici ce qu’il ne faut jamais faire :
    • Des pulvérisations locales ou des pastilles à sucer, car elles comportent plus de risques que de bénéfices et peuvent contenir des produits dangereux
    • Des corticoïdes locaux ou en comprimés
    • De la propolis (produit naturel des abeilles) qui a un rapport bénéfices/risques négatif. (La médecine dite ‘naturelle’ peut être parfois dangereuse !)
  • Dans nos pays, le traitement antibiotique de l’angine n’est plus justifié depuis longtemps, même pour les angines à streptocoque, sauf chez certains malades très particuliers (SIDA et immunodéprimés), ou ayant des antécédents de RAA, ou en cas de phlegmon (exceptionnel)
  • Lorsqu’une angine banale se prolonge par une fièvre qui dure plus d’une semaine, le diagnostic le plus probable est celui de mononucléose, surtout s’il s’agit d’un adolescent ou d’un jeune adulte. Cette maladie (hors de notre sujet) est bénigne, mais elle inquiète parfois, car la fièvre peut durer longtemps et que les ganglions peuvent être gros et nombreux. Elle est due à un virus (Epstein-Barr), donc les antibiotiques sont inefficaces.
  • La scarlatine est une angine à streptocoque avec une éruption cutanée qui existe toujours chez l’enfant, mais qui est toujours bénigne et ne nécessite aucun traitement
  • L’herpangine n’est pas une angine à proprement parler, c’est l’atteinte de toute la bouche par le virus coxsackie A (les lésions ressemblent à l’herpès), cette maladie survient l’été chez l’enfant et atteint parfois les extrémités du corps (syndrome pieds-mains-bouche) (hors de notre sujet)
  • Les angines à herpès virus sont très douloureuses et surviennent avec un herpès buccal.
  • Il existait autrefois deux angines graves et rarissimes (on en parle ici juste pour information)
    • La diphtérie qui a disparu depuis la vaccination
    • L’angine de Vincent qui a disparu avec l’hygiène

 

V/ Radio trottoir des erreurs quotidiennes

  • Mon médecin m’a donné de la cortisone (corticoïdes), car j’avais très mal. (Il a certainement eu tort !)
  • Mon pharmacien m’a vendu des pschitt (pulvérisations locales). (Vous avez eu tort d’aller en demander, et il a eu tort de vous en vendre !)
  • J’ai trop mal, j’ai peur d’avoir un phlegmon. (Le phlegmon est rare, le diagnostic est assez facile, car il se situe d’un seul côté, les ganglions sont gros et douloureux, et l’ouverture de la bouche est difficile)
  • Pourquoi les médecins ont toujours prescrit des antibiotiques pour les angines ? (Probablement car on leur a appris qu’ils servaient à éviter le RAA. On sait aujourd’hui que c’est faux et que le RAA a disparu. Il est probable que les nouveaux médecins n’en prescriront pas ou moins. Il arrive aussi que les patients insistent en pensant qu’ils vont guérir plus vite, et les médecins se laissent influencer…)
  • Pourquoi les médecins ne font-ils pas tous le streptotest ? (Peut-être parce qu’ils n’ont pas ou ne prennent pas le temps de le faire, peut-être aussi parce qu’ils savent que cela ne sert à rien puisque les antibiotiques sont inutiles dans tous les cas !)
  • Pourquoi les médecins parlent souvent d’angine rouge ou blanche ? (Cela correspond à ce qu’ils voient réellement. C’est une vieille habitude qu’ils ont conservé, mais qui n’a aucune signification ni aucun intérêt.)
  • Certains disent que les angines blanches sont dues au streptocoque et que les angines rouges sont virales. (C’est une grosse bêtise. Mais toutes les grosses bêtises ont une histoire ! Cela vient sans doute du fait que les deux angines les plus graves (diphtérie et Vincent), aujourd’hui disparues, avaient des ‘membranes’ blanches déposées sur les amygdales.)

 

 

Bibliographie

Allan Gibofsky
Acute rheumatic fever: Epidemiology and pathogenesis
UpToDate, 2015

Burke RJ, Chang C
Diagnostic criteria of acute rheumatic fever
Autoimmun Rev. 2014 Apr-May;13(4-5):503-7
DOI : 10.1016/j.autrev.2014.01.036

Prescrire rédaction
Angine aiguë
La revue Prescrire, février 2016, 36(388), p 119-122

 

Écoutez les chroniques médicales

RARE

Site médical sans publicité
et sans conflit d'intérêts.

 

Autres fiches patients

Rhume ou rhino-pharyngite - I / Les mots et les faits   La rhinopharyngite est une maladie généralement virale, [...]

Hypertrophie bénigne de la prostate - I / Les mots et les faits Urètre : canal d’évacuation de [...]

Intolérances et allergies au gluten - I/ Les mots et les faits Le gluten est un mélange de protéines combinées avec de [...]

Otite externe - I /Les mots et les faits Otite signifie inflammation ou infection de [...]

Hypertension artérielle - I / Les mots et les faits Systole : moment où le cœur se [...]

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Vaccinations sanitaires et marchandes - Pendant très longtemps, le commerce des vaccins n’a pas répondu aux règles du marché. [...]

Je suis un névropathe électro-dépendant - Comme pour toutes les addictions, je n’ai pas vu venir celle-ci. Je n’ai pas voulu [...]

DSM américain contre psychiatrie française - A chaque sortie d’une nouvelle version du DSM [1], de nombreux psychiatres et [...]

Souvenirs de Mediator - Le laboratoire Servier a toujours été un brillant marginal. Je me souviens que c’est le seul [...]

Soyons scientifiques ou disciplinés ou les deux - Le cancer est un sujet d'une grande gravité, c'est pourquoi il ne peut supporter la [...]

La phrase biomédicale aléatoire

Et voici, hors de toute mesure, l'étendue du domaine clinique. Démêler le principe et la cause d'une maladie à travers la confusion et l'obscurité des symptômes ; connaître sa nature, ses formes, ses complications ; distinguer au premier coup d'œil tous ses caractères et toutes ces différences ; séparer d'elle au moyen d'une analyse prompte et délicate tout ce qui lui est étranger ; prévoir les événements avantageux et nuisibles qui doivent survenir pendant le cours de sa durée ; gouverner les moments favorables que la nature suscite pour en opérer la solution ; estimer les forces de la vie et l'activité des organes ; augmenter ou diminuer au besoin leur énergie ; déterminer avec précision quand il faut agir et quand il convient d'attendre ; se décider avec assurance entre plusieurs méthodes de traitement qui offrent toutes des avantages et des inconvénients ; choisir celle dont l'application semble permettre plus de célérité, plus d'agrément, plus de certitude dans le succès ; profiter de l'expérience ; saisir les occasions ; combiner toutes les chances, calculer tous les hasards ; se rendre maître des malades et de leurs affections ; soulager leurs peines ; calmer leurs inquiétudes ; deviner leurs besoins ; supporter leurs caprices ; ménager leur caractère et commander à leur volonté, non comme un tyran cruel qui règne sur des esclaves, mais comme un père tendre qui veille sur la destinée de ses enfants.
― Charles Louis Dumas en 1807 (Eloge de Henri Fouquet)

Haut de page