lucperino.com

Le grand jeu des caractères sexuels secondaires

humeur du 29/08/2016

L’innovation de la sexualité a été une grande étape dans l’Histoire de la vie dont l’unique but est de se reproduire incessamment. Puis, pour optimiser cette reproduction, l’élaboration des caractères sexuels secondaires a permis à chaque sexe d’évaluer les qualités du partenaire et les chances de succès pour la progéniture. 

Chez Homo sapiens, les aspects culturels ont ajouté plusieurs degrés de complexité sur ces caractères secondaires, agissant dans des directions parfois opposées.
Certains leurres comme le rouge à lèvre ou le vernis à ongles n’ont probablement pas eu de répercussion notable, tandis que d’autres comme les corsets pour accentuer la poitrine ou les crinolines pour valoriser la taille du bassin ont pu provisoirement tromper les géniteurs sur les qualités de la future parturiente.
Lorsque dans certaines sociétés paysannes ou royales, les appariements, arrangés à des fins territoriales ou politiques, n’ont plus reposé sur la sélection sexuelle, il n’a fallu que quelques générations pour qu’apparaissent de graves dégénérescences, dont l’exemple européen le plus caricatural est celui des Habsbourg.

L’amélioration des moyens de transport et les voyages intercontinentaux ont permis d’élargir la palette des attraits, favorisé l’exogamie et assuré un meilleur brassage génétique.
Les parfums et, plus récemment, les déodorants et la pilule contraceptive, pervertissent les odeurs dont on connaît désormais le rôle majeur pour éviter les similitudes immunitaires.
Enfin, la sélection par les nouveaux moyens de communication, comme internet, est une loterie aveugle dont il est impossible de prévoir l’impact sur la qualité des appariements.

L’investissement parental est identique chez toutes les femmes, alors que celui des hommes est souvent corrélé à la certitude de paternité. Pour augmenter cette certitude, toutes les cultures et toutes les époques ont imaginé des moyens allant des plus barbares, comme l’infibulation ou la ceinture de chasteté, aux plus légères, comme divers voiles pour dissimuler les formes, la chevelure ou le visage.

Mais, lorsqu’une femme est appariée à un géniteur défaillant, aucune contrainte culturelle ne saurait entraver sa quête de procréation. Il suffit d’un voile impeccablement ajusté pour accentuer la symétrie du visage dont on sait qu’elle est un attracteur puissant. Il suffit de voir un avant-bras pour évaluer l’épaisseur de la graisse sous-cutanée dans tout le reste du corps. Et lorsqu’un large voile dissimule les hanches ou les seins, il suffit de le mouiller habilement pour que les formes apparaissent avec toutes leurs promesses vitales. Et ces formes ont assurément plus d’authenticité qu’avec la crinoline ou la web caméra.

Bibliographie

Alvergne A, Lummaa V.
Does the contraceptive pill alter mate choice in humans?
Trends Ecol Evol. 2010 Mar;25(3):171-9
DOI : 10.1016/j.tree.2009.08.003.

Cézilly Frank
De mâle en père
Buchet Chastel 2014

Chaix R, Cao C, Donelly P
Is mate choice in humans MHC-dependent ?
PloS Genetics 4:1-5. (2008)
DOI : 10.1371/journal.pgen.1000184

Fernandez-Duque E, Valleggia CR & Mendoza SP
The biology of paternal care in human and nonhuman primates
Annual review of anthropology, 2009, 38:115-130

Langaney André
Le sexe et l'innovation
Point Seuil, 0

Little AC, DeBruine LM, Jones BC
Exposure to visual cues of pathogen contagion changes preferences for masculinity and symmetry in opposite-sex faces
Proc Biol Sci. 2011 Jul 7;278(1714):2032-9
DOI : 10.1098/rspb.2010.1925

Moller AP
La nature préfère la symétrie
La Recherche, 304, dec 1997, p 50-55

Morris Desmond
La femme nue
Calmann - Levy, 2005

Ober C, Weitkamp LR, Cox N, Dytch H, Kostyu D, Elias S.
HLA and mate choice in humans
Am J Hum Genet. 1997 Sep;61(3):497-504

Wedekind C, Furi S
Body odour preferences in men and women: do they aim for specific MHC combinations or simply heterozygosity ?
Proc Biol Sci. 1997 Oct 22; 264(1387): 1471–1479
DOI : 10.1098/rspb.1997.0204

 

Et pour aller plus loin

Si vous n'êtes pas abonné

 C'est ici

INUTILE si vous vous êtes déjà abonné, car vous le restez tant que vous ne demandez pas votre désisncription

Vous aimerez aussi ces humeurs...

N'injuriez pas avec l'anus - En termes évolutionnistes, l’anus est un achèvement parfait. [...]

Même la course à pied - La médecine antique avait observé les mille vertus de l’exercice physique. Depuis, les [...]

Migraine d'un économiste - Ce matin-là, il sifflote, la vie est plutôt belle. Dans sa boîte aux lettres, pourtant [...]

Évolution des épidémies - Lors d’une épidémie, les autorités n’ont pas d’autre choix que celui de la prudence, [...]

Le Ciel inventa la sarcopénie - Récemment, un laboratoire investi dans la vente de compléments alimentaires a inondé les [...]

La phrase biomédicale aléatoire

Tant qu'on fera usage des remèdes composés de la pharmacopée galénique, tant que la routine continuera à dicter aux médecins les formules compliquées d'un plus ou moins grand nombre de médicaments, on ne pourra jamais rien savoir sur leurs véritables propriétés. L'ancienne école de Cos employait des remèdes simples ; elle ne se servait point de ces mélanges informes qui surchargent nos dispensaires ; elle ne mêlait point, dans les mêmes décoctions, une douzaine de plantes qui ne peuvent que les rendre épaisses, visqueuses et dégoûtantes ; elle ne connaissait point les apozèmes compliqés, les tisanes royales ; ces indications multipliées, qui font la base de l'art de formuler, n'existaient pas pour elle ; simple comme la nature dans ses opérations, elle ne présentait aux malades qu'un seul remède, et elle ne les administrait que l'un après l'autre lorsque les circonstances exigeaient qu'on en changeât la nature. Si on ne renonce à ce luxe dangereux, introduit par l'ignorance et la superstition, si l'on tient toujours au mélange d'une base médicaenteuse, d'un adjuvant ou auxiliaire, d'un ou plusieurs correctifs, mélange dont on a fait un art que je ne dois pas craindre de présenter comme illusoire et dangereux, la science restera dans l'état ou elle est.
― François Fourcroy en 1785

Haut de page