humeur du 23/01/2017

Simon va bien, mais sa mutuelle lui a fait faire un check-up et les analyses ont trouvé une augmentation du LDL cholestérol. Il est ému de voir à quel point sa mutuelle se préoccupe de sa santé.
La solidarité, c’est quand même quelque-chose !
Il va demander l’avis de son médecin de famille qui lui conseille de manger moins gras et moins sucré et de marcher au moins une heure par jour. Simon est déçu d’aussi peu de considération pour son cas.
Il va voir un cardiologue qui lui prescrit des statines qui font miraculeusement baisser le LDL cholestérol. Ce spécialiste lui conseille aussi de vérifier son nombre de pas quotidiens en chargeant une « appli » santé sur son smartphone. Il est vrai que le cardiologue a fait dix années d’études au lieu de huit.
Les études, c’est quand même quelque-chose !
Un jour simon a des crampes en marchant. Il va voir son généraliste, car il n’y a pas de spécialiste des crampes. Son médecin lui explique que c’est à cause des statines, il doit donc choisir entre marcher et prendre des statines, entre contrôler son LDL ou contrôler ses pas sur le smartphone. Simon croit percevoir un peu d’ironie, lorsque ce vieux médecin prend la peine de préciser qu’il n’est pas hostile au progrès.
Peu après, en fouillant sur internet, Simon découvre une nouvelle « appli » qui peut enregistrer automatiquement des pas sur un smartphone immobile. Génial. Ce qui fait que Simon pourra se maintenir dans les normes, aussi bien pour son LDL que pour le nombre de ses pas.
La technologie c’est quand même quelque-chose !
Un jour, simon ressent une inquiétante douleur thoracique en regardant un match à la télé, il appelle son vieux médecin, mais celui-ci a pris sa retraite sans trouver de successeur et un répondeur téléphonique lui dit d’appeler le 15. Ce qu’il fait. Aussitôt, toute une équipe médicale arrive dans un fourgon blanc. Simon est vivement impressionné par cet altruisme à gyrophare.
Le progrès social, c’est quand même quelque-chose !
Que les Simon me pardonnent, ce Simon-là est un personnage fictif.
La fiction, c’est quand même quelque-chose !
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La porte du cabinet de consultation s’ouvre. D’emblée, les premiers gestes du patient, avant même que la porte ne soit refermée, ont livré une bonne part des éléments du puzzle qui va se construire. Les mouvements de cet homme ou de cette femme ont déjà une syntaxe qui esquisse la grammaire des symptômes à délivrer. La marche jusqu’à son siège est une préface, un avertissement à l’observateur clinicien, sa cadence est celle du verbe à venir, les hésitations y auront une fréquence identique à celle des pas. L’empathie commence par les mots d’accueil du praticien, les invites à se mettre à l’aise, les mimes d’ouverture sur la scène des phrases… Justement, voilà les premiers mots qui arrivent, avant ou après que le praticien ne se soit assis. Avant : ils informent de leur insignifiance ou d’une certitude de leur faible apport dans le décryptage du cas. Pendant : il faudra y mettre de l’ordre, car le bruit des chaises est un prétexte à leur brouillon. Après : ils vont requérir plus d’attention, voire en exiger s’ils sont très tardifs.
― Luc Perino