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Aubaine de la télémédecine

humeur du 18/02/2018

La télémédecine, littéralement « médecine à distance », date des haruspices babyloniens qui examinaient le foie d’un mouton pour établir le pronostic d’un patient  situé à distance. Quand les cliniciens se sont éloignés du lit (kliné) d’un malade pour faire de la « paraclinique » (analyses, radios, etc.), ils ont fait de la télémédecine. Omnipraticiens et régulateurs de centre 15 font de la télémédecine en décryptant les angoisses et en prodiguant leurs conseils de patience au téléphone. La télémédecine plus moderne n’a rien de très novateur. Lire le résultat d’un scanner interprété en Inde ne change rien au principe du scanner. Un robot chirurgical piloté à distance ne fait rien de plus qu’une thérapeutique répondant à un diagnostic initial. Une consultation par Skype est réaliste, une auscultation du cœur à distance est possible. Il n’est guère que la palpation du ventre qui semble irréductible, mais est-il aujourd’hui un patient ou un praticien qui en accepte le verdict comme définitif ?

Le clinicien traditionnaliste que je suis voit même la télémédecine comme une aubaine pour redonner tout son poids à la réflexion clinique. Imaginez que nous ne perdions plus de temps à interpréter de longues analyses et à en convertir les unités, à établir d’inutiles certificats médicaux pour des assureurs qui pourraient eux-mêmes cocher des check-list, à adapter la posologie d’un anticoagulant ou d’une injection d’insuline qu’un robot peut adapter avec plus de précision, à renouveler des ordonnances pour des maladies chroniques parfois définies par le seul fait qu’il faut justement renouveler les ordonnances.

Imaginez le temps qu’un clinicien libéré de ce stakhanovisme pourrait enfin consacrer à la réflexion clinique individualisée.

Ne nous méprenons pas, la télémédecine est faite pour gérer la part médicale qui lui est adaptée. Les pathologies répondant à la télémédecine ont été conceptualisées pour répondre à une gestion routinière.

La télémédecine est promue par les géants de l’informatique qui en ont évalué le marché ; elle présente l’avantage de la délocalisation géographique qui facilite l’évasion fiscale dont ils sont friands. Mais ce n’est pas notre affaire de médecin que d’évaluer ce que l’État perdra lorsque les cotisations sociales ne lui reviendront plus sous forme d’impôt.

Envisageons simplement notre bonheur de clinicien à consacrer enfin tout notre temps à démêler d’inextricables situations cliniques ou psychosociales, à réévaluer la part du génétique et de l’environnemental, à réinterroger la nature exacte des symptômes, à protéger nos patients des dérives médicales, à supprimer d’inutiles médicaments.

Le clinicien n’est pas fait pour gérer deux paramètres dont chacun a trois ou quatre valeurs possibles, il est fait pour gérer les interactions entre cent paramètres dont chacun à plusieurs gammes de valeurs. Laissons sans retenue la part triviale de notre métier à la télémédecine.

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La phrase biomédicale aléatoire

Freud n'a pas découvert l'idée générale d'inconscient, et tout ce qu'il a développé comme appareil théorique pour penser cet inconscient nous semble erroné.
Freud n'aura-t-il été qu'une plume brillante et inspirée, une incarnation d'un style percutant et imagé à la légendaire clarté et à la force de conviction peu commune ? L'inconscient n'aura-t-il été qu'une illusion sans avenir en ce qui concerne sa valeur scientifique pour nous, neuroscientifiques de l'esprit qui vivons cent après sa formulation ? Freud apparaît en effet comme l'homme qui aura su diffuser dans nos scoiétés l'idée très générale d'une vie mentale inconsciente, mais comme l'homme qui aura échoué dans son grand projet de décentrage du psychisme humain et dans sa tentative de penser consciemment et correctement l'inconscient.
― Lionel Naccache

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