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Chers amis obèses,

humeur du 03/05/2026

Si je vous dis que votre maladie est d’ordre sociétal, vous pouvez penser que je fais mine d’accuser la société pour souligner votre fragilité sociale. Vous auriez à la fois tort et raison. C’est bien la société qui a eu raison de vous, mais vous n’avez aucune responsabilité dans cette défaite, car le mal était fait avant votre maturité sociale et avant la construction de votre libre arbitre. Comme toutes les maladies, la vôtre a des facteurs génétiques de prédisposition, mais le facteur le plus important est éducatif. Hélas, une fois devenu adulte, vous ne pouvez plus faire marche arrière, ni renier une famille où le sucre avait valeur de câlin et où l’hygiène alimentaire était limitée par les difficultés financières.

Nul ne guérit de son enfance, et lorsque l’obésité vous fait trop souffrir, moralement ou physiquement, vous consultez un médecin qui vous conseille d’absorber moins de calories et d’en dépenser plus. Vous êtes déçu ou agacé par ces conseils de calculette, faciles à émettre, et difficiles à suivre. Alors, vous allez chez un nutritionniste qui vous propose un régime dont le degré de sophistication est proportionnel au degré de charlatanisme du prescripteur, mais leurs explications vous semblent encore plus séduisantes qu’un programme électoral. Néanmoins, après dix régimes efficaces à court-terme, votre poids est supérieur à votre poids initial, car aucun n’avait vraiment pris le temps de vous de vous expliquer l’inexorable réalité clinique du « yoyo ».

En désespoir, vous vous rabattez sur les médicaments, dont la communication est moins agaçante que celle des calculettes et plus diabolique que celle des nutritionnistes. Les industriels parviennent à vous persuader qu’il existe des chimies qui régulent l’appétit, réparent l’enfance ou brûlent les calories. Hélas, l’échec est le même à long terme. Tous les médicaments de l’obésité ayant existé à ce jour ont eu un rapport bénéfice/risques négatif. Sans aucune exception.

Cependant, les marchands ne vous lâcheront jamais, car vous représentez un marché de poids, si j’ose m’exprimer ainsi. Leurs dernières trouvailles sont les agonistes du GLP1, ne cherchez pas à savoir ce que cela veut dire, car les explications seront plus diaboliquement séduisantes. Leur chiffre d’affaires annuel s’élève déjà à 80 milliards de dollars, justifiés par des articles publiés dans de prestigieuses revues.   

Les méta-analyses de ces articles concluent à une efficacité à court-terme, comme tous les médicaments précédents. Par ailleurs, des effets indésirables graves sont déjà répertoriés. De toute évidence, ces produits disparaîtront eux aussi, après des milliers de morts, mais assez de bénéfices pour promouvoir un nouveau miracle pharmaceutique.

Chers amis obèses, je n’ai hélas que ma cruelle logique de calculette pour vous aider à réparer votre enfance. Cependant, si je peux vous empêcher de prendre des médicaments qui vous tueront, j’aurai honnêtement rempli une petite partie de mon contrat.

 

Bibliographie

Bracchiglione J, Meza N, Franco JVA, Escobar Liquitay CM, Novik A V, Ocara Vargas M, Lazcano G, Poloni D, Rinaldi Langlotz F, Roqué-Figuls M, Munoz SR, Madrid E
Semaglutide for adults living with obesity
Cochrane Database of Systematic Reviews 2025, Issue 10. Art. No.: CD015092
DOI : 10.1002/14651858.CD015092.pub2

Franco JVA, Guo Y, Varela LB, Aqra Z, Alhalahla M, Medina Rodriguez M, Salvador Oscco EL, Patiño Araujo B, Banda S, Escobar Liquitay CM, Bracchiglione J, Meza N, Madrid E
Tirzepatide for adults living with obesity
Cochrane Database of Systematic Reviews 2025, Issue 10. Art. No.: CD016018
DOI : 10.1002/14651858.CD016018

Meza N, Bracchiglione J, Escobar Liquitay CM, Madrid E, Varela LB, Guo Y, Urrútia G, Er S, Tiller S, Shokraee K, Alvarez Busco F, Solà I, Ocara Vargas M, Novik A V, Poloni D, Franco JVA
Liraglutide for adults living with obesity
Cochrane Database of Systematic Reviews 2025, Issue 10. Art. No.: CD016017
DOI : 10.1002/14651858.CD016017

Prescrire rédaction
Agonistes du GLP1 : effets indésirables graves et interactions médicamenteuses multiples
Revue Prescrire, avril 2026, 46-510, p 273-275

Et pour aller plus loin

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― Marc Grassin et Frédéric Pochard

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