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Anorexie mentale

dernière mise à jour le 15/12/2014

I / Les mots et les faits

 

  • Trouble de conduite alimentaire (TCA) : comportement alimentaire anormal dans le rythme ou la quantité des aliments absorbés. Il y a deux grands types de troubles de conduite alimentaire : la boulimie, l’anorexie
  • Boulimie : fait de manger compulsivement et rapidement de grandes quantités de nourritures. Ce trouble du comportement est fréquent
  • Anorexie : Perte de l’appétit et diminution importante de la quantité d’aliments ingérés. Ce trouble est deux fois moins fréquent que la boulimie.
  • Troubles alimentaires non spécifiés (EDNOS : eating disorders non otherwise specified) : troubles alimentaires divers hors boulimie et anorexie
  • Aménorrhée : absence de règles
  • Anorexie mentale : Trouble psychiatrique grave entraînant des complications physiques liés à la maigreur et presque toujours accompagné d’une aménorrhée.
  • IMC : indice de masse corporelle, également appelé indice de Quetelet. Il se calcule en divisant le poids par le carré de la taille : (poids(kg)/taille²(m). Un IMC est considéré comme normal entre 18 et 25.

 

 

II/ Combattre les idées reçues

 

  • Les anorexies mentales existent aussi chez les garçons (environ 2 cas sur 10)
    • existe chez environ 0,9 % à 1,5 % des femmes.
    • Existe chez environ 0.2 % des hommes
  • Il peut y avoir jusqu’à 20% d’anorexie chez les femmes sportives (surtout les sports à catégories de poids)
  • Il y a 8 nouveaux cas pour 100 000 personnes et par an
  • Il y a 270 nouveaux cas par an pour 100 000 jeunes filles de 15 à 19 ans
  • L’anorexie mentale peut survenir avant la puberté, parfois même assez jeune.
  • L’âge moyen de début est à 17 ans, avec deux pics de fréquence à 14 ans et à 18 ans.
  • L’évolution de l’anorexie mentale est très variable :
    • 45% parviennent à guérir
    • 30% s’améliorent avec quelques rechutes
    • 20% deviennent chroniques et persistent chez l’adulte
    • 5% décèdent. Ce sont les formes graves avec hospitalisation. La moitié par arrêt cardiaque, et 30% par suicide qui est le taux le plus élevé de toutes les maladies psychiatriques.
  • Les abus sexuels ne sont pas une cause particulière d’anorexie mentale. Ils sont retrouvés comme cause de tous les troubles psychiatriques en général.
  • Il n’existe aucune preuve de rôle aggravant des systèmes familiaux dysfonctionnels.
  • Le perfectionnisme et impulsivité ne semble pas plus particulièrement liés à l’anorexie mentale
  • Les enfants ayant un trouble du comportement alimentaire dans la petite enfance n’en auront pas forcément un à l’adolescence.

 

III/ Les idées forces

 

Le diagnostic se fait en réunissant au moins un symptôme des trois premières catégories suivantes :

  • Le poids est l’élément essentiel du diagnostic.
    • Soit un poids en dessous de 85% du poids attendu
    • Soit un poids de 15% inférieur à la normale
    • Soit un IMC < 17.5
  • Autres symptômes liés au poids
    • Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros malgré un poids inférieur à la normale.
    • Fixation personnelle d’une limite de poids à ne jamais dépasser.
    • Altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps
    • Perte de l’estime de soi liée au poids ou à la forme corporelle
    • Déni de la gravité de la maigreur.
    • Evitement de certains aliments supposés faire grossir
    • Utilisation de coupe-faim
  • Aménorrhée : soit au moins trois cycles menstruels consécutifs sans règles.
    • Chez les filles impubères, les règles n’arrivent pas.
    • Des saignements vaginaux peuvent persister en cas de traitement contraceptif
  • Symptômes non obligatoires
    • pratique excessive d’exercices physiques
    • Perte de l’intérêt sexuel
    • Impuissance, chez le garçon
    • Potomanie (absorption de grandes quantités d’eau)
    • Bradycardie (relativement fréquente).
    • Surinvestissement scolaire ou professionnel,
    • Désinvestissement des relations amicales ou sociales,
  • Autres troubles hormonaux non obligatoires
    • Taux élevé d’hormone de croissance (GH)
    • Taux élevé de cortisol
    • Modifications du métabolisme de l’hormone thyroïdienne
    • Anomalies de la sécrétion d’insuline.
  • Symptômes plus rares :
    • Hypothermie
    • hypotension orthostatique
    • Troubles des phanères
      • Lanugo (fin duvet sur tout le corps)
      • Hypertrichose (importante pilosité)
      • Cheveux cassants
    • Œdèmes
    • Acrosyndromes (troubles circulatoires des extrémités, syndrome de Raynaud)
    • Déshydratation

 

  • On distingue deux types d’anorexie mentale
    • Le type restrictif : pas de crise de boulimie, pas de vomissements provoqués, pas de laxatifs, pas de diurétiques
    • Le type purgatif : avec crises de boulimie, et/ou vomissements provoqués, et/ou prise de purgatifs, et/ou prise de diurétiques.

 

IV/ Espace d’éducation et de progrès

 

  • Parfois, l’anorexie survient avant la puberté. Dans ces cas il y a :
    • Arrêt de croissance
    • absence de développement des seins
    • aménorrhée primaire (les règles n’arrivent jamais)
    • Chez les garçons, absence de développement des organes génitaux.
  • Après la guérison d’une anorexie pré-pubère :
    • La puberté se déroule souvent normalement
    • Les règles peuvent réapparaître tardivement.
  • Chez une fille pubère, des saignements vaginaux peuvent persister en cas de contraception hormonale
  • Certains cas plus complexes présentent d’autres symptômes psychiatriques :
    • Troubles dépressifs
    • Troubles obsessionnels ou compulsifs
    • Troubles de la personnalité
    • Hyperactivité
    • Conduites addictives : alcool, tabac, médicaments psychotropes.
    • Automutilation
  • Certains de ces cas comportent un risque vital (5%)
  • Il existe aussi des formes mineures
    • Elles sont deux fois plus fréquentes que les formes complètes
    • Il ne faut pas les confondre avec les préoccupations corporelles qui concernent la moitié des jeunes filles
    • Il ne faut pas les confondre avec des conduites occasionnelles de restriction et de jeûne (été, sport, etc.) qui concernent 25% des jeunes filles.
    • (Il s’agit d’un diagnostic est grave qui ne doit pas être porté abusivement !)
    • Ces formes mineures à l’adolescence représentent cependant un facteur de risque de développer des troubles physiques et psychiques à l’âge adulte (troubles anxieux, symptômes cardio-vasculaires, syndrome de fatigue chronique, douleur chronique, troubles dépressifs, limitation d’activité liée à une mauvaise santé, maladies infectieuses, insomnie, symptômes neurologiques, tentatives de suicide).

 

  • Il est difficile de dire si cette maladie est en progression
    • Le nombre de cas semble être stable chez l’adulte
    • Le nombre de cas aurait doublé depuis 1930 chez les adolescents
    • L’âge de survenue semble être plus précoce
  • Mais il peut simplement s’agir de diagnostics plus fréquents et plus précoces ?

 

  • Cette maladie est multifactorielle, les facteurs de risque sont les suivants :
    • Facteurs génétiques
      • Risque multiplié par dix si un parent est atteint
      • Existence de formes atténuées familiales
      • L’héritabilité est estimée de 58 % à 95 % !
    • Diminution de l’estime de soi
    • Il y a des antécédents d’obésité dans 7% à 20% des cas.
    • Un évènement stressant est un facteur déclenchant dans 70% des cas
    • Un événement de vie négatif dans l’année précédente existe dans 25% des cas
    • Les cas sont à peine plus fréquents dans les familles préoccupées par les régimes.
    • Facteurs socioculturels : publicité, idéal de minceur, mannequins, danseurs, sportifs. (Prédominance dans les pays occidentaux.)
    • Sujets étant contraints à des régimes (diabète type 1, hypercholestérolémie)

 

  • Conséquences dans les formes sévères ou chroniques :
    • Insuffisance cardiaque (50% des causes de décès)
    • Ostéoporose précoce
    • Troubles cognitifs
    • Troubles dentaires en cas de vomissements répétés (caries, déchaussements)
    • Insuffisance rénale en cas de vomissements répétés
    • Suicide (30% des causes de décès)
  • Le dosage de l’hormone de croissance peut servir de marqueur du risque de rechute après une hospitalisation

 

  • Traitement
    • Le plus difficile est de convaincre le patient d’une prise en charge
    • Les associations de patients peuvent être très utiles pour convaincre
    • Sites spécialisée pour trouver de l’aide dans la démarche de soins:
    • Le plus urgent est de restaurer un poids normal
    • Les diverses psychothérapie peuvent commencer lorsque le poids augmente ou cesse de diminuer.
      • Psychothérapie psychodynamique
      • Thérapie cognitivo-comportementale
      • Groupes de parole
    • Il faut éviter l’hospitalisation (sauf en cas de risque vital)
    • Les familles sont souvent le meilleur soutien
    • Aucun médicament n’est efficace
    • La stimulation magnétique transcranienne est encore à un stade expérimental

 

V/ Radiotrottoir des erreurs quotidiennes

 

  • On me dit que mon fils a une anorexie mentale, je croyais que c’était une maladie de fille. (Les filles sont cinq fois plus souvent atteintes, mais cette maladie existe aussi chez les garçons.)
  • Je ne comprends pas, nous sommes une famille sans problèmes et ma fille est très intelligente. (Cette maladie est multifactorielle et peut exister chez les familles sans problème particulier et quel que soit le niveau intellectuel)
  • J’ai fait de l’anorexie quand mon fils était petit et il a lui aussi refusé de manger. (Les anorexies du petit enfant sont très différentes. Cela ne signifie pas qu’il aura une anorexie mentale à l’adolescence.)
  • Ma fille a un IMC à 20 et on me dit qu’elle n’est pas guérie. (Il est possible que dans une phase de rémission avec réalimentation réussie, on n’ose pas parler de guérison, car d’autres symptômes persistent de façon préoccupante.)
  • Mais pourquoi cette maladie est dangereuse pour le cœur, alors qu’il n’y a pas d’excès de poids ? (Parce que l’anorexie entraîne des carences multiples qui sont mauvaises pour le muscle cardiaque.)
  • Il faut l’hospitaliser, car j’ai peur qu’elle se suicide. (Si le risque est vraiment très important, on peut l’envisager. Sinon, il vaut mieux éviter. Les suicides surviennent souvent malgré l’hospitalisation, principalement dans l’année qui suit la sortie d’hôpital. Ils sont hélas très difficiles à prévoir.)

Bibliographie

Prise en charge de l'anorexie mentale
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2010-09/3ebat_fs_famillepatient_anorexie_2209.pdf

Marqueur de rechute dans l'anorexie mentale
http://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-recherche/anorexie-un-nouveau-marqueur-de-vulnerabilite

Anorexie mentale - Actualités Claude Bernard - Texte de référence
http://streams.univ-lyon1.fr/videoStream/streams/lyon1/modules/4466a/web/506e0/Ressources_pedagogiques/REFERENCE/Textes_reference/texte_reference_anorexie_mentale.pdf

Anorexie mentale
http://www.inserm.fr/thematiques/neurosciences-sciences-cognitives-neurologie-psychiatrie/dossiers-d-information/anorexie-mentale

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