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Maladie de Lyme ou borreliose de Lyme

dernière mise à jour le 16/02/2015

Les mots et les faits

  • Acariens : sous-classe d’arachnides de très petite taille
  • Tiques : acariens de l’ordre des ixodida qui se nourrissent de sang
  • Maladies vectorielles à tique : maladies infectieuses, bactériennes ou virales, transmises par la piqûre des tiques.
  • Ixodes Ricinus : tique vectrice, entre autres, de la maladie de Lyme et d’une méningite virale estivale.  
  • Borrelia : bactéries de la famille des spirochètes
  • Borrelia burdorgferi : principale borrelia responsable de la Maladie de Lyme. (En Europe, il y a trois autres borrelia responsables de cas moins sévères.)
  • Erythème chronique migrant : ancien nom de la maladie de Lyme. C’est aussi le premier symptôme présent dans 2/3 des cas
  • Lyme : Ville du Connecticut (U.S.A.) où la maladie, déjà connue, a été décrite pour la première fois avec précision.
  • Sérologie : analyse sanguine permettant de conforter un diagnostic de maladie infectieuse par le dosage des anticorps, lorsque l'on ne peut pas voir directement le germe responsable.

Combattre les idées reçues

  • Les piqûres de tique ne transmettent la bactérie que dans moins d’un tiers des cas.
  • Les personnes infectées par Borrelia ne font pas toutes une maladie de Lyme.
  • La probabilité d’avoir cette maladie après une piqûre est donc inférieure à 20%
  • La maladie de Lyme n’est pas la seule maladie transmise par les tiques, il y en au moins deux autres en Europe et beaucoup plus dans les pays tropicaux.
  • Les tests sérologiques actuels ne permettent pas d’avoir un diagnostic de certitude

Les idées forces

  • Presque tous les mammifères, certains oiseaux et reptiles peuvent être porteurs de borrelia, sans avoir de maladie, ils constituent donc un immense réservoir naturel de ce microbe.
  • La maladie de Lyme n’est pas contagieuse
  • La maladie de Lyme est en forte augmentation pour plusieurs raisons dont on ignore l’importance respective 
    • Réchauffement climatique qui favorise le développement des tiques
    • Diminution des prédateurs de mammifères qui éliminaient les animaux malades
    • Augmentation du nombre de certains petits mammifères (rongeurs)
    • Nouvelles modes d’animaux domestiques
    • Amélioration du diagnostic de la maladie
  • Le nombre de nouveaux cas en France est de 27 000 par an avec de fortes variations régionales. Les taux les plus élevés sont en Alsace, Champagne Ardennes et Franche Comté, les plus bas en Centre, Normandie et Aquitaine.
  • Les principales victimes sont les enfants de 5 à 10 ans, les adultes de 50 à 65 ans, ainsi que les forestiers et les chasseurs.
  • Sans traitement, la maladie se déroule en trois phases
  • La première phase est également nommée « borreliose de Lyme précoce localisée »
    • elle commence de une à deux semaines après la piqûre (2 jours à 2 mois aux extrêmes)
    • Le symptôme principal est l’érythème chronique migrant : tache rouge, ovale, inflammatoire, progressive, indolore, centrée sur le point de piqûre. On le trouve dans plus de 2/3 des cas
    • Le diagnostic est facile si le patient se souvient de la piqûre, sinon, il faut y penser quelques jours après une promenade à la campagne ou en forêt.
    • Il peut y avoir un peu de fièvre.
    • Les analyses sanguines sont normales (NFS, VS)
    • La sérologie est très souvent négative à ce stade
  • La deuxième phase est également nommée « Borréliose de Lyme précoce disséminée ».
    • Elle survient quelques semaines après la piqure ou après la première phase
    • Cette phase secondaire n’est pas obligatoire
    • Cette phase n’apparaît pas s’il y a eu un traitement antibiotique précoce
    • Les symptômes peuvent être variés et plus nombreux. Ils ne sont pas tous présents
      • Érythèmes migrants multiples
      • Méningoradiculite (méningite lymphocytaire non grave, céphalées, douleurs radiculaires. (15% des patients)
      • Paralysie faciale (surtout chez les enfants)
      • Méningite isolée sans signes cliniques sauf des céphalées
      • Myélite aiguë (paralysie isolée) (5% des patients)
      • Monoarthrite : arthrite d’une seule grosse articulation (souvent le genou)
      • Nodules cutanés (lymphocytome borrélien) (moins de 1% des patients)
      • Myocardite bénigne qui guérit spontanément (très rare)
      • Troubles ophtalmologiques, conjonctivites (très rares).
      • Cette phase augmente le risque d’une forme tertiaire.
  • La phase tertiaire est également nommée « Borréliose de Lyme tardive » ou « Syndrome post-Lyme » ou « maladie chronique de Lyme » ou « Lyme-like »
    • Elle survient plusieurs mois ou années après la piqure de tique
    • Les principaux symptômes possibles sont :
      • Douleurs articulaires diverses
      • Acrodermatite chronique atrophiante (lésion inflammatoire de la peau au début puis atrophique ensuite) Diagnostic difficile au début, facile ensuite
      • Encéphalomyélites avec tous les symptômes neurologiques possibles (4% des patients) (La ponction lombaire doit confirmer le diagnostic)
      • Grande fatigabilité

Espace d’éducation et de progrès

  • Tous les antibiotiques sont actifs sur borrelia. On prescrit généralement amoxicilline ou cyclines au début et des céphalosporines de 3ème génération injectables à la phase tertiaire.
  • Il est difficile d’évaluer l’efficacité des antibiotiques à la phase tertiaire, car l’essentiel des symptômes est plutôt d’ordre inflammatoire. C’est ce qui a fait dire que la maladie de Lyme chronique pourrait une maladie auto-immune, mais ceci reste très discuté.
  • Plus la tique reste longtemps, plus le risque augmente, il faut donc l’extraire immédiatement en enlevant bien la tête (rostre) avec une pince à tiques vendue en pharmacie. Il faut désinfecter (pas avec de l’éther)
  • Le traitement antibiotique systématique après piqûre de tique est déconseillé (sauf chez les femmes enceintes). Il faut simplement bien surveiller et donner un antibiotique dès le premier symptôme.
  • Il n’existe aucun vaccin efficace
  • La sérologie permet rarement d’affirmer le diagnostic avec certitude
  • La sérologie est inutile pour le dépistage systématique des sujets exposés
  • La sérologie est inutile après une piqure de tique sans symptôme clinique
  • La sérologie est inutile s’il y a un érythème migrant typique
  • La sérologie ne sert à rien pour contrôler l’efficacité du traitement
  • La sérologie est souvent faussement négative après un traitement antibiotique précoce
  • Délicats problèmes de la maladie de Lyme chronique
    • Une sérologie positive ne permet hélas pas d’affirmer que les nombreuses manifestations cliniques sont dues à la maladie.
    • Ceci pose d’énormes problèmes de compréhension de la part des patients, d’autant plus qu’au stade tertiaire le traitement antibiotique n’est pas toujours efficace.
    • Dans le doute, la plupart des médecins font cependant un traitement.
    • Ce problème est à la source de relations parfois conflictuelles. De la part des médecins qui constatent la difficulté du diagnostic clinique et sérologique, et de la part des patients qui ne comprennent pas qu’une analyse positive ne soit pas suivie d’un traitement efficace.
    • Le conflit est toujours la plus mauvaise solution pour tous, il faut juste accepter les limites de la médecine.
    • Il est bien possible que la maladie de Lyme soit associée à d’autres troubles dus à d’autres microorganismes transmis en même temps par les tiques (autres espèces de borrelia, des bartonella, des virus)
    • Des Borrelia autres que B.Burgdorferi pourraient aussi être à l’origine de certains symptômes de la maladie. La sérologie ne peut pas les distinguer pour l’instant.
    • Pour l’instant, les associations de patients sont encore assez peu professionnalisées et coopératives pour favoriser la mise en place d’études comparatives sérieuses sur le déroulement de la maladie et des symptômes. Seule façon de faire progresser la connaissance.

Radio trottoir des erreurs quotidiennes

  • J’ai été piqué par une tique et on ne m’a pas donné d’antibiotique. (En effet, tant qu’il n’y a pas de symptôme, on peut être certain qu’il n’y a pas de maladie de Lyme)
  • Pourquoi ne fait-on pas un test dès le début. (La sérologie ne sert à rien au début de la maladie, qu’il y ait eu ou non un traitement)
  • J’ai enlevé la tique immédiatement, je ne risque donc rien (Le risque est moindre, mais il existe)
  • J’ai trouvé la tique longtemps après ma promenade, gorgée de sang, c’est sûr que je vais être malade. (Moins de 20% des piqures de tique donnent une maladie Lyme)
  • J’étais toujours fatigué, et j’ai un test de Lyme positif, mais on me dit qu’il n’y a aucun rapport. (Il y a peut-être un rapport, peut-être pas, certains symptômes comme la fatigue, les céphalées et les douleurs articulaires sont des symptômes trop vagues et trop généraux pour être attribués à une seule maladie. Vous avez certainement aussi des tests positifs à beaucoup de maladies infectieuses)
  • Il paraît qu’il y a un vaccin, pourquoi ne le fait-on pas. (Un vaccin a été développé aux USA, mais il était peu efficace. De plus il ne s’adressait qu’à une seule borrelia et en Europe, nous en avons au moins quatre)
  • Si on m’avait fait un test dès le début, je n’en serai pas là. (Les tests ne sont pas fiables au début de la maladie, ils ne servent qu’en cas de doute sur des symptômes non évocateurs)
  • Si on m’avait donné un antibiotique dès le début, je n’en serai pas là. (Les antibiotiques ne sont pas donnés s’il n’y a pas de signe clinique, sauf parfois chez les femmes enceintes, par extrême prudence.)
  • Pourquoi a-t-on souvent l’impression que les médecins ne nous prennent pas au sérieux. (Cette maladie a fait couler beaucoup d’encre et généré de nombreux malentendus entre patients et médecins. Peut-être ont-ils simplement du mal à admettre l’impuissance de la médecine. Mais si votre médecin ne vous satisfait pas, il ne faut pas hésiter à en changer !)
  • Pourquoi la recherche ne progresse-t-elle pas plus vite sur une maladie aussi simple par rapport à bien d’autres ? (Qu’est-ce qui vous faire croire que cette maladie peut être plus simple qu’une autre ? Notre relation avec les bactéries et les virus résulte d’équilibres complexes qu’il est très difficile de discerner et d’analyser.)

 

Bibliographie

H.C.S.P.
La borreliose de Lyme
Rapport du 28 mars 2014

Orphanet
La maladie de Lyme
https://www.orpha.net/data/patho/Pub/fr/Lyme-FRfrPub12159.pdf

Société de pathologie infectieuse de langue française
Borreliose de Lyme : démarches diagnostiques, thérapeutiques et préventives
16° conférence de consensus. Décembre 2006

 

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