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Phases de vie : importance clinique de l'adolescence

dernière mise à jour le 08/03/2016

L'épidémiologie « des parcours de vie » peut se définir comme l'étude des effets à long terme d'expositions physiques ou sociales pendant la gestation, l'enfance, l'adolescence ou l'âge adulte sur le risque ultérieur de développement de pathologies. Selon la définition de l'OMS, l'adolescence correspond à la période entre 10 et 19 ans. Les adolescents représentent 20 % de la population mondiale. Après l'enfance, l'adolescence est la période de développement la plus importante et la plus rapide : la puberté est ainsi une phase de croissance somatique très rapide, de développement cérébral, de maturation sexuelle et d’acquisition des capacités de reproduction.

La découverte de la poursuite du développement du cerveau à l'adolescence est une des grandes avancées des neurosciences au cours des 20 dernières années. Parallèlement à la maturation finale de nombreux organes, l'adolescence est marquée par l'acquisition de l'indépendance sociale et économique et le développement de l'identité qui s’accompagne de nouveaux comportements. Les conduites qui s'instaurent à ce moment telles que le tabagisme, la consommation d'alcool, de drogues, la pratique d'une activité physique, les comportements sexuels peuvent avoir des effets sur le bien-être et la santé future et  persistent souvent à l'âge adulte.

Parmi les 5 facteurs de risque majeurs influençant l'espérance de vie en bonne santé (DALYS) identifiés dans Global Burden of Disease 2010 le tabagisme  (2ème rang) et la consommation d'alcool (3ème rang) sont très fréquemment débutés à l'adolescence. Depuis les années 1960 l'initiation au tabagisme se fait dans 80 % des cas à l'adolescence dans les pays développés et cela concerne aussi maintenant les pays en voie de développement. Quatre autres des 10 facteurs de risque majeurs pour la santé sont largement déterminés à l'adolescence : faible consommation de fruits (4ème rang), IMC élevé (6ème rang), consommation élevée de sucres (7ème rang) et inactivité ou faible activité physique (10ème rang). Des études de cohorte menées en Angleterre montrent que la puberté influence l’IMC et la pression artérielle en milieu de vie, que l'âge de la puberté est associé avec les modifications de l’IMC de l'enfance à l'âge adulte. La puberté précoce augmente le risque de maladies cardiovasculaires et favorise un certain nombre de facteurs métaboliques négatifs en plus de l'obésité via l'insuline like growth factor. Enfin, 75 % des troubles mentaux ont leur origine avant 25 ans avec un pic à l'adolescence.

La plasticité cérébrale, la rapide maturation de tous les organes à la puberté et les modifications comportementales font de l'adolescence une période d'une importance capitale pour la santé future et donc un moment privilégié pour des interventions de prévention. L'adolescence devrait être considérée comme une période clé distincte de l'enfance et de l'âge adulte et la troisième période critique après la période fœtale et la petite enfance. Elle devrait également être traitée à part dans tous les essais cliniques, notamment pour les psychotropes.

Bibliographie

Pierre-nicolas M
Tout se joue à l'adolescence ou presque
J.I.M., 9/10/2015

Viner RM, Ross D, Hardy R, Kuh D, Power C, Johnson A, Wellings K, McCambridge J, Cole TJ, Kelly Y, Batty GD
Life course epidemiology: recognising the importance of adolescence
J Epidemiol Community Health. 2015 Aug;69(8):719-20
DOI : 10.1136/jech-2014-205300

Médecine évolutionniste (ou darwinienne)

Depuis quelques années, le problème de l'antibiorésistance, les progrès de la génomique, la redécouverte du microbiote et la prise en charge de maladies au long cours, nécessitent l'introduction d'une pensée évolutionniste dans la réflexion clinique

Le premier diplôme universitaire intitulé "Biologie de l'évolution et médecine" a été mis en place à la faculté de Lyon. Voir ICI

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