dernière mise à jour le 31/01/2017
Le microbiote, nouvel allié dans le traitement du cancer
Les relations entre l’hôte et son microbiote intestinal commensal régulent de nombreuses fonctions physiologiques dont, entre autres, l’inflammation, l’obésité, l’immunité, les fonctions cérébrales*, et ont fait récemment l’objet de nombreux travaux en cancérologie. Alors que certains virus sont impliqués dans les processus d’oncogenèse, les bactéries commensales semblent pouvoir être bénéfiques en cancérothérapie. En effet, l’efficacité des traitements, tels que : transfert de cellules T, agents alkylants et inhibiteurs de points de contrôle immunitaires, repose sur l’immunité acquise par le biais du microbiote intestinal dont la nature est extrêmement dynamique et modulable.
Lien entre microbiote, inflammation et cancer
Environ un cancer sur six aurait une origine infectieuse, due, dans la plupart des cas, à des virus oncogènes mais, en ce qui concerne le cancer de l’estomac, la bactérieHelicobacter pylori a été clairement identifiée comme carcinogène de classe 1. Helicobacter pylori pourrait agir directement sur les cellules épithéliales, altérer l’intégrité des muqueuses ou le microbiote lui-même. Une hypothèse suggère que les bactéries commensales du microbiote pourraient jouer un rôle majeur dans le développement tumoral pour des hôtes dont le système immunitaire est altéré. Une bactérie symbiotique pourrait dans ce dernier cas devenir pathogène et déclencher un processus inflammatoire – parfois systémique donc à distance – associé à des déséquilibres et des modifications de la composition globale du microbiote.
Les techniques métagénomiques ont établi que le microbiote contient environ 3 millions de gènes bactériens et permis d’en identifier les divers taxa. L’abondance relative de ces taxa Eubacterium, Lactobacillus, Bacteriodes, Clostridium, Faecalibacterium, Bifidobacterium Roseburia etc. revêt une importance majeure en santé humaine. En cancérologie, il a été observé que certaines bactéries peuvent modifier le microbiote et contribueraient ainsi au développement tumoral : Escherichia coli, Fusobacterium nucleatum et Bacteroides fragilis ont été impliquées dans le cancer du côlon. En thérapie anticancéreuse utilisant des oligonucléotides immunostimulants associés aux sels de platine, le microbiote lorsqu’il est affecté, pourrait stimuler également la libération de facteurs pro-inflammatoires et d’espèces réactives de l’oxygène.

Espoirs suscités par le microbiote en cancérothérapie
Le microbiote pourrait, cependant, être notre meilleur allié pour lutter contre les cancers. Des études expérimentales récentes montrent qu’il est susceptible d’augmenter l’efficacité de la thérapie anticancéreuse et ont permis d’identifier des schémas cliniques pour bénéficier des capacités de modulation du microbiote. Ces schémas incluent le cyclophosphamide, les sels de platine ainsi que des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires. Le nouveau paradigme élaboré met en lumière les relations complexes entre le système immunitaire de l’hôte, les bactéries du microbiote et le cancer. Lorsqu’il est équilibré, le microbiote intestinal stimule le système immunitaire dont l’activité est nécessaire pour potentialiser les effets de la chimiothérapie. D’autres fonctions du microbiote comme le métabolisme alimentaire, l’éradication de bactéries pathogènes pourraient également jouer un rôle important et devraient être approfondies dans le contexte de la recherche thérapeutique.
Ciblage du microbiote et personnalisation de la thérapie anticancéreuse
Il est tout à fait possible d’analyser et d’établir la composition métagénomique du microbiote des malades afin de réguler la réponse immunitaire anticancéreuse et d’ajuster au mieux la chimiothérapie. Il existe, de plus, des procédés permettant de modifier la composition du microbiote comme l’utilisation d’antibiotiques sélectifs mais surtout, de façon plus innovante, l’administration d’espèces bactériennes symbiotiques ou le transfert de microbiote sain. Des expériences récentes réalisées chez l’animal démontrent la possibilité de dissocier les effets du microbiote dans l’efficacité thérapeutique de ceux réduisant les effets secondaires liés à la chimiothérapie. Ces données permettent d’envisager avec optimisme le ciblage du microbiote, ce, afin d’augmenter l’action des médicaments tout en contrôlant la toxicité collatérale. La prise en charge thérapeutique individualisée ainsi que le nouveau paradigme lié au microbiote intestinal devraient, de plus, permettre d’élucider les relations complexes qu’il entretient avec le cancer.
Abstract de Catherine Albertini, JIM, 21/03/2016
Perez-Chanona E, Trinchieri G
The role of microbiota in cancer therapy
Curr Opin Immunol. 2016 Apr;39:75-81
DOI : 10.1016/j.coi.2016.01.003
Depuis quelques années, le problème de l'antibiorésistance, les progrès de la génomique, la redécouverte du microbiote et la prise en charge de maladies au long cours, nécessitent l'introduction d'une pensée évolutionniste dans la réflexion clinique.
Le premier diplôme universitaire intitulé "Biologie de l'évolution et médecine" a été mis en place à la faculté de Lyon en 2016.
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“ Hôpital ”. Ce lieu public est vécu comme une personne morale omnisciente. Le patronyme des médecins, internes ou infirmiers y exerçant n’est jamais mentionné, mais seulement le "on" anonyme. Ce "on", qui a été un instant le complice et le soutien moral, est évoqué avec respect. "On" m'a passé des radios. "On" m'a dit qu'il fallait l'avis d'un spécialiste. "On" m'a demandé si j'avais des antécédents. "On" m'a parlé d'un scanner. Bien sûr, nul ne saura jamais qui était ce “ on ”, quel était son grade, interne ou aide-soignante, son autorité, son savoir, ni ce qu'il a réellement dit, évoqué ou pensé tout haut. Peu importe ce "on" résidait à l'hôpital, ce "on" était l'hôpital lui-même.
Christiane ne sera désormais plus tout à fait la même, car elle a côtoyé ce “ on ” là.
― Luc Perino