humeur du 13/02/2019

Les troubles psychosomatiques, tels qu’une tachycardie d’angoisse, une rougeur de gêne ou une acidité gastrique de stress, sont mesurables.
Inversement, pour les troubles somatoformes, tels que des douleurs ou des paralysies sans lésion, aucune technologie médicale, si sophistiquée soit-elle, ne peut ni les objectiver ni en déterminer l’origine. Depuis la fort mal nommée hystérie des anciens, ces troubles ont diminué en nombre et en intensité. D’une part, le progrès des investigations biomédicales a permis de confirmer certaines pathologies (hypothyroïdie auto-immune expliquant des fatigues, endométriose expliquant des douleurs, etc.). D’autre part, les plus bénins de ces troubles réagissent bien aux diverses psychothérapies.
Cependant, les douleurs et fatigues chroniques continuent d’échapper à ces deux cercles vertueux. Rien ne marche.
La médecine en a logiquement cherché des causes infectieuses. Dans les années 1930, le terme de « patraquerie brucellienne » a été créé pour désigner une fatigue générale supposée être une réaction tardive à une brucellose (on ne parlait pas encore d’hypersensibilité retardée). Puis la brucellose a quasiment disparu. Plus tard ce sont des virus (EBV, XMRV) qui ont été désignés, avant que leur responsabilité ne soit finalement démentie. Des vaccins ont également été mis en cause. Aujourd’hui, c’est la maladie de Lyme qui est souvent évoquée. Y aurait-il une « patraquerie lymienne » d’explication immunologique ? Pourquoi pas ?
Pour dissimuler son impuissance, la médecine a donné des noms divers à ces troubles : syndrome de fatigue chronique, fibromyalgie, encéphalomyélite myalgique, myofasciite à macrophages. Autant de noms qui soulèvent d’incessantes polémiques entre médecins et qui créent des situations conflictuelles avec des patients exigeant une confirmation biologique de leur souffrance.
La question est donc de savoir si nous ne trouvons rien, parce que nos moyens d’investigation sont encore trop faibles, ou parce qu’il s’agit vraiment de troubles somatoformes.
Pourtant les recherches génétiques et métaboliques sont de plus en plus profondes et précises ; certains ont détecté des particularités de la protéine G ou du collagène. Mais chaque anomalie est si brève ou si insignifiante, que nul ne peut dire si elle est cause ou conséquence d’un mal plus diffus ou d’une souffrance psychologique. Certains commencent à croire que la vérité est inaccessible, voire métaphysique. D’autant plus qu’antidépresseurs, vitamines, acupuncture et antalgiques ont tous été testés sans succès. Le seul point vraiment positif est l’effet bénéfique de l’exercice physique.
Quand je pense que j’ai fait autant d’études pour n’avoir même plus besoin de débrouiller les cas cliniques et pour n’avoir à prescrire que l’exercice physique pour toutes les perturbations cardio-vasculaires, métaboliques, immunologiques ou psychologiques, cela me déprime.
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La vie est cette activité polarisée de débat avec le milieu qui se sent ou non normale, selon qu'elle se sent ou non en position normative. Le médecin a pris le parti de la vie. La science le sert dans l'accomplissement des devoirs qui naissent de ce choix. L'appel au médecin vient du malade (!). C'est l'écho de cet appel pathétique qui fait qualifier de pathologique toutes les sciences qu'utilise au secours de la vie la technique médicale. C'est ainsi qu'il y a une anatomie pathologique, une physiologie pathologique, une histologie pathologique, une embryologie pathologique. Mais leur qualité de pathologique est un import d'origine technique et par là d'origine subjective. Il n'y a pas de pathologie objective. On peut décrire objectivement des structures ou des comportements, on ne peut les dire "pathologiques" sur la foi d'aucun critère purement objectif. Objectivement, on ne peut définir que des variétés ou des différences, sans valeur vitale positive ou négative.
― Georges Canguilhem
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